Le premier récit de la création est certainement le texte de la Bible le plus lu mais aussi le moins bien compris. Une multitude d'interprétations a été proposée.
En appliquant les principes de lecture énoncés dans l'introduction, nous proposons une lecture biblique d'une richesse inouïe pour mieux apprécier ce récit.
Avant tout, la Bible a été écrite pour permettre aux femmes et aux hommes de tous les temps, y compris le nôtre, de vivre une relation avec Dieu.
Le premier récit de la création établit les bases sur lesquelles cette relation peut être construite. C'est ce qui va être montré par cette étude.
Il y aurait beaucoup d'autres choses à dire sur cette première page de la Bible mais nous nous limiterons à cette première lecture.
D'autres articles seront écrits plus tard pour compléter cette recherche sur le premier récit de la Bible.

La création Bible imprimée en 1635 à Paris Sorbonne

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Résumé de la conférence

Les premiers chapitres du livre de la Genèse :

Comment mieux les apprécier et les comprendre aujourd’hui ?

PREMIÈRE PARTIE :

LE PREMIER RÉCIT DE LA CRÉATION

Étude préparée par Bernard Cassard

Le récit des sept jours de la création est un condensé qui demande à être développé et expliqué pour en apprécier toute la portée. Comme pour beaucoup d’autres thèmes ou textes bibliques, pour apporter un éclairage sur le sens de ce récit, il faut se référer à d’autres passages de la Bible pour découvrir toute la richesse des enseignements qu’il contient.

DIEU EST AMOUR

L’ATTACHEMENT DE JEAN AU PREMIER VERSET DE LA GENÈSE

Pour l’apôtre Jean, qui avait un attrait particulier pour l’origine de notre monde, il était essentiel de nous mettre en relation avec « le commencement ». Dans ses écrits, le livre de l’Apocalypse, son Évangile et deux de ses lettres1, il fait référence « au commencement ».2 Pour débuter son Évangile, il utilise d’ailleurs une expression qui est la traduction littérale des premiers mots de la Bible.3

Dans sa première lettre, il fait huit fois référence au « commencement »,4 citant des événements qui sont décrits dans les premiers chapitres du livre de la Genèse.5 À deux reprises dans ce contexte, il déclare « Dieu est amour. »6

Lorsque Jean replace ses correspondants dans le temps de l’origine de notre monde, il affirme que Dieu est amour définissant ainsi la nature de Dieu. En Dieu, tout est amour. Plus encore, tout ce qu’il conçoit, ce qu’il fait ou ce qu’il crée est accompli avec un amour infini.

Lorsque nous lisons le premier chapitre de la Genèse, nous devons avoir à l’esprit que la création qui y est décrite est une expression de l’amour de Dieu pour l’humanité.

1/1 Jean et 2 Jean.  – 2/ Emploi du mot « commencement » dans le texte grec en référence avec la création dans l’Évangile de Jean : Jean 1.1 ; dans la première lettre de Jean : 1 Jean 1.1, 2.7, 2.13, 2.14, 2.24 (deux fois), 3.8, 3.11 ; dans la deuxième lettre de Jean : 2 Jean 1.5,6 ; dans le livre de l’Apocalypse : 3.14, 21.6, 22.13. – 3/Genèse 1.1 : « Au commencement Dieu créa » à comparer à l’Évangile de Jean 1.1 : « Au commencement était la Parole ». – 4/ Voir note 2. – 5/ « Le diable pèche dès le commencement » 1 Jean 3.8 – Nouvelle Bible Segond ; Caïn : 1 Jean 3.12. – 6/ 1 Jean 4.8,16.

LA CRÉATION : L’ŒUVRE D’UN PÈRE AIMANT

Depuis fort longtemps les hommes de la Bible ont reconnu Dieu comme leur père. Dans le livre du Deutéronome, on peut lire : « N’est–ce pas lui ton père, qui t’a donné la vie ?»7 Lorsque dans sa première lettre Jean évoque la création, le Dieu d’amour dont il parle, il l’appelle fréquemment « Père ».8 L’apôtre Jean n’hésite pas à utiliser des expressions telles que « né de Dieu »,9 « enfants de Dieu »10 en parlant de nous les humains.

Nous devons aussi avoir à l’esprit que Dieu ne change pas11 ; ce qu’il était lors de la création, il l’a toujours été et il est toujours le même aujourd’hui.12 Dieu est amour pour l’éternité.

