Le cheminement d'Abraham des rives de l'Euphrate au pays du Nil nous amène à considérer l'importance de l'eau pour l'humanité. Au-delà de ce symbole de vie, le parcours d'Abraham est éclairé par bien des découvertes archéologiques et des traditions millénaires en Irak, en Syrie, en Turquie, en Palestine, en Israël et en Égypte.
Suivre les traces du patriarche c'est bien plus que refaire surgir du passé des peuples oubliés pendant des siècles, les Sumériens, les Amorites, les Hittites ; c'est découvrir le parcours d'un homme qui a écrit une nouvelle histoire à vocation universelle.

Les principaux lieux en relation avec Abraham : Our, Harran et Sumatar : les cités du dieu Lune ; Mari, Alep, Boghazköy, les tombes rupestres de Beni-Hassan, Salem, Hébron, Mamré, Beer Sheba.

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Le texte de la conférence
 
Résumé de la conférence

DES RIVES DE L’EUPHRATE… AU PAYS DU NIL

SUR LES TRACES D’ABRAHAM

Réalisation : Bernard Cassard

Abraham est un homme étonnant et impressionnant : avec lui a commencé une aventure qui concerne l’humanité entière !

Abraham a effectué un long voyage. Il a relié les rives de l’Euphrate à celles du Nil. Originaire de Mésopotamie, sa destination était le pays de Canaan mais il fit aussi un bref séjour en Égypte.

Avant de suivre Abraham dans son périple, nous rappellerons l’importance de ces deux fleuves pour les régions qu’ils traversent, tout en soulignant la place prépondérante qu’ils ont dans la Bible.

Nous mettrons en relation la vie qu’ils apportent aux contrées qu’ils parcourent avec la bénédiction annoncée à Abraham pour toutes les familles de la terre.

Nous nous arrêterons dans chacun des sites archéologiques et des lieux en relation avec des traditions abrahamiques pour faire le point sur l’historicité d’Abraham.

Nous comparerons les textes qui retracent l’expérience religieuse d’Abraham avec les autres textes de la Bible qui présentent la religion du peuple hébreu. Ceci nous conduira à renforcer le caractère historique de ce personnage.

En conclusion, nous verrons que dans l’itinéraire à la fois géographique et spirituel suivi par Abraham, l’Euphrate et le Nil sont comme des symboles pour nous faire prendre conscience de la vie nouvelle produite par la bénédiction promise par Dieu au patriarche.

Si la promesse faite à cet homme a commencé à se réaliser de son vivant, il n’en reste pas moins vrai que son accomplissement total doit atteindre toutes les familles de la terre et que chacun de nous est pleinement concerné.

TOUT A COMMENCÉ AVEC DE L’EAU

L’histoire de l’humanité a pour origine une immensité où l’eau était l’élément visible dominant. Voici comment s’exprimait l’un des auteurs de la Bible connu sous le nom de Pierre, vivant au Ier siècle de notre ère : « Le ciel et la terre ont été créés voici très longtemps. Par sa parole, Dieu a fait sortir la terre de l’eau et il l’a formée avec de l’eau » (2 Pierre 3.5 – Parole de Vie).

L’eau, source de vie, restera pour toujours une ressource indispensable pour permettre à la vie d’éclore sur notre planète. Il n’est donc pas étonnant que la Bible nous relate le cheminement d’Abraham entre deux fleuves qui sont des sources de vie, l’Euphrate, en Mésopotamie, et le Nil, en Égypte.

Pour bien saisir le sens de l’histoire d’Abraham, nous devons nous replonger dans les contextes géographique, historique et biblique dans lesquels l’Euphrate et le Nil se situent. En effet, environ 4000 ans nous séparent de l’époque où Abraham vivait.

L’EUPHRATE

L’Euphrate est l’un des plus grands cours d’eau de l’Asie occidentale, mesurant plus de 3000 km de long. Il coule en grande partie dans une vaste plaine qui, sans ses eaux, serait un désert.

Grâce aux canaux d’irrigation qui ont permis depuis la haute antiquité de répandre les eaux de l’Euphrate dans les parties désertiques et grâce au Tigre, cette plaine est devenue une région très fertile : la Mésopotamie, ainsi nommée par les Grecs, ce qui signifie « entre les fleuves ».

Aujourd’hui de nombreux barrages ont été construits sur l’Euphrate en Turquie, en Syrie et en Irak pour réguler l’approvisionnement en eau des différents pays que le fleuve traverse. Ces retenues d’eau permettent l’irrigation et favorisent le développement de l’agriculture, offrant ainsi aux populations rurales la possibilité de vivre de leur travail, sans avoir à rejoindre les grandes métropoles.

Dans l’Antiquité, la Mésopotamie a permis à de nombreuses et illustres civilisations de prospérer. L’Euphrate a vu naître des cités qui restent les témoins des différents royaumes et empires qui ont vécu sur ses rives : Our, Larsa, Ourouk, Nippour, Babylone, Sippar, Mari, Karkemish où les caravanes venues de l’Extrême-Orient franchissaient le fleuve.

L’Euphrate a joué un rôle extrêmement important dans l’histoire. Il servait de frontière naturelle entre l’Orient et l’Occident.

Les Sumériens donnèrent à l’Euphrate le nom de Poura-noun, « la grande eau » que les Akkadiens transformèrent en Purattu et les Perses en Uprattu, ce qui voulait alors dire « le bien ». Les Grecs ont repris le nom perse en le rendant par le mot Euphrate.

L’EUPHRATE DANS LA BIBLE

Dans la Bible, l’Euphrate apparaît pour la première fois dans le récit de la création. Il est l’un des quatre fleuves qui arrosent le jardin d’Éden.

Lorsque Dieu promet à Abraham de donner à sa postérité la « Terre promise », il donne l’Euphrate comme limite nord-est à ce pays : En ce jour, le SEIGNEUR conclut une alliance avec Abram en ces termes : C’est à ta descendance que je donne ce pays, du fleuve d’Égypte au grand fleuve, le fleuve Euphrate (Genèse 15.18 – TOB).

Notons au passage, qu’à travers l’histoire, cette terre promise aux descendants d’Abraham fut l’enjeu d’un conflit permanent entre notamment les Empires assyriens et babyloniens, d’une part et l’Empire égyptien, d’autre part.

Lorsque Moïse invite le peuple d’Israël à prendre possession de la Terre promise, voici ce qu’il déclare : Remettez-vous en route maintenant ; […] continuez même jusqu’aux montagnes du Liban et jusqu’à l’Euphrate, le grand fleuve (Deutéronome 1.7 – BFC).

Le livre de Samuel mentionne que David […] alla rétablir sa domination sur le fleuve de l’Euphrate (2 Samuel 8.3 – NBS).

Nous pouvons encore lire dans le livre des Rois que Salomon dominait tous les petits royaumes qui s’étendaient depuis l’Euphrate, le grand fleuve, jusqu’au pays des Philistins et même jusqu’à la frontière de l’Égypte. Tous les rois de ces royaumes furent ainsi soumis à Salomon et lui versèrent des impôts tant qu’il vécut (2 Rois 4.21- BFC).

Les rives de l’Euphrate et le cours de ce fleuve servent de décor au prophète Jérémie, pour annoncer, par deux actes prophétiques, la destruction du royaume de Juda et la disparition définitive de Babylone (Jérémie 13.1-11, 51.59-64).

Ainsi, pour la Bible, l’Euphrate est le fleuve par excellence. D’ailleurs, ses auteurs le désignent simplement par le mot « le fleuve » ou par l’expression « le grand fleuve » montrant ainsi la place prépondérante qu’il tient dans leur pensée.

Dans le livre de Josué, il est rappelé au peuple hébreu que la région de l’Euphrate était le pays d’origine de ses ancêtres : J’ai fait sortir votre ancêtre Abraham du pays situé de l’autre côté de l’Euphrate ; je l’ai conduit à travers tout le pays de Canaan et je lui ai accordé une nombreuse descendance (Josué 24.3 – BFC).

Dieu réaffirme aussi que l’Euphrate est la limite de la terre promise selon la promesse faite à Moïse : Comme je l’ai promis à Moïse, je vous accorde la propriété de tout endroit où vous poserez le pied. Du sud au nord votre territoire s’étendra du désert aux montagnes du Liban. D’est en ouest il ira de l’Euphrate, le grand fleuve, à la mer Méditerranée (Josué 1.3, 4 – BFC).

LE NIL

Avec ses 6000 km, le Nil est le plus long fleuve d’Afrique et le deuxième fleuve du monde. Sur ses rives, des cités ont été construites dans la région d’Éléphantine, à Edfou, à Thèbes, à Abydos, à El Amarna, dans le Fayoum et à Memphis… pour ne citer que quelques-unes des plus prestigieuses.

Sans le Nil, l’Égypte n’aurait jamais existé. Hérodote a fait à ce propos une célèbre déclaration : « L’Égypte est un don du Nil ». L’Égypte ne connaissait pas la pluie. Sans le Nil, ses terres seraient complètement desséchées et sans végétation. Le Nil était l’artère principale et pratiquement l’unique moyen de circulation dans le pays.

Sur les 850 km environ de son parcours entre Assouan et Le Caire, le fleuve coule dans une vallée de 5 à 30 km de large. Tout le reste du pays de part et d’autre de cet immense ruban bleu est un vaste désert.

La particularité du Nil était que chaque année ses eaux débordaient de son lit d’une manière spectaculaire, de juin à octobre. Le nilomètre d’Assouan pouvait constater l’importance de la crue qui atteignait jusqu’à 12 mètres de haut à cet endroit.

Cette crue charriait sur son passage des quantités impressionnantes d’alluvions. Sur les rives asséchées du Nil, l’eau et les dépôts de limon permettaient l’ameublissement du sol et sa fertilisation. Cette inondation annuelle demeura un mystère pour les anciens, Égyptiens et Grecs.

Une fois que l’eau s’était retirée, les paysans égyptiens pouvaient travailler la terre, semer et attendre de très bonnes récoltes avec un rendement qui permettait à l’Égypte d’exporter ses productions agricoles, sa terre étant l’une des plus fertiles du monde méditerranéen oriental.

Depuis 1973, le haut barrage d’Assouan a mis fin à ce rythme millénaire des crues du Nil se déversant en Égypte. Un vaste lac artificiel a ainsi été créé. Il permet de réguler l’approvisionnement en eau protégeant ainsi le pays des caprices du Nil. Aujourd’hui, de nouveaux canaux d’irrigation renforcent le vaste réseau déjà millénaire, permettant d’améliorer le rendement agricole en mettant en culture de vastes territoires gagnés sur le désert.

LA FAMINE EN ÉGYPTE

Dans son histoire, l’Égypte a connu de grandes périodes de famine car il est arrivé que, pendant plusieurs années consécutives, le Nil n’ait pas débordé de son lit, privant le pays d’une eau abondante et du limon bienfaiteur.

Nous savons que les Égyptiens ont vécu plusieurs années de famine sous le règne du pharaon Sésostris Ier de la XIIe dynastie (XXe siècle avant notre ère).

Un témoignage de 1070 de notre ère, du Calife el-Mustansir, nous apprend que, pendant sept années consécutives, il y a eu une famine en Égypte parce que le Nil n’avait pas connu de crue pendant cette longue période.

D’après la Bible, l’Égypte connut une autre grande famine qui dura sept ans. Le pharaon eut un rêve dans lequel il vit sept vaches grasses monter du Nil mais aussi sept vaches maigres.

Finalement le petit fils d’Abraham, Joseph, expliqua le sens du rêve au pharaon : Les sept années qui viennent seront des années très riches en récoltes dans toute l’Égypte. Ensuite, il y aura sept années de famine, et on ne se souviendra plus des riches récoltes d’Égypte. La famine rendra le pays très pauvre (Genèse 41.29, 30 – Parole de Vie).

La famine fut tellement importante dans toute la région, que les descendants d’Abraham, la famille de Jacob, vinrent s’établir en Égypte.

LA FIN DE LA QUIÉTUDE AU PAYS DU NIL

La Bible nous apprend qu’environ deux siècles après que les Hébreux se soient installés en Égypte, le pharaon décida de faire périr tous les garçons qui naîtraient chez ce peuple.

Pour protéger son fils du décret royal, la mère de Moïse prit la décision de confier son enfant au Nil. Voici comment la Bible nous rapporte l’événement : Ne pouvant le cacher plus longtemps, elle lui trouva une caisse en papyrus, l’enduisit de bitume et de poix, y mit l’enfant et la déposa dans les joncs sur le bord du Fleuve (Exode 2.3 – TOB) ;

LE « FLEUVE », TOUT SIMPLEMENT

Dans le texte qui vient d’être cité, comme dans celui où il est question du rêve du pharaon à l’époque de Joseph (Genèse 41.29, 30), l’auteur biblique utilise un nom commun : « fleuve », pour désigner le Nil.

Le mot employé est d’ailleurs exactement le même que celui que les Égyptiens utilisent le plus souvent, dans leur langue, pour désigner le Nil, mot que l’on a retrouvé sur la pierre de Rosette.

LES PROPHÈTES ET LE NIL

Les prophètes bibliques connaissaient bien l’Égypte. L’un d’eux, Nahum, a fait allusion à cette grande inondation due à la crue du Nil dans une prophétie sur Ninive : Ninive, vaux-tu mieux que Thèbes, la ville installée sur les canaux du Nil, entourée d’eau, protégée par le rempart d’un fleuve grand comme une mer (Nahum 3.8 – BFC) ?

Dans la langue arabe, le Nil est désigné par l’expression « El bahr » c’est-à-dire la mer.

« LE FLEUVE », L’EUPHRATE OU LE NIL

Pour différencier l’expression « le fleuve » désignant le Nil de l’expression « le fleuve » désignant l’Euphrate, les auteurs bibliques ont parfois ajouté le mot Égypte à celui de fleuve ou l’ont remplacé par l’expression « le torrent d’Égypte » : Ce jour-là, le SEIGNEUR procédera au battage depuis le cours du Fleuve jusqu’au torrent d’Égypte (Ésaïe 27.12 – TOB).

L’EUPHRATE ET LE NIL : POINTS COMMUNS

– Ils sont tous les deux de très grands fleuves, leurs eaux apportant la vie aux terres arides qu’ils traversent, transformant les déserts en pays fertiles.

– Sur leurs rives, les brillantes civilisations mésopotamienne et égyptienne se sont développées se faisant souvent la guerre. Leurs rois, pour se protéger d’un risque d’invasion et accroître leur territoire, ont tenté de s’approprier la région-tampon qui les sépare, désignée comme étant la Terre promise au peuple de la Bible.

– Si le pays de l’Euphrate a été la terre d’origine d’Abraham, l’ancêtre du peuple hébreu, le pays du Nil est celui duquel est sorti le peuple hébreu pour retrouver sa liberté et son autonomie sous la conduite de Moïse.

– Ces deux cours d’eau sont souvent désignés simplement par un même nom commun : « le fleuve », par les auteurs de la Bible, montrant ainsi l’importance qu’ils avaient à leurs yeux.

– Les deux fleuves sont mentionnés dans un oracle du livre du prophète Jérémie : Et maintenant, à quoi bon te rendre en Égypte pour aller boire au Nil ? À quoi bon prendre le chemin de l’Assyrie pour aller boire à l’Euphrate (Jérémie 2.18 – BFC) ? Ce texte associe ces deux fleuves car ils représentent le même danger pour les descendants d’Abraham : la recherche d’alliances humaines avec l’une ou l’autre des grandes puissances du moment, parce qu’ils avaient abandonné le Dieu de leurs pères.

MIEUX COMPRENDRE LE CHEMINEMENT D’ABRAHAM

C’est donc à la lumière de l’attachement des auteurs de la Bible à ces deux fleuves et à ce qu’ils représentent pour eux, que nous pourrons mieux comprendre le cheminement d’Abraham qui a marché des rives de l’Euphrate à celles du Nil. Le patriarche a côtoyé les grandes civilisations de son temps, montrant ainsi l’universalité du message dont il est le porteur pour l’ensemble de l’humanité.