Envisager le fondement de notre monde comme l’œuvre d’un père aimant qui prépare le cadre de vie dans lequel il veut que ses enfants s’épanouissent est bien plus qu’un regard poétique sur la création. Nous perçons là le mystère qui est à l’origine des motivations qui ont présidé à notre création : l’amour de Dieu pour chacun de nous. Ces motivations sont rappelées par le roi David : « L’Éternel […] est plein d’amour dans tout ce qu’il fait »13 ; « L’Éternel est plein de grâce et de compassion, lent à la colère et riche en amour. L’Éternel est bon envers tous les hommes et plein de tendresse pour toutes les créatures. »14

7/ Deutéronome 32.6. – 8/ Le mot « Père » est mentionné dans 1 Jean 1.2, 3, 2.1, 14, 15, 16, 22, 23, 24, 3.1, 4.14 d’après la TOB.9/ L’expression « né de Dieu » est mentionnée dans 1 Jean 3.9, 4.7, 5.1, 4, 18 d’après la TOB. 10/ L’expression « enfants de Dieu » est mentionnée dans 1 Jean 3.1, 2, 10 ; 5.2 d’après la TOB.11/ « Tout bienfait et tout don parfait viennent d’en haut ; ils descendent du Père des lumières, en qui il n’y a ni changement ni l’ombre d’une variation. » Jacques 1.17 – La Bible Segond 21. – 12/ « Mais toi, tu es toujours le même, et ton existence n’aura pas de fin. » Psaume 102.28 – La Bible Segond 21. – 13/ Psaumes 145.17 – La Bible du Semeur – D’autres traducteurs proposent de traduire par « il est fidèle dans tout ce qu’il fait » (TOB), le mot hébreu exprime à la fois l’idée d’amour, de bonté, d’amitié et de fidélité. – 14/ Psaumes 145.8, 9 – La Bible du Semeur.

LE BUT DU PREMIER RÉCIT DE LA CRÉATION

CE QUE CE RÉCIT N’EST PAS

Le récit de la création du premier chapitre du livre de la Genèse contient un peu moins de 900 mots. D’emblée, nous pouvons constater la disproportion entre ce texte extrêmement court et l’ampleur du sujet : la création de notre terre, de l’univers, du monde végétal, du monde animal et des êtres humains. Nous pouvons aisément comprendre que le but de l’auteur n’était pas de faire un rapport scientifique de la création. Aussi, nous n’aborderons pas cette question. Nous nous limiterons à chercher à donner un sens à la description succincte qui nous est donnée et à en tirer tous les enseignements.

LA PREMIÈRE VISION DE NOTRE PLANÈTE

Arrêtons-nous sur le deuxième verset du récit : « La terre était déserte et vide, et la ténèbre à la surface de l’abîme ; le souffle de Dieu planait à la surface des eaux. »15

Voilà une vision, au premier abord, peu engageante de notre planète. En faisant cette description, l’auteur veut nous transmettre un message, mais lequel ? Essayons de le décrypter.

« La terre était déserte et vide » : Dans le texte hébreu, l’auteur utilise les mots « tohou »16 (déserte) et « bohou »16 (vide). L’association de ces mots en français, « tohu-bohu » a pris le sens de « chaos primitif, désordre, confusion de choses mêlées, bruit confus, tumulte »17. Est-ce le message que veut transmettre ce texte ?  Cherchons la définition biblique de chacun de ces mots puis de cette expression.

Le mot « tohou » est employé dans Psaumes 107 où il est traduit par désert : « Dieu répand le mépris sur les puissants, les fait errer dans un désert18 sans route. »19 Le désert est ici un lieu où il n’y a pas de chemin. C’est un endroit où il n’est pas possible de trouver une destination, de s’orienter. Il est impossible de trouver une direction. Par conséquent, on peut dire que le « tohou » qualifie un monde inorganisé, sans direction, un monde qui à ce stade n’a pas de sens.

Le prophète Ésaïe rapporte une parole du créateur qui dévoile son projet pour la terre : « En effet, voici ce que dit l’Éternel, le créateur du ciel, le seul Dieu, qui a façonné la terre, l’a faite et l’a affermie, qui l’a créée pour qu’elle ne soit pas déserte16, qui l’a formée pour qu’elle soit habitée : C’est moi qui suis l’Éternel, et il n’y en point d’autre. »20

Pour révéler les intentions de Dieu, le mot « tohou » a été employé ici comme dans le texte de Genèse 1.2. Dans ce texte, le sens du mot « tohou » est précisé. Dieu a créé la terre « pour qu’elle ne soit pas déserte (tohou) » mais « pour qu’elle soit habitée ». Le désert a le sens ici d’un lieu inhabité, sans vie humaine.

Le mot « bohou » indique l’idée de vide. Il ne s’agit pas d’un vide physique mais plutôt une absence de présence, dans le sens où personne ne vit dans le « bohou ».