QUAND TOUT BASCULE !

Quelques mots suffisent pour faire basculer la vie d’Abraham : Le SEIGNEUR dit à Abram : Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir (Genèse 12.1 – TOB).

Abraham ressemble à certains de nos contemporains qui, un jour, abandonnent tout pour une nouvelle existence. Au moment où tout leur réussit, ils aspirent à une nouvelle aventure qui rendrait leur vie plus exaltante, parce qu’au plus profond d’eux-mêmes ils ressentent une indéfinissable lassitude…

… À la différence près qu’Abraham est déjà arrivé à l’âge où la plupart des hommes sont sur le point de terminer leur existence : Abram avait soixante-quinze ans quand il quitta Harrân (Genèse 12.5 – TOB).

La traduction littérale du texte de Genèse 12.1 pourrait être rendue de la manière suivante : « Va pour toi hors de ta terre, du lieu de tes origines, et de la maison de ton père, vers la terre que je te ferai voir ».

Le texte suggère un déracinement complet. Notre homme doit quitter sa terre, son pays, le lieu de sa naissance et sa famille. La rupture est totale, pour quel avenir ? En contrepartie de cette demande d’exil, Dieu lui fait deux promesses : « Je ferai de toi une grande nation » et « en toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Genèse 12.2, 3 – TOB).

Accepter de repartir à zéro sans autre gage qu’une parole, une promesse, une vision peut-être : voilà le défi proposé à Abraham !

MAIS SARAÏ EST STÉRILE

Juste avant de commencer le récit de l’histoire d’Abraham, une courte notice biographique fait le point sur sa situation familiale.

L’auteur biblique donne des détails inhabituels dans les généalogies du livre de la Genèse. Les femmes n’étaient généralement pas mentionnées dans ces biographies, mais dans celles-ci, elles le sont et en particulier Saraï, la femme d’Abraham, avec cette information : Saraï était stérile (Genèse 11.30 – TOB).

Une précision qui pourra paraître superflue a été ajoutée : Elle n’avait pas d’enfant. La stérilité de Saraï est donc totale.

Dieu propose à Abraham de tout quitter pour devenir une grande nation et une source de bénédiction pour toutes les familles de la terre, or cet homme est sans enfant, il a déjà passé l’âge de la retraite et sa femme est stérile. À première vue, cette demande est irrationnelle. Pourtant, cette expression « va pour toi hors de » est un véritable ordre de marche.

ABRAHAM RELÈVE LE DÉFI

Malgré les circonstances et sa fragilité, Abraham prend la décision de relever ce défi parce qu’il accepte d’être disponible : Abram partit comme le SEIGNEUR le lui avait dit (Genèse 12.4 – TOB).

ABRAHAM INAUGURE UNE HISTOIRE NOUVELLE

Abram part pour lui-même (« va pour toi »), mais aussi pour l’humanité entière (« en toi seront bénies toutes les familles de la terre »).

En faisant remonter la généalogie de Jésus de Nazareth à Abraham, Matthieu met en évidence que l’exil d’Abraham est loin d’être banal, il marque le début d’une histoire nouvelle pour l’humanité (Matthieu 1.1-16).

LA MIGRATION D’ABRAHAM N’EST PAS ISOLÉE

Même si Abraham est parti seulement avec quelques proches, selon l’ordre divin, sa démarche n’est pas isolée, elle trouve des correspondances dans l’histoire de son temps. Revenons sur les grandes étapes de sa migration.

OUR ET HARRÂN, LES VILLES D’ABRAHAM

Lorsque Dieu appelle Abraham pour la première fois, le patriarche habitait à Our, comme le confirment trois textes bibliques :

Térah prit son fils Abram, son petit-fils Loth, fils de Harân, et sa bru Saraï, femme de son fils Abram, qui sortirent avec eux d’Our des Chaldéens pour aller au pays de Canaan. Ils gagnèrent Harrân où ils habitèrent (Genèse 11.31 – TOB).

Il lui dit encore : Je suis l’Éternel, qui t’ai fait sortir d’Our des Chaldéens pour te donner ce pays en possession (Genèse 15.7 – TOB).

C’est toi, le SEIGNEUR Dieu, qui as choisi Abram, l’as fait sortir d’Our des Chaldéens et lui as donné pour nom Abraham (Néhémie 9.7 – TOB).

Abraham a également séjourné en Haute Mésopotamie à Harrân, qui est connue depuis le XXIVe siècle avant notre ère et qui est souvent mentionnée dans les archives d’Ebla. Vers 2000 avant notre ère, Harrân était un centre commercial important au carrefour des pistes caravanières qui reliaient la Mésopotamie à la Cappadoce et à l’Égypte.

La famille d’Abraham aurait été originaire de la région d’Harrân, ce qui expliquerait la raison pour laquelle il y fit un long séjour avant de rejoindre le pays de Canaan (Voir Genèse 11.31,32 ; 12.4,5 ; 24.4,10).

Genèse 24.10 mentionne la ville de Nahor comme étant l’une des villes du pays d’Abraham (voir Genèse 24.4). Cette ville est connue des tablettes de Mari et des documents assyriens. Cette cité jouait un rôle important au IIe millénaire à proximité d’Harrân.

Tèrah, le père d’Abraham, aurait d’abord migré d’Harrân vers Our.

ABRAHAM, L’AMORITE

La famille d’Abraham était probablement amorite. Originaires de Syrie, les Amorites se sont installés en Mésopotamie à partir du XXIVe siècle avant notre ère.

Au début du XXe siècle, plusieurs dynasties amorites se sont installées dans les plus grandes cités du Proche-Orient : Larsa, Isin, Ourouk, Babylone, Eshununna, Alep, Mari, Qatna, pour ne mentionner que les principales.

DES AMORITES À HARRÂN ET À OUR

Trois indices montrent que les villes d’Harrân et d’Our entretenaient d’étroites relations et qu’elles comptaient parmi elles des ressortissants amorites :

– l’arrière-grand-père d’Abraham, originaire de la région d’Harrân, s’appelait Seroug. Le même nom a été utilisé pour désigner une ville proche d’Harrân sous la forme “Sarougi”.  Les Amorites arrivent à Our vers 2100 avant notre ère et ce nom est attesté à Lagash à proximité d’Our sous la IIIe dynastie d’Our (2124 à 2016 avant notre ère) ;

– les Amorites vénéraient la déesse Ningal, la parèdre de Sin, le dieu lune dont les deux principaux sanctuaires étaient à Our en Basse Mésopotamie et à Harrân en Haute Mésopotamie ;

– le nom de l’épouse d’Abraham est Saraï. Elle porte le même nom que la déesse principale d’Our. Ce nom est la traduction akkadienne du sumérien Ningal, Sharratu, ce qui signifie « reine ». Mais la terminaison a reçu une forme amorite en “aya”.

LOCALISATION D’OUR

Dans les trois textes de l’Ancien Testament qui mentionnent Our (Genèse 11.31 ; 15.7 ; Néhémie 9.7), les auteurs précisent toujours « Our des Chaldéens ».

Cette précision nous permet d’identifier avec certitude la localisation de la ville d’Our dans le sud mésopotamien. Plusieurs auteurs ont parlé d’un anachronisme car les Chaldéens n’apparaissent dans les documents cunéiformes qu’à partir du IXe siècle avant notre ère, période bien postérieure à l’époque patriarcale (environ XXe – XVIe siècle avant notre ère).

D’autres auteurs défendent l’actualisation du texte : la terminologie exacte aurait dû être « Our des Sumériens » mais lorsque les Sumériens ont complètement disparu de l’histoire, le texte a été actualisé en remplaçant une expression qui ne signifiait plus rien pour les nouvelles générations, par une autre qui permettait d’identifier la ville.

Au XIXe siècle, la ville d’Our a été assimilée à Urfa, par quelques chercheurs, à la faveur de la similitude de nom.

La question de l’identification d’Our a été une nouvelle fois posée après la découverte d’une tablette cunéiforme à Ras Shamra, l’ancienne Ugarit, car le roi hittite Hattusil III, s’adressant à Niqmepa, roi d’Ugarit, mentionne dans sa correspondance les marchands « fils d’Ura ». Cette ville hittite, qui n’a pas été retrouvée, a été proposée comme étant l’Our biblique car elle est située dans les environs d’Harrân.

Les arguments présentés par les défenseurs de l’hypothèse de la localisation de la ville d’Our mentionnée dans la Bible, au nord de la Mésopotamie, restent peu convaincants. Il est beaucoup plus vraisemblable que la ville biblique soit au sud de la Mésopotamie.

OUR DANS L’HISTOIRE

Abraham aurait vécu un peu avant Hammourabi, monarque de la Ière dynastie de Babylone, et il lui aurait été contemporain.

La IIIe dynastie d’Our est la dernière dynastie de la période sumérienne. Elle conquit son indépendance autour de 2124. Elle éleva la civilisation sumérienne à un niveau de raffinement inégalé, comme l’attestent les trésors découverts dans les tombes royales.

Des milliers de tablettes cunéiformes appelées « tablettes d’Our III » témoignent de sa réussite économique. Elle compta cinq rois. N’oublions pas que c’est la civilisation sumérienne qui fut la première à l’origine de l’invention de l’écriture.

Sa domination s’est étendue sur toute la Mésopotamie, principalement pendant les règnes d’Ur-Nammu et de Shulgi, pour finalement parvenir à une période de déclin après un siècle de suprématie.

La ville d’Our perdit son indépendance en 2016, le roi d’Isin ayant obtenu la victoire dans un conflit qui opposa les deux cités. Les nouveaux conquérants restaurèrent la ville ravagée par la guerre et lui rendirent son éclat aux dires de Woolley, le célèbre archéologue qui travailla à Our. Il était parvenu à la conclusion que Rim-Sin, dernier roi de la dynastie, rendit la cité plus prospère qu’à l’époque d’Ur-Nammu.

La ville d’Our fut ensuite conquise par Hammourabi qui l’annexa à son royaume. Elle connut alors une éclipse de plusieurs siècles jusqu’à l’époque néo-babylonienne au VIe siècle avant notre ère.

LA VILLE D’OUR ET SA TOUR

Sensiblement ovale (1300 m x 900 m), la ville était dominée par la tour sacrée, œuvre d’Ur-Nammu et de Shulgi. La tour était construite en briques crues, entourée d’un coffrage en briques cuites au four. Elle avait trois étages, le sanctuaire étant à son sommet.

Plusieurs sanctuaires voués à différentes divinités ont été retrouvés à Our, rappelant le polythéisme mésopotamien. Cependant Nanna-Sin était le maître des lieux. Une grande stèle le représente avec sa parèdre Ningal recevant l’adoration du souverain Ur-Nammu.

Des habitations privées ont été dégagées et restaurées, elles forment de petites ruelles étroites et sinueuses. Quelques chambres étaient disposées autour d’une cour intérieure. Parfois, un étage avait été édifié. Plusieurs demeures avaient une chapelle privée. Un système d’égout avait été aménagé.

SUR LA ROUTE D’HARRÂN

La première étape de la migration d’Abraham se fait en suivant l’Euphrate. D’après Étienne, dont le discours est rapporté dans le livre des Actes des Apôtres (Actes 7.2-4), cette migration du clan d’Abraham fait suite à un appel de Dieu.

Le patriarche passe à Babylone pour se rendre à Harrân. Il ne reste rien, aujourd’hui, de la ville de l’époque du roi Hammourabi contemporain d’Abraham. Les fouilles archéologiques du début du XXe siècle ont permis de mettre au jour une petite partie des constructions de Nabuchodonosor monarque du VIe siècle avant notre ère.

En remontant vers le nord de la Mésopotamie, Abraham ne pouvait pas éviter de passer par Mari. La découverte, en 1933, de l’ancienne ville de Mari, permit pour la première fois de retrouver la trace de la ville d’Harrân, dans des documents antiques. D’après les archives royales de Mari, vers 1900 avant notre ère, la ville d’Harrân était une cité prospère et Abraham a pu y vivre.

Les 23000 tablettes découvertes à Mari permirent de mettre en évidence que les noms de plusieurs des ancêtres d’Abraham étaient des noms couramment portés par les habitants de Haute Mésopotamie, au début du IIe millénaire avant notre ère. Ceci confirme que la famille d’Abraham était originaire de la région d’Harrân, avant de s’établir à Our.

HARRÂN AUJOURD’HUI

Harrân existe toujours aujourd’hui. Il s’agit d’un village typique au sud de la Turquie avec d’étonnantes maisons en forme de ruches. La conception de ce type de maison remonterait au Ier millénaire avant notre ère. Elles sont très courantes en Syrie du nord, toute proche d’Harrân.

LES DÉCOUVERTES ARCHÉOLOGIQUES À HARRÂN

L’enceinte de la cité a été construite par Justinien, au VIe siècle. Quelques portes sont encore bien visibles, en particulier la porte d’Alep qui avait été restaurée par Saladin en 1192.

La citadelle médiévale est l’œuvre des croisés. Elle a été transformée par Malik al-Adin, gouverneur de la région et frère de Saladin. Cette citadelle a été construite sur l’emplacement où autrefois s’élevait le temple du dieu lunaire Sin.

Quelques fouilles ont été entreprises autour de la mosquée datant du VIIIe siècle. Des stèles réalisées par le roi babylonien Nabonide et dédiées au dieu lune Sin, ont permis de confirmer l’identification du site et son ancienneté. Ce culte au dieu Sin a été perpétué par les Sabéens jusqu’au XIIe siècle.

URFA ET ABRAHAM

À proximité d’Harrân, la ville d’Urfa a conservé des traditions en relation avec Abraham. Il s’agit d’un indice intéressant qui montre que la région est en relation avec le patriarche.

Le nom donné aux colonnes de la citadelle rappelle le souvenir de Nemrod qui, selon la tradition, aurait régné à l’époque d’Abraham.

À Urfa, une source d’eau est appelée la source d’Abraham. Elle alimente un bassin autour duquel ont été édifiés des écoles coraniques et des lieux de prière où la mémoire d’Abraham est honorée.

D’après une tradition locale, Abraham, qui est reconnu pour être un très grand prophète par l’Islam, serait né et aurait été caché dans une grotte dans la falaise d’Urfa jusqu’à l’âge de sept ans pour échapper aux persécutions du roi Nemrod. C’est aujourd’hui un lieu de prière.

LES STÈLES DE NABONIDE

Deux stèles babyloniennes trouvées dans la grande mosquée d’Harrân sont exposées dans le musée d’Urfa. Ces stèles du roi Nabonide étaient à l’origine dressées dans le temple du dieu lune Sin, à Harrân. Le roi de Babylone, poussé par son mysticisme, était venu à Harrân pour relever les ruines du temple du dieu lune.

LE TEMPLE DU DIEU LUNE À HARRÂN

Un cylindre exposé au British Museum est une autre source qui atteste la reconstruction du temple de Sin à Harrân par Nabonide. On sait ainsi qu’Harrân fut, dans l’antiquité, le principal centre de ce culte pour la Haute Mésopotamie.

Abraham venait avec tout son clan de la cité d’Our, centre du même culte pour la Basse Mésopotamie. On ne s’étonnera pas qu’il se soit arrêté et installé à Harrân pendant plusieurs années d’autant plus que ses ancêtres étaient originaires d’Harrân.

N’oublions pas que jusque-là le culte du clan n’a pas encore été purifié par l’appel divin. Le texte biblique précise : C’est de l’autre côté du Fleuve qu’ont habité autrefois vos pères Tèrah, père d’Abraham et père de Nahor, et ils servaient d’autres dieux (Josué 24.2 – TOB).

C’est à Harrân que recommence l’aventure du monothéisme.