À ce stade de la création, notre terre est un monde de ténèbres, inhabité et inhabitable, sans vie, sans présence humaine, sans organisation.

L’expression complète « tohou et bohou » n’apparait que dans un seul autre texte de la Bible. Nous pouvons lire ce texte dans le livre du prophète Jérémie : « Je regarde la terre : elle est déserte et vide ; le ciel : la lumière en a disparu. Je regarde les montagnes : elles tremblent ; toutes les collines sont ballottées. Je regarde : il n’y a plus d’hommes et tous les oiseaux ont fui. »21 L’emploi de cette expression, dans ce texte, confirme qu’elle évoque un espace sans vie, inhabité et sans hommes.

Dans cette vision, le prophète Jérémie décrit son pays dévasté par la guerre en empruntant l’expression « tohou va bohou » au récit de la création pour décrire son pays lorsqu’il n’y a plus d’hommes. Jérémie rejoint Ésaïe en associant également le mot « tohou » (désert) à l’absence d’êtres humains.20

Le mot « abîme » n’a pas le sens d’un grand vide. Dans la Bible, le mot abîme est utilisé pour désigner la mer : « N’est-ce pas toi qui as dévasté la Mer, les eaux de l’Abîme gigantesque, qui as fait du fond de la mer un chemin, pour que passent les rachetés ? »22 ; « Les flots de l’abîme s’appellent l’un l’autre, au fracas de tes cataractes. En se brisant et en roulant, toutes tes vagues ont passé sur moi. »23 Le mot abîme souligne l’immensité de l’étendue d’eau qui entoure la terre et sa profondeur. Le parallèle, dans ce verset,24 entre « à la surface de l’abîme » et « à la surface des eaux » confirme l’identification entre l’abîme et la mer.

15/ Genèse 1.2. – 16/ D’après la transcription française des mots hébreu d’après les notes de la TOB. – 17/ Le Petit Robert 2013. – 18/ En hébreu tohou. – 19/ Psaumes 107.40 – La Bible du Semeur. – 20/ Ésaïe 45.18 – Segond 1910. – 21/ Jérémie 4.23-25. – 22/ Ésaïe 51.10. – 23/ Psaumes 42.8. – 24/ Genèse 1.2.

UNE PLANÈTE POUR LES HUMAINS

Évoquer l’absence d’humains, c’est déjà dire que la terre a été faite pour eux. Le but de ce récit est d’enseigner que le projet de Dieu était d’amener les êtres humains à l’existence. Pourtant, ils apparaîtront en dernier dans l’ordre de la création.25 Le créateur a voulu préparer tout leur environnement avant de les créer.  Tout en bâtissant le monde des humains, avant leur création, Dieu met en évidence leurs besoins fondamentaux pour que leur vie soit possible sur cette planète.

25/ Genèse 1.26-28.

LES BESOINS ÉLÉMENTAIRES DES HUMAINS

LE SOUFFLE

Le premier élément dont l’homme aura besoin pour vivre c’est le souffle de Dieu qui ne tarde pas à apparaître : « Le souffle de Dieu planait à la surface des eaux. »26 Pour le moment, il n’y a aucun être vivant sur la terre. Et pourtant le souffle de Dieu est déjà présent. Toute vie a besoin du souffle de Dieu. Ceci est vrai pour les animaux : « Tu envoies ton souffle (rouâh) : ils sont créés. »27 Il en est de même pour les humains, Job déclare : « C’est le souffle (rouâh) de Dieu qui m’a fait, l’inspiration (neshâmâh) du Puissant qui me fait vivre. »28 Les mots hébreux « rouâh » et « neshâmâh » sont synonymes et ils sont utilisés indifféremment pour désigner le souffle de Dieu. Pour éviter une répétition en français, « rouâh » a été traduit par souffle et « neshâmâh » a été traduit par inspiration.

Le prophète Ésaïe synthétise la création en quelques mots : « Ainsi parle Dieu, le SEIGNEUR, qui a créé les cieux et qui les a tendus, qui a étalé la terre porteuse de ses rejetons, donné respiration (neshâmâh) à la multitude qui la couvre et souffle (rouâh) à ceux qui la parcourent. »29

Ce résumé du prophète met en évidence le projet de Dieu lorsqu’il est écrit « le souffle de Dieu planait à la surface des eaux. »30 Dieu est le Dieu de la vie. La présence du souffle de Dieu indique que Dieu donnera son souffle pour que la vie apparaisse sur notre terre. Le souffle de Dieu représente la force vitale qui nous permet de vivre.

26/ Genèse 1.2. – 27/ Psaumes 104.30. – 28/ Job 33.4. – 29/ Ésaïe 42.5. – 30/ Genèse 1.2.