LE CULTE DES SABÉENS À SUMATAR ET À HARRÂN

Le village de Sumatar (à 80 km d’Urfa) est entouré de collines sur lesquelles avaient été construits des mini-temples consacrés aux sept planètes déifiées. Équipés de cryptes souterraines, leur entrée était orientée vers un tertre central.

Le tertre central était le lieu de culte des Sabéens. Cette religion puisait son origine dans le culte rendu depuis la haute antiquité, au dieu lunaire Sin, dont le sanctuaire principal était à Harrân.

Des inscriptions en syriaque précisent que les reliefs sculptés au sommet du tertre central furent commandés probablement par le dieu Sin à Mana (nom de plusieurs roi d’Édesse) le 13e jour d’Adar en l’année 476 de l’ère Séleucide, soit 164-165 avant notre ère.

Selon certains auteurs arabes, il existait encore à Harrân un temple sabéen au XVIIe siècle, à la fondation duquel était associé Abraham.

C’est donc par plusieurs traditions et par plusieurs découvertes archéologiques, que le séjour d’Abraham à Harrân est attesté. Ce village témoigne de l’authenticité de la Bible.

ABRAHAM ENTEND L’APPEL DE DIEU

Après le décès de son père (Actes 7.4), l’appel de Dieu se fit entendre d’une manière plus pressante et Abraham quitta Harrân pour le pays de Canaan.

Mais, il faut surtout insister sur l’appel qui a arraché Abraham aux cultes des choses et des hommes divinisés, pour suivre le Tout-Puissant, l’Unique, le Créateur : Le Seigneur dit à Abraham : Va pour toi hors de ta terre, du lieu de tes origines, et de la maison de ton père, vers la terre que je te ferai voir (Genèse 12.1 – traduction littérale).

Un appel qui a bouleversé l’histoire. Une véritable source de vie pour l’humanité entière.

ABRAHAM QUITTE HARRÂN POUR LE SUD

Abraham prend donc la direction du sud, sur les pistes entre les deux fleuves, pour rejoindre la Terre promise. Il part vers l’inconnu tout en plaçant sa confiance dans le Dieu qui s’est manifesté à lui.

Abraham quitte sa terre natale parce qu’il a fait une rencontre improbable avec Dieu. Cette rencontre est l’aboutissement de la quête d’absolu d’un homme ordinaire, ni meilleur ni plus mauvais qu’un autre, et de Dieu qui souhaite faire irruption dans la vie des hommes pourvu que ceux-ci acceptent de se tourner vers lui pour combler leur attente.

LA SYNAGOGUE DE DOURAS EUROPOS

Les fouilles faites dans la ville grecque de Douras Europos en Syrie apportent un complément intéressant par rapport à la démarche d’Abraham. Les recherches archéologiques commencées en 1922 ont permis la découverte de 16 sanctuaires appartenant à des religions païennes ou célestes.

Dans cette ville, il y avait aussi une synagogue très particulière à cause des peintures murales qui ont été découvertes. En effet, les croyances juives interdisent les représentations humaines dans les lieux de cultes. La présence de ces fresques révèle ici une influence locale chrétienne et païenne.

ABRAHAM PRIE

Le tableau qui nous intéresse est celui où l’on voit Abraham perplexe avec au-dessus de sa tête le soleil, la lune et les étoiles : Priera-t-il les étoiles, la lune ou le soleil, comme le font ses contemporains ?

La marche qu’il a entreprise vers la Terre promise est une réponse explicite. Abraham a renoncé à toutes ces divinités qui n’en sont pas, pour prier exclusivement le Dieu unique, créateur de tous les astres. Il est bien décidé à abandonner les croyances de ses pères et de ses contemporains.

ALEP LA ROUSSE

Perchée sur une colline de 50 m de haut, la citadelle d’Alep domine la ville : il s’agit d’un palais royal construit en 1230 et en partie détruit par les Mongols. La citadelle est entourée d’un profond (20 m) et large (30 m) fossé, creusé au XIIe siècle. L’une des caractéristiques de la citadelle est son imposante entrée fortifiée, accessible par un pont. Cette entrée a été construite par les Mamelouks au XVIe siècle.

La ville d’Alep existait déjà au IIIe millénaire puisqu’elle a été fondée il y a 4500 ans. Les Amorites occupaient déjà le site au IIe millénaire avant notre ère. C’est précisément l’époque d’Abraham.

Alep est connu sous le nom de Khalap dans des tablettes découvertes à Mari qui mentionnent qu’au XVIIe siècle avant notre ère, cette ville était un important carrefour commercial entre la Mésopotamie et le monde méditerranéen.

Selon la tradition, Abraham fit halte à Alep lorsqu’il se dirigeait vers la Terre promise. Il aurait dressé son camp sur la plus haute colline de la ville (où se trouve aujourd’hui la citadelle) pour y traire sa vache rousse, d’où le nom d’« Alep la rousse » donné à cette ville.

Étymologiquement, le mot Alep serait apparenté à un verbe dont la signification est « traire ». En souvenir du passage du patriarche, la mosquée Abraham a été édifiée au XIIe siècle sur l’emplacement où Abraham aurait dressé son campement.

SICHEM AU PAYS DE CANAAN

Dans le livre de la Genèse, Abraham est présenté comme un éleveur de petit bétail. Il est donc tributaire des points d’eau et des pâturages pour faire avancer ses troupeaux.

Sichem est la seconde étape du voyage entrepris par Abraham, mentionnée par le livre de la Genèse. Aujourd’hui, l’antique site de Sichem est au pied du Mont Garizim, à proximité de Naplouse.

Le site archéologique du secteur sud-est correspond au vestige du XVIIe siècle avant notre ère où sont encore en place deux pierres qui permettaient de faire coulisser la porte en bois fermant la ville. Dans le prolongement, le mur d’enceinte du XVIIe siècle avant notre ère est parfaitement visible.

Sur le site, une pierre sacrée levée marque l’emplacement d’un temple typiquement cananéen qui daterait du XIIe siècle avant notre ère.

Abraham avait construit un autel près du chêne de Moré. Il s’agit d’un arbre sacré dans le culte cananéen. Pour rendre un culte à Dieu, Abraham a donc choisi un lieu où d’autres divinités étaient honorées. L’attitude d’Abraham confirme qu’à cette époque, il était encore imprégné par le polythéisme. Malgré l’appel divin, le patriarche reste attaché à des pratiques religieuses qui seront dénoncées plus tard par les prophètes de la Bible.

LES TROIS DIEUX « EL »

L’auteur du livre de la Genèse a parfois employé le mot « El » pour parler du Dieu d’Abraham. « El » est accompagné d’un qualificatif ou utilisé sous la forme plurielle « Elohim ». Ceci s’explique probablement par le fait qu’Abraham, appartenant au groupe des Sémites de l’Ouest, a conservé, pour désigner la divinité qui s’était révélée à lui, le terme que ces sémites utilisaient pour appeler leur dieu principal.

Le mot « El » était utilisé par les Sémites pour désigner leur dieu parce que ce terme était l’expression de la puissance de vie que leur dieu apportait sur la terre.

Le mot « El » était aussi utilisé par les Cananéens pour désigner l’un de leurs dieux. Le texte de la Genèse rapporte qu’Abraham s’est rapproché des centres cultuels cananéens. C’est sans doute à cause de cette similitude de nom entre son Dieu et celui des Cananéens, qu’il n’a pas hésité à faire ce rapprochement.

BÉTHEL ET AÏ

Après quelque temps, Abraham poursuit sa visite du pays de la promesse en s’installant entre Béthel et Aï dont il ne reste plus aucun vestige aujourd’hui.

MELKISÉDEQ, ROI DE SALEM

Continuant vers le sud, Abraham se rend à Salem où il rencontre un certain Melkisédeq. Salem est probablement un des anciens noms de la ville qui sera appelée Jérusalem bien des siècles plus tard.

DES FIGURINES ÉGYPTIENNES À JÉRUSALEM

Des figurines d’argile ont été retrouvées à Jérusalem et dans d’autres villes cananéennes. Elles attestent l’ancienneté de l’occupation du site. Elles ont été fabriquées au XIXe ou au XVIIIe siècle avant notre ère, précisément l’époque d’Abraham.

Sur l’une d’elles un texte d’exécration égyptien a été écrit. Les noms des ennemis étaient inscrits sur la figurine avec des malédictions. Les Égyptiens croyaient qu’en cassant ces figurines, ils briseraient la puissance de leurs ennemis.

LE MONT MORIYYA

C’est sur le mont Moriyya qui domine la vallée du Cédron qu’Abraham offrit à Dieu son fils Isaac en sacrifice, à l’endroit même où s’élève aujourd’hui le Dôme du Rocher. Cet épisode de la vie du patriarche est certainement le plus marquant et le plus incompréhensible de son histoire (Cf. La conférence « Portraits et destin d’un visionnaire : Abraham »).

HÉBRON, SECONDE PATRIE D’ABRAHAM

Hébron fut certainement le lieu où Abraham passa le plus de temps. Il s’y établit après s’être séparé de son neveu Lot, lorsque Dieu lui renouvela la promesse qu’il recevrait en héritage, pour lui et sa descendance, la terre sur laquelle il séjournait.

Lot avait choisi de s’établir dans la luxuriante vallée du Jourdain. Il avait préféré, à ce moment-là, la vie facile et matérialiste, plutôt que de se fier aux promesses de Dieu, pour un avenir plus lointain, comme le fit son oncle Abraham.

L’APPORT DE L’ARCHÉOLOGIE À HÉBRON

L’archéologue Avi Ofer a mené une campagne de fouilles de 1983 à 1987 sur le site de l’ancienne Hébron, Tell er-Roumeidé.

Cette campagne a permis de confirmer qu’Hébron était une cité importante déjà au XVIIIe siècle avant notre ère. La ville était entourée d’une imposante muraille où vivaient deux populations : des citadins cananéens et des groupes plus ou moins importants de pasteurs semi-nomades qui séjournaient dans des tentes, à l’extérieur de la ville.

Une tablette portant une écriture cunéiforme a été retrouvée sur le site. Le texte inscrit sur la tablette dresse une liste d’animaux destinés aux sacrifices rituels pratiqués à Hébron au XVIIe siècle avant notre ère.

L’inscription est rédigée en akkadien, avec quelques idéogrammes sumériens, ce qui apporte la preuve qu’Hébron faisait partie de la civilisation amorite. On ne s’étonnera pas qu’Abraham ait séjourné dans cette région.

Hébron était donc une cité où l’on mettait par écrit des comptes rendus du culte, ce qui laisse supposer que l’écriture était également utilisée dans la vie administrative de la cité. Ces découvertes ne prouvent rien sur la présence d’Abraham à Hébron, mais elles éclairent le contexte dans lequel le patriarche a pu y vivre.

LES CHÊNES DE MAMRÉ

Abraham établit son campement à trois kilomètres au nord d’Hébron : Abram vint avec ses tentes habiter aux chênes de Mamré qui sont à Hébron ; il y éleva un autel pour le Seigneur (Genèse 13.18 – TOB). Mamré était le lieu de résidence habituel d’Abraham. La Bible a noté plusieurs événements importants dont Mamré fut le témoin.

C’est dans ce lieu que la promesse faite au patriarche fut renouvelée, alors que celui-ci commençait à s’interroger sur son accomplissement. Voici ce que le Seigneur lui répondit : Contemple donc le ciel, compte les étoiles si tu peux compter […] telle sera ta descendance (Genèse 15.5 – TOB).

ABRAM DEVIENT ABRAHAM

C’est aussi ici que Dieu changea le nom d’Abram en Abraham et qu’il bénit d’une manière particulière Sara pour qu’elle puisse donner naissance à des nations : Je la bénirai, elle donnera naissance à des nations, des rois de peuples sortiront d’elle (Genèse 17.16 – TOB) ; alors qu’elle était stérile comme l’indiquait la notice biographique mentionnée au début de l’histoire d’Abraham (Genèse 11.30).

QUAND DIEU TIENT SA PROMESSE

C’est encore ici qu’Abraham manifesta son hospitalité légendaire envers trois messagers divins. Il reçut la promesse que quelques mois plus tard Sara aurait un fils : Il dit : Je reviendrai chez toi l’année prochaine ; Sara, ta femme, aura un fils (Genèse 18.10 NBS).

C’est donc ici, à Mamré, que la bénédiction annoncée à Abraham commence à se réaliser. Dieu tient sa promesse.

LE SANCTUAIRE DE MAMRÉ

Mamré devint un sanctuaire important où le souvenir du patriarche fut honoré par ses descendants, particulièrement à l’époque de David, lorsqu’il commença à régner dans la région d’Hébron.

La fréquentation régulière de Mamré par des pèlerins, amena Hérode le Grand à construire une double muraille pour entourer l’autel, le puits et le chêne d’Abraham.

En 68, lors de la guerre des Juifs contre les Romains, cet édifice fut détruit. Lorsqu’Hadrien visita les lieux en 130, il ordonna la reconstruction de l’enceinte. L’esplanade accueillait alors l’un des trois grands marchés de Palestine. La citadelle servait de poste militaire pour surveiller le désert. À cette époque, Mamré devint un centre de culte païen dédié à Hermès-Mercure.

En 324, Constantin réhabilita le sanctuaire en faisant construire une basilique qui fut l’une des premières églises de Palestine. Elle a été détruite en 614 par les Perses.

LA MORT DE SARA

Sara mourut à Mamré. Abraham se rendit à Hébron pour acheter un champ et une grotte (Genèse 23.1-20) pour y enterrer Sara. Cette transaction est hautement symbolique puisqu’il s’agit de la première acquisition d’une propriété sur la terre promise, d’autant plus que la grotte de Makpéla devint le tombeau familial où Abraham fut enterré à côté de Sara, ainsi que son fils Isaac et son petit-fils Jacob et leurs femmes.

LES TOMBEAUX DES PATRIARCHES

Hérode le Grand fit construire sur l’emplacement de la grotte, une enceinte de 59 m sur 34 m avec d’énormes blocs de pierre. À l’intérieur du bâtiment une église a été construite par les Croisés en 1115. Aujourd’hui le bâtiment contient une synagogue et une mosquée car ce lieu est également sacré pour le judaïsme et pour l’Islam.

Les cénotaphes des patriarches et de leurs femmes ont été installés à l’intérieur du bâtiment. Ceux d’Abraham et de Sara, de Jacob et de Léa sont peu visibles car ils sont à l’intérieur d’une construction hexagonale ou octogonale qui laisse apparaître seulement une partie du cénotaphe. Seuls le cénotaphe d’Isaac, le fils d’Abraham, et celui de Rebecca, sa femme, sont parfaitement visibles dans la salle principale.

Les tombes proprement dites sont dans des grottes situées sous le bâtiment, dont l’accès est rigoureusement interdit.

ABRAHAM RENCONTRE LES HITTITES

Il faut encore rappeler, en rapport avec la cité d’Hébron, qu’Abraham acheta cette propriété funéraire à des Hittites. Ce détail est d’une grande importance pour deux raisons :

– Premièrement pour situer le personnage d’Abraham dans le temps car les Hittites apparaissent dès le XXe siècle avant notre ère : Abraham a donc pu les rencontrer au XIXe siècle ;

– Deuxièmement, parce que ce peuple avait complètement disparu de l’histoire. En effet, les textes de l’antiquité classique ne le mentionnent pas. Ce n’est qu’au XIXe siècle de notre ère, que plusieurs inscriptions ont permis de redécouvrir son existence ;

La découverte de 10 000 tablettes, lors de fouilles faites par Hugo Wincler, entre 1906 et 1912, à Boghazkoï, en Turquie, permit de mettre en évidence la puissance du royaume hittite.

La Bible est le seul document écrit dans l’Antiquité, à avoir transmis l’existence du peuple hittite. Une fois de plus, le texte de la Bible s’est vu confirmé par ces découvertes archéologiques.