L’ESPRIT

Plusieurs traductions proposent à juste titre de comprendre le texte de la manière suivante : « L’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux. »31 Le mot « rouâh »,32 tout comme le mot « neshâmâh »,33 sont utilisés en hébreu pour parler de l’esprit et peuvent être traduits en français par le mot « esprit ».

Jésus a déclaré : « Dieu est Esprit »34 faisant allusion à la nature de Dieu. Puisque Dieu est Esprit lorsqu’il est écrit « L’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux »31 cela signifie finalement que Dieu lui-même vient sur la terre. Cette présence de Dieu au travers de son Esprit, de son souffle, indique que Dieu désire vivre une expérience avec les humains pour qui il a projeté de créer notre monde.

Jésus dit que « Dieu est Esprit »34 lorsqu’il explique la nature des relations qu’il convient d’avoir avec lui : « Dieu est Esprit, et ceux qui l’adorent doivent l’adorer en étant guidés par son Esprit. »34 Nous pouvons comprendre que lorsque Dieu a commencé a formé notre monde, il a donné son Esprit à l’humanité pour préparer et rendre possible cette rencontre entre lui et les humains.

31/ La Bible Segond 21, voir aussi La Bible du Semeur, Darby, La Bible annotée, Ostervald, Maredsous. – 32/ « Rouâh » est employé dans Genèse 1.2 et dans Job 33.4. – 33/ « Neshâmâh » est employé dans Genèse 2.7 et Job 33.4. – 34/ Jean 4.24 – La Bible en français courant.

LA « ROUÂH » PLANAIT

En hébreu, « rouâh » est un féminin.  Le verbe « planer » qui décrit le mouvement du souffle de Dieu est aussi employé dans le cantique de Moïse : « Il (le Seigneur) est comme l’aigle qui encourage sa nichée : il plane au-dessus de ses petits, il déploie toute son envergure, il les prend et les porte sur ses ailes. »35 L’image de l’aigle qui plane pour éveiller sa nichée à l’envol est une très belle illustration de l’amour que Dieu met dans la préparation de la venue à l’existence de l’humanité. Un parallèle peut être fait avec ce que l’ange Gabriel dit à Marie lorsqu’il lui annonce la naissance de Jésus : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu. »36

Le souffle ou l’Esprit de Dieu, c’est Dieu, un Dieu qui se donne, qui se consacre entièrement aux humains avant qu’ils n’existent, afin que leur vie soit plénitude.

Si Dieu était présent par son Esprit lorsque la terre était déserte et vide, à combien plus forte raison est-il présent et proche de nous aujourd’hui puisque la terre est habitée par les humains.

La terre déserte et vide a été transformée en terre habitable et peuplée parce que Dieu a donné son Esprit. Si l’Esprit de Dieu se retirait, la terre retournerait à cet état chaotique. Qu’en est-il de notre vie personnelle par rapport à l’Esprit que Dieu nous a donné ?

35/ Deutéronome 32.11. – 36/ Luc 1.35.

LA PRÉPARATION D’UN DIALOGUE

DIEU PARLE

« Dieu dit : « Que la lumière soit ! » Et la lumière fut. »37

« Dieu dit », c’est par sa parole que notre monde est créé. En utilisant la parole comme moyen de création, Dieu souligne l’efficacité de celle-ci : « Dieu dit : Que la lumière soit ! » et la réponse ne se fait pas attendre : « Et la lumière fut. » La parole de Dieu n’est pas sans effet, elle n’est pas stérile, au contraire, elle trouve son plein accomplissement. Ainsi Dieu continue à se présenter à nous. Nous savons à présent qu’il parle.

La parole n’est pas seulement un moyen de création. L’auteur nous révèle que Dieu appartient au même univers que nous, lecteurs de ce texte. Dieu et nous utilisons le même langage. Déjà, les bases d’un dialogue sont instaurées. En créant le monde par la parole, Dieu indique que la parole sera le vecteur de communication qu’il privilégiera dans sa relation avec les humains. D’ailleurs, dès que l’homme et la femme ont été créés, Dieu s’adresse à eux : « Dieu leur dit : Soyez… »38 Cela laisse supposer qu’un dialogue est possible entre Dieu et les humains.

37/ Genèse 1.3. – 38/ Genèse 1.28.