BÉER SHÉVA

Abraham s’installa aussi dans le sud du pays à Béer Shéva. Tell Béer Shéva est un parc archéologique où s’étend une cité israélite du VIIIe siècle avant notre ère.

Un puits marque l’entrée de la cité. Certains archéologues veulent y voir le puits creusé par Abraham. Sa position, juste sous le mur d’enceinte, laisse à penser qu’il était destiné aux caravaniers qui faisaient halte sous les murs de la ville.

Dans l’une des plus anciennes rues de la cité de Béer Shéva, la tradition a rattaché un ancien puits à Abraham. Le lieu a été restauré pour perpétuer le souvenir du patriarche.

 LE SERMENT DE BÉER SHÉVA

Le puits de Béer Shéva fut le témoin d’un différend entre Abraham et Abimélek. Pour mettre fin à ce conflit d’intérêts à propos de l’utilisation de ce puits, Abraham offrit sept brebis à Abimélek et ils prêtèrent serment. Abimélek habitait à Guérar, Abraham y avait également séjourné quelque temps (Genèse 20.1).

Abraham planta un tamaris à Béer Shéva. Cette information nous est donnée en relation avec le culte qu’Abraham rendait à Dieu (Genèse 21.33). Encore une fois, la pratique cultuelle d’Abraham est semblable à celle de ses contemporains. Il adore son Dieu, là où d’autres divinités cananéennes étaient vénérées.

Sur le site du puits de Béer Shéva, un autel de pierre nous rappelle qu’Abraham avait lui aussi construit un autel à Béer Shéva.

ISMAËL, FILS D’ABRAHAM

Abraham habita aussi dans le Néguev entre Qadesh et Shour (Genèse 16.7,20). Alors qu’Abraham séjournait dans la région de Shour, près de la frontière avec l’Égypte, Sara, voyant qu’elle n’avait pas d’enfant, donna Hagar, sa servante égyptienne, pour femme à Abraham, afin d’avoir un enfant par elle. À l’époque d’Abraham, cette pratique que l’on qualifierait aujourd’hui de « gestation pour autrui », était prévue par la loi pour régler le problème de stérilité des femmes.

Ismaël naquit de ce mariage. Par trois fois Dieu s’engagea à bénir Ismaël, fils d’Abraham, pour qu’il multiplie à l’extrême afin qu’il devienne une grande nation avec douze princes à sa tête (Genèse 16.10 ; 17.20 ; 21.13).

ABRAHAM EN ÉGYPTE

Les pharaons avaient construit les pyramides depuis dix siècles, lorsqu’Abraham fit un bref séjour en Égypte, alors que la famine sévissait dans le pays que Dieu avait promis de lui donner.

Beni-Hassan, en Moyenne Égypte, est aujourd’hui bien connue pour sa nécropole de sépultures princières datant du Moyen Empire, sur la rive droite du Nil. Les volumineux tombeaux sont creusés dans la roche en laissant de grandes colonnes. Ils devaient servir de palais d’éternité aux hauts fonctionnaires régionaux qui exerçaient une influence considérable à cette époque.

Parmi ces trente-neuf hypogées abrités dans la falaise, douze présentent des décorations murales d’un grand intérêt. Elles évoquent des thèmes empruntés à la vie agricole et à l’artisanat.

UNE FRESQUE REPRÉSENTANT DES SÉMITES

La tombe de Khnemhotep est particulièrement intéressante pour notre propos car l’une de ses fresques représente une caravane asiatique avec 34 sémites, reconnaissables à leurs vêtements, à leur barbe et par le nom porté par leur chef : Abicha.

La migration d’Abraham en Égypte au XIXe siècle avant notre ère, époque de la réalisation de cette fresque, n’est donc pas anachronique.

L’ARCHÉOLOGIE ET LES RÉCITS SUR ABRAHAM

Toutes ces découvertes archéologiques qui jalonnent le parcours du patriarche prouvent que les récits de la Bible dans lesquels Abraham évolue, sont bien réels. Ces témoignages de l’archéologie établissent d’une manière spectaculaire l’authenticité des récits du livre de la Genèse se rapportant à la vie d’Abraham. Par conséquent, l’histoire d’Abraham rapportée par la Bible devient pleinement plausible.

Après ce tour d’horizon des principaux lieux de séjours d’Abraham, entre l’Euphrate et le Nil, nous devons nous rappeler les raisons qui ont poussé Abraham à faire tant de kilomètres.

LA DÉMARCHE D’ABRAHAM EST SPIRITUELLE

Abraham a entrepris ce périple entre les deux fleuves parce que Dieu lui avait demandé de tout quitter pour une terre inconnue et une expérience inédite : il lui avait promis qu’il serait une source de bénédiction pour toutes les familles de la terre. Cette démarche était donc spirituelle et religieuse.

Il est donc opportun de faire le point sur la religion d’Abraham, tout en la comparant avec la manière dont le reste du Pentateuque (cinq premiers livres de la Bible), appelé aussi loi de Moïse, propose de pratiquer la religion. De ce rapprochement, nous pourrons encore tirer des conclusions intéressantes par rapport à l’historicité du patriarche.

LES PRATIQUES RELIGIEUSES D’ABRAHAM ET CELLES DU RESTE DE LA BIBLE

Si, comme le prétendent un bon nombre de savants qui suivent la théorie documentaire, la rédaction des récits des patriarches est contemporaine à celle des autres textes du Pentateuque, il serait logique que dans l’ensemble de ces livres de la Bible, la pratique religieuse soit la même.

Lorsque l’on examine de près les textes bibliques, on s’aperçoit que les patriarches, et notamment Abraham, avaient une pratique religieuse différente de celle établie dans la loi de Moïse et le reste des écrits de la Bible, même si tous ces textes sont l’expression d’une foi dans le même Dieu unique.

Les pratiques religieuses d’Abraham ne reflètent donc pas l’idéologie religieuse de l’époque plus tardive où elles auraient été mises par écrit. Voici six exemples :

  1. Dieu et les autres dieux

– L’antagonisme religieux entre le patriarche et les gens du pays n’existe pas ;

– Abraham et le roi cananéen de Guérar semblent avoir le même Dieu ;

– Dans le reste de la Bible, le Dieu d’Israël s’oppose toujours aux dieux des Cananéens.

  1. La relation avec Dieu

– La vision donnée par le livre de la Genèse au sujet de la relation entre Dieu et l’ensemble de l’humanité est plutôt universaliste ;

– Dans les autres textes de l’Ancien Testament, elle est très souvent exclusive, il y a toujours le peuple élu et les autres peuples ;

  1. Les pratiques cultuelles spécifiques

– Les textes sur Abraham ne font pas de références explicites à des pratiques cultuelles spécifiques comme le sabbat et les lois alimentaires ;

– S’ils avaient été écrits à une époque plus tardive cela aurait été le cas.

  1. Le lieu de culte

– Abraham a la liberté de construire des autels là où il veut à Sichem, entre Béthel et Aï, à Mamré (Hébron), et à Moriyya ;

– Alors que plus tard il n’y aura qu’un seul lieu de culte.

  1. Les arbres sacrés

– Les arbres sacrés sont manifestement liés aux habitudes cultuelles d’Abraham (Genèse 21.33) ;

– La loi de Moïse interdit cette pratique.

  1. Le jugement et la malédiction

– Pour Abraham, la promesse de la bénédiction n’est pas mise en relation avec son observation de la loi. La menace d’un jugement ou d’une malédiction ne lui est pas stipulée, dans le cas où il n’obéirait pas ;

– Dans les écrits de Moïse, la menace d’un jugement ou d’une malédiction est clairement énoncée en cas de désobéissance à la loi.

DEUX TRADITIONS INDÉPENDANTES

Ces exemples montrent des différences non négligeables sur les pratiques religieuses d’Abraham par rapport à celles enseignées par la loi de Moïse. Ce constat nous amène à conclure qu’il y a là deux traditions différentes et indépendantes l’une de l’autre.