DIX PAROLES POUR CRÉER LE MONDE

Dieu parle et le texte le souligne particulièrement puisque dix fois l’expression « Dieu dit »39 est mentionnée dans le récit de la création. Quand on regarde de près ces dix paroles, on se rend compte que c’est délibérément que l’auteur de la Genèse a choisi d’écrire qu’à la base de la création du monde il y a dix paroles. Ce n’est pas la seule fois dans la Bible qu’un texte est décompté en dix paroles : « Et l’Éternel écrivit sur les tables les paroles de l’alliance, les dix paroles. »40 Lorsque Dieu fit alliance avec le peuple d’Israël pour qu’il soit le peuple qui le représente sur la terre, ces dix paroles de l’alliance furent déclamées par Dieu dans une mise en scène exceptionnelle41 sur le mont Sinaï.

Le rapprochement de ces deux textes des dix paroles de Dieu est significatif. Nous sommes ici en présence de deux événements capitaux pour les humains : La création du monde et l’alliance que Dieu fit avec un peuple dont la vocation est de le faire connaître aux autres nations42 afin qu’il les bénisse.43 Dans ces deux circonstances, Dieu se révéla uniquement par sa parole. Dans les deux cas, il s’agit d’un texte fondateur. Dieu fonde l’alliance sur la base de dix paroles au Sinaï, il fonde notre monde avec les dix paroles rapportées dans le premier récit de la création. Dans les deux cas, ces dix paroles sont suffisantes pour que le projet de Dieu se réalise.

En prononçant ces dix paroles, Dieu crée les conditions nécessaires et suffisantes pour rencontrer les humains et dialoguer avec eux.

La parole de Dieu est aussi la manifestation de sa puissance, le souffle qui planait sur les eaux dont nous avons parlé plus haut. La référence à dix paroles pour créer notre monde indique que la parole de Dieu, vecteur de sa puissance, est parfaitement maitrisée. Jamais elle n’est destructrice, le créateur ne recourt en aucun cas à la violence pour créer notre monde. Ce comportement divin illustre la relation paisible que Dieu souhaite entretenir avec l’humanité.

39/ Genèse 1 versets 3, 6, 9, 11, 14, 20, 24, 26, 28, 29. – 40/ Exode 34.28 – La Bible Segond 21. – 41/ Exode 19 : préparation du peuple à la rencontre avec Dieu. Exode 20.2-17 : les dix paroles de l’alliance. Exode 20.18-21 : présence de Dieu. – 42/ Exode 19.6 – Une des fonctions des prêtres est de révéler Dieu aux hommes. – 43/ Genèse 22.18.

LE SEPTIÈME JOUR

DIEU PARLE TOUT SEUL

En lisant le récit des dix paroles de la création, nous nous rendons compte que Dieu est le seul à parler. Nous ignorons les réactions des êtres humains lorsqu’ils viennent à l’existence. Aucune de leur parole ne nous est rapportée lorsque Dieu s’adressa à eux. Ces observations nous permettent de prendre conscience que ce récit de la création a été rédigé uniquement pour décrire l’œuvre de Dieu. À la fin du sixième jour, la création est achevée : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : sixième jour. Le ciel, la terre et tous leurs éléments furent achevés. »44 Et pourtant, l’œuvre de Dieu n’est pas encore terminée. Car voici ce qu’il est dit ensuite : « Dieu acheva au septième jour l’œuvre qu’il avait faite, il arrêta au septième jour toute l’œuvre qu’il faisait. Dieu bénit le septième jour et le consacra car il avait alors arrêté toute l’œuvre que lui-même avait créée par son action. »45

44/ Genèse 1.31 et 2.1. – 45/ Genèse 2.2, 3.

UN JOUR DIFFÉRENT

Dans le texte qui décrit ce que Dieu fit le septième jour, il est dit qu’il acheva son œuvre en s’arrêtant de créer. Nous constatons que finalement Dieu ne crée rien d’autre que le jour lui-même. Ce jour est différent des six autres. Ce jour est à part car il est béni et consacré. Pourquoi le septième jour bénéficie-t-il de ce régime de faveur ? Certes, il est la dernière création de Dieu. Mais est-il pour autant le couronnement de la création ?

Jésus a dit à propos de la création du septième jour appelé sabbat46 : « Le sabbat a été fait pour l’homme. »47 Le couronnement de la création n’est donc pas le septième jour en lui-même mais plutôt ce pour quoi ce temps béni et consacré sera employé. La Bible en français courant propose cette traduction pour Genèse 1.3 : « Il fit de ce septième jour un jour béni, un jour qui lui est réservé. » Cette traduction n’est pas littérale mais elle est fidèle au sens que la Bible donne à ce jour. Le septième jour est à la fois le temps de Dieu et celui de l’homme.

46/ Sabbat signifie arrêt, cessation, repos, en référence à ce que Dieu fit le septième jour de la création. – 47/ Marc 2.27.

UN JOUR DE FÊTE ET DE RENCONTRE

Dans le livre du Lévitique, le sabbat est la première des fêtes solennelles. Voici comment il fallait vivre ce jour de sabbat : « Parle aux fils d’Israël ; tu leur diras : Les fêtes solennelles du SEIGNEUR sont celles où vous devez convoquer des réunions sacrées. Voici quelles sont ces rencontres solennelles avec moi : Six jours on fera son travail, mais le septième jour est le Sabbat, un jour de repos, avec réunion sacrée, un jour où vous ne faites aucun travail : c’est le sabbat du SEIGNEUR, où que vous habitiez. »48

Le septième jour est un temps où Dieu a arrêté son activité créatrice pour être disponible. Le septième jour est un jour où Dieu demande aux humains de cesser leur travail pour rencontrer Dieu. Le septième jour est un jour pour se retrouver lors d’une réunion sacrée parce que Dieu et les humains se consacrent mutuellement du temps. Ce jour est béni et consacré parce que le septième jour est le partage d’une relation entre Dieu et les humains.

48/ Lévitique 23. 2, 3.

UN JOUR SANS COMMENCEMENT NI FIN

Cela ne signifie pas que cette relation doit exister et être entretenue exclusivement le septième jour. Le texte rapportant la création du septième jour laisse entendre que cette relation doit être permanente.

Pour conclure chacun des six jours, il est écrit : « Il y eut un soir, il y eut un matin »49 puis suit l’expression « premier jour », « deuxième jour » etc. jusqu’au « sixième jour ». Pour le septième jour, cette petite phrase n’est pas mentionnée.

Textuellement, le septième jour n’a ni commencement ni fin. Nous nous approchons ici du véritable couronnement de la création au moment où les relations entre les humains et Dieu deviennent effectives. Pour parvenir à saisir complétement ce couronnement de la création, nous devons examiner encore quelques aspects du texte de la création.

49/ Genèse 1.5, 8, 13, 19, 23, 31.

DIEU PRÉPARE LA RENCONTRE AVEC LES HUMAINS

Nous n’aborderons pas tous les aspects de la création qui sont décrits dans le texte. Nous retiendrons seulement ceux qui sont en rapport avec le couronnement final de la création, c’est-à-dire le thème des relations entre Dieu et les humains.

LE CHOIX DE DIEU

Avant la création de notre monde, Dieu avait fait un choix. L’apôtre Paul le révèle en ces termes : « Il nous a choisis avant la fondation du monde. »50 D’après les déclarations contenues dans le livre du Deutéronome,51 le choix de Dieu est une manifestation de son amour envers ceux qu’il choisit. Le choix de Dieu précède l’acte créateur et produit un effet : ceux qui ont été choisis sont rendus capables à leur tour de faire preuve d’amour. C’est la raison pour laquelle Paul a pu écrire aux habitants de Colosses : « Ainsi donc, vous qui êtes choisis par Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous d’une tendresse magnanime, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience. »52 Autrement dit, Paul invitait les Colossiens à faire preuve d’amour.

Le premier récit de la Bible décrit la création de notre monde en sept jours. Cette manière de présenter la création est surprenante. La plupart des éléments créés sont amenés à l’existence par la seule parole de Dieu.  La création du premier jour a manqué bien des esprits et reste célèbre : « Que la lumière soit ! Et la lumière fut. »53 Aussitôt dit aussitôt fait. À ce rythme-là, Dieu n’avait pas besoin d’une semaine pour tout créer. Le livre des Psaumes laisse entendre que la création aurait pu prendre moins de temps qu’une semaine avec cette affirmation : « Il [Dieu] parle, et la chose arrive, il ordonne, et elle existe. »54

La question que nous devons nous poser face à cette description est la suivante : Pourquoi la Bible nous dit-elle que Dieu a créé notre monde et ce qu’il contient en sept jours ?

Nous avons déjà souligné que la création était une expression de l’amour de Dieu. Par sa nature, Dieu ne connait pas la contrainte du temps, il est éternel.  En créant en sept jours, il s’oblige à rentrer dans un temps défini, limité. Il amène à l’existence la création de notre monde à notre rythme, dans un temps à notre mesure, dans le temps qui s’est imposé à l’humanité entière.  Il s’est contraint à cette cadence pour dire sa capacité à s’adapter à notre rythme afin de nous rencontrer. Dieu s’approche des humains par l’intermédiaire du temps, mais pas seulement, il a la même démarche dans l’espace. Au chapitre 3.8 du livre de la Genèse, l’auteur nous présente Dieu parcourant le jardin qu’il a donné à l’homme et à la femme comme lieu de résidence. Par ces deux exemples, l’auteur fait comprendre que Dieu est proche, il est accessible. Un des descendants d’Adam a vécu cette expérience de la proximité avec Dieu plus qu’aucun autre ; il est dit de lui qu’il « marchait avec Dieu. »55

50/ Éphésiens 1.4 – Nouvelle Bible Segond. – 51/ Deutéronome 7.6-8 ; 10.15. – 52/ Colossiens 3.12 – Nouvelle Bible Segond. – 53/ Genèse 1.3. – 54/ Psaumes 33.9 – La Bible Segond 21. – 55/ Genèse 5.22 – Nouvelle Bible Segond.