Il est impossible qu’un auteur pratiquant la loi de Moïse ait pu inventer des récits se rapportant à Abraham en écrivant que l’ancêtre de la nation avait des pratiques religieuses qui étaient condamnées par la loi de Moïse.

ANTÉRIORITÉ DES RÉCITS ABRAHAMIQUES

Ces observations sur la différence des pratiques religieuses nous amènent à conclure que la composition des récits qui rapportent l’histoire d’Abraham est bien antérieure à la rédaction des autres parties de la loi de Moïse. D’autres arguments confirment cette opinion.

LES ANCÊTRES ET LA TRADITION ORALE

Selon certains auteurs, un ancêtre commun, auquel on aurait donné le nom d’Abraham, a été inventé dans le but d’unifier quelques tribus disparates. Ce raisonnement s’oppose au fait que toutes les cultures font référence à leurs ancêtres. Il est donc plausible que le peuple d’Israël ait aussi conservé le souvenir de ses ancêtres.

Les expériences vécues par Abraham ont très bien pu être transmises oralement de génération en génération, jusqu’à ce qu’elles soient mises par écrit lors de la rédaction des autres parties du Pentateuque.

Aujourd’hui, nous sous-estimons la capacité que de nombreux peuples ont ou avaient de transmettre leur culture par l’oralité, parce que nous sommes les héritiers d’une culture basée presque exclusivement sur la transmission par l’écrit. Le peuple hébreu est loin d’être le seul à avoir connu la transmission orale.

À PROPOS DU NOM DU PATRIARCHE

Le patronyme « Abraham » est particulièrement intéressant. Il permet une réflexion. Ce nom n’est pas commun pour la Bible. Abraham est le seul personnage biblique à porter ce nom. S’il avait été inventé tardivement, l’illustre ancêtre aurait probablement reçu un nom théophore en Yah ou en El comme Yirmeyah (Jérémie, ce qui signifie Yahvé élève) ou Daniel (ce qui signifie Dieu a rendu justice).

Le nom d’Abram est attesté dès le IIe millénaire, en dehors de la Bible, dans le monde sémitique. On le rencontre aussi au Ier millénaire. Il désigne toujours et uniquement une personne. Jamais une tribu et aucune ville ne porte ce nom.

Abram est généralement compris comme la contraction d’Abiram « mon père » ou « père élevé ». Cette expression est une référence à une divinité, son origine est vraisemblablement amorite. Le nom du patriarche est en harmonie avec le milieu amorite d’où il vient.

La forme « Abraham » est probablement une variante phonétique due à un accent régional différent avec l’allongement du son « a ». Cette nouvelle prononciation de son nom en « Abraham » était sans doute le signe que le patriarche avait effectivement changé de patrie.

PÈRE D’UNE MULTITUDE

Vous avez peut-être entendu dire, ou lu, que le nom « Abraham » signifiait « père d’une multitude ». Cette interprétation est fondée sur une tradition populaire qui rattache le mot « Abraham » à la promesse que Dieu a faite au patriarche : On ne t’appellera plus du nom d’Abram, mais ton nom sera Abraham car je te donnerai de devenir le père d’une multitude de nations et je te rendrai fécond à l’extrême (Genèse 17.5, 6 – TOB).

LES LOIS ET LES COUTUMES

L’analyse des lois et des coutumes du livre de la Genèse permet de nous rendre compte qu’elles ne sont pas spécifiques aux patriarches. Des lois semblables existaient dans tout le Proche-Orient pendant toute l’Antiquité.

Cependant, on peut noter que les coutumes sociales et juridiques notées dans le livre de la Genèse sont le reflet d’une connaissance approfondie de la vie en Mésopotamie au IIe millénaire. Plusieurs d’entre elles sont plus proches des codes de lois du roi Lipit-Ishtar (XXe siècle avant notre ère) que des lois de Moïse.

ANCIENNETÉ DES RÉCITS ABRAHAMIQUES

Les différences notables entre les pratiques religieuses d’Abraham et les enseignements de la loi de Moïse ainsi que :

– l’antériorité des récits d’Abraham par rapport aux autres livres du Pentateuque ;

– la transmission orale de ces récits ;

– l’origine amorite du nom d’Abraham ;

– les lois et les coutumes suivies par Abraham,

attestent l’ancienneté des récits relatant l’expérience d’Abraham qui ont été conservés dans la Bible et dont l’origine est bien antérieure à la rédaction des autres parties du Pentateuque.

ABRAHAM A BIEN VÉCU AUTOUR DE 1850 AVANT NOTRE ÈRE

Bien que la Bible ne soit pas un livre d’histoire selon nos critères d’aujourd’hui, les indices qu’elle nous a transmis sur le contexte dans lequel Abraham a vécu, s’insèrent parfaitement dans l’histoire générale du Proche-Orient du IIe millénaire.

– le déplacement des Amorites en Mésopotamie entre Harrân et Our ;

– le nom amorite de sa femme : Saraï ;

– la mention de la ville d’Our dont l’activité était florissante autour de l’an 2000 avant notre ère ;

– les témoignages de l’archéologie à Mari, Harrân, Hébron, Béni Hassan, ainsi que la mention des Hittites,

éclairent l’histoire du patriarche et rendent vraisemblable son existence au début du IIe millénaire.

Aucun des sites fréquentés par Abraham n’a révélé une documentation antique apportant la preuve absolue de l’existence d’Abraham. Son historicité pourra donc toujours être contestée. Cependant, nous avons pu constater que le récit de l’histoire d’Abraham transmis par la Bible est tout à fait vraisemblable.

De toute évidence, l’origine de ces récits sur Abraham est bien antérieure à l’époque où les descendants d’Abraham se sont organisés en tant que peuple.

DES COPISTES RESPECTUEUX DE LA MÉMOIRE DE LEUR ANCÊTRE

Néanmoins, nous pouvons constater que les compilateurs successifs du texte biblique ont su préserver, pendant de longs siècles, des pratiques avec lesquelles ils n’étaient pas d’accord. Pour eux, il s’agissait d’une tradition sacrée, celle de leur ancêtre, appartenant à la révélation divine. Les copistes successifs se sont imposés de conserver cette tradition telle qu’ils l’avaient reçue.

Les scribes et les prêtres ont transmis ce texte, de génération en génération, sans le modifier. Cette attitude est de nature à nous donner confiance dans l’authenticité et la véracité de ces récits très anciens.

ABRAHAM, SOURCE DE BÉNÉDICTION POUR L’HUMANITÉ

La Bible ne s’intéresse qu’à une petite partie de la vie d’Abraham, le temps pendant lequel Dieu s’est révélé à lui pour le placer devant un défi : qu’il devienne une source de bénédiction pour toute l’humanité, gage d’une vie nouvelle.

Cette bénédiction a commencé à devenir une réalité lorsque la femme d’Abraham, Sara, qui était stérile, lui a donné un fils, Isaac. La bénédiction promise à Abraham ne concernait pas seulement sa famille mais toutes les familles de la terre, donc l’humanité entière.

Lorsque Dieu s’est révélé à Abraham pour la dernière fois, d’après le texte de la Genèse, il lui a fait connaître par quel processus l’humanité entière pourrait recevoir cette bénédiction.

LA BÉNÉDICTION EST À NOTRE PORTÉE

À chacun de nous de continuer à explorer la vie de cet homme, hors du commun, pour découvrir à notre tour comment obtenir cette bénédiction afin d’en être bénéficiaire.

Le cheminement d’Abraham, des rives de l’Euphrate au pays du Nil, nous rappelle que là où les fleuves ont déversé une eau abondante, de très brillantes civilisations sont nées parce que l’eau est source de vie.

La bénédiction divine a été une source de vie pour Abraham, elle doit l’être aussi pour l’humanité entière, à commencer par chacun de nous. Cette aventure est donc à suivre…

Dans une autre étude intitulée « Portraits et destin d’un visionnaire : Abraham » nous rappellerons comment Abraham, cet homme ordinaire, est devenu celui par lequel Dieu peut transmettre sa bénédiction à l’humanité entière.

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