CRÉÉS À L’IMAGE DE DIEU

La création qui occupe le plus de place dans le texte est celle des humains. Dans un premier temps, l’auteur présente le projet : « Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il soumette les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toute la terre et toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre ! »56 Le projet de Dieu était de créer des êtres qui lui ressemblent dans un but bien précis afin qu’ils soumettent toutes les créatures de la terre. Le dernier détail « et toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre » est pittoresque. Il souligne que dans la pensée de Dieu rien ne doit échapper à la domination des humains. Ils doivent être les maîtres sur toutes les créatures vivant sur la terre.

Dans un deuxième temps, l’auteur rend compte de la réalisation du projet de Dieu : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. Dieu les bénit et Dieu leur dit : Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre ! »57

Une nouvelle fois, il est spécifié avec insistance que Dieu a créé les humains à son image. Une certaine proximité existe entre Dieu et sa créature. Le psalmiste s’en émerveillait : « Quand je regarde tes cieux, ouvrage de tes mains, la lune et les étoiles que tu as établies : Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui ? Et le fils de l’homme, pour que tu prennes garde à lui ? Tu l’as fait de peu inférieur à Dieu, et tu l’as couronné de gloire et de splendeur. Tu lui as donné la domination sur les œuvres de tes mains, tu as tout mis sous ses pieds, les brebis comme les bœufs tous ensemble, et même les bêtes des champs, les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, tout ce qui parcourt les courants marins. »58

C’est avec insistance que Dieu ordonne aux humains de « dominer » et de « soumettre » tous les animaux de la mer, du ciel et de la terre. Pour y parvenir l’homme devra faire preuve de puissance. Les verbes hébreux utilisés ici expriment une puissance dominatrice forte. Ces verbes sont utilisés plus généralement dans un contexte de guerre et d’esclavage et pourraient être traduits par « fouler aux pieds ». Par cet ordre, Dieu donne aux êtres humains d’exercer une puissance forte sur la terre. Une question demeure : Comment l’humanité va-t-elle mettre en œuvre cette puissance ?

Là encore le texte ne donne pas d’indication précise. Il se contente de donner deux pistes de réflexion qui préservent la liberté des humains. La première : Image de Dieu, les humains devraient exercer leur puissance comme Dieu a exercé la sienne pour créer notre monde, c’est-à-dire sans destruction et sans violence. La deuxième : La dixième parole de Dieu. Immédiatement après avoir donné l’ordre de « dominer » et « soumettre », Dieu prescrit le régime alimentaire de chacune de ses créatures : « Dieu dit : Je vous donne toute herbe porteuse de semence sur toute la terre, et tout arbre fruitier porteur de semence ; ce sera votre nourriture. À tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, à tout ce qui fourmille sur la terre et qui a souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture. Il en fut ainsi. »

Cette dernière parole de Dieu, dans ce récit, peut surprendre. Dieu donne des consignes alimentaires à l’ensemble de ses créatures en spécifiant que la nourriture des animaux, « toute l’herbe verte », est différente de celle destinée aux humains, « toute herbe porteuse de semence ». Cette distinction est bien fragile. Pourquoi en faire état ?

Les humains sont invités à dominer le règne animal. Ce menu végétarien est une invitation à exercer leur domination sans violence, à l’image de Dieu. Dieu a pourvu à la nourriture de chacun, elle ne sera donc pas l’enjeu d’un conflit entre l’homme et l’animal. Dieu n’a prévu en aucun cas la destruction de l’autre par la violence pour pouvoir se nourrir. Comme Dieu n’a pas eu besoin de recourir à la destruction ni à la violence pour créer le monde, les humains peuvent exercer leur domination en soumettant le règne animal sans avoir recours à la destruction ni à la violence. En agissant ainsi, ils deviendront « l’image de Dieu ».

56/ Genèse 1.26. – 57/ Genèse 1.27, 28. – 58/ Psaumes 8.4-8 – La Bible Segond révisée dite à La Colombe – 59/ Genèse 1.29, 30 – Nouvelle Bible Segond.

CRÉÉS POUR AIMER

Dire que l’être humain est créé à l’image de Dieu et selon sa ressemblance fait état de sa grandeur et de sa parenté avec Dieu. N’est-il pas appelé le Père60, cela signifie aussi que la nature et le caractère des humains ressemblent à ceux de Dieu. Or, nous avons constaté que Dieu est amour par nature61. L’amour domine en lui. Son caractère laisse transparaître son amour. Si les humains sont à son image, il doit en être de même chez eux. Les humains ont été créés pour aimer comme Dieu aime.

Dans le texte de la création apparaissent des commandements spécifiques qui ont été donnés aux premiers humains : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez … »62

C’est en tant qu’image de Dieu, donc en aimant, que les premiers humains devaient mettre en pratique ces directives divines. Si ce principe d’aimer n’est pas explicitement mis en évidence dans le texte de la création, ce principe est repris comme préalable dans de nombreux textes de la Bible et tout particulièrement dans le livre du Deutéronome dont l’auteur est le même que celui du texte de la Genèse.63

Dans un premier temps, soulignons que dans le livre du Deutéronome, Dieu déclare qu’il aime les pères du peuple d’Israël64, le peuple lui-même65, l’émigré66 et des peuples.67

Dieu aime certes mais l’amour est partage. Alors, Dieu a formulé « le commandement »68 par excellence car il précède tous les autres. Le voici : « Écoute, Israël ! Le SEIGNEUR notre Dieu est le SEIGNEUR un. Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force. »69

Puis, Dieu ajoute ceci : « Les paroles des commandements que je te donne aujourd’hui seront présentes à ton cœur ; tu les répéteras à tes fils ; tu les leur diras quand tu resteras chez toi et quand tu marcheras sur la route, quand tu seras couché et quand tu seras debout ; tu en feras un signe attaché à ta main, une marque placée entre tes yeux ; tu les inscriras sur les montants de porte de ta maison et à l’entrée de ta ville. »70

Ce commandement est tellement important que Dieu nous demande d’y penser dans toutes les occasions de notre vie pour que nous n’oubliions pas l’essentiel dans notre relation avec Dieu : c’est-à-dire l’aimer, sachant que lui nous aime. Pourquoi faut-il un commandement pour nous demander d’aimer ? L’amour est une faculté naturelle des humains qui sont capables d’aimer. Cependant l’amour dépend de la volonté et d’un choix. Aimer est donc l’expression de notre liberté.

Plusieurs autres textes du livre du Deutéronome reviennent sur ce commandement annonçant à chaque fois les heureuses conséquences pour celui qui aimera Dieu.

La bénédiction au chapitre 7 :

Dieu a choisi le peuple d’Israël parce qu’il l’aime71. Il réitère son engagement envers ceux qui l’aiment : « Tu reconnaîtras que c’est le SEIGNEUR ton Dieu qui est Dieu, le Dieu vrai ; il garde son alliance et sa fidélité durant mille générations à ceux qui l’aiment et gardent ses commandements. »72 Observer les commandements de Dieu est avant tout la manifestation de notre amour pour Dieu.73 Puis, Dieu invite son peuple à observer « le commandement. »74 Ensuite, Dieu énonce les bénédictions qui découleront de cette relation d’amour.75

Le bonheur aux chapitres 10 et 11 :

À nouveau, Dieu redit à son peuple qu’il doit l’aimer76 « pour ton bonheur »77 ajoute-t-il. Le texte se prolonge avec une nouvelle invitation : « Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu et tu garderas ses observances, ses lois, ses coutumes et ses commandements, tous les jours. »78 Tous les autres commandements de Dieu ne sont que des applications pratiques liées à ce premier principe d’amour.

Satisfaction des besoins au chapitre 11 :

Dieu propose à nouveau à son peuple d’être fidèle et de l’aimer. Lui, il agira pour satisfaire à ses besoins.79

Vivre au chapitre 30 :

Dans la conclusion du livre du Deutéronome, une fois de plus Dieu revient sur cette demande : « Ce que je t’ordonne aujourd’hui, c’est d’aimer le SEIGNEUR, ton Dieu. »80 Il ajoute : « Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta descendance, en aimant le SEIGNEUR, ton Dieu, en l’écoutant et en t’attachant à lui : c’est lui qui est ta vie. »81 Dieu essaie de faire comprendre que l’aimer c’est choisir la vie, parce que la vie dépend de lui, il est la vie.

60/ Voir Deutéronome 32.6. – 61/ 1 Jean 4.8,16. – 62/ Genèse 1.28. – 63/ Deutéronome 4.44,45 ; 31.9. 64/ Deutéronome 4.37. 65/ Deutéronome 7.8 ; 23.5. 66/ Deutéronome 10.18. 67/ Deutéronome 33.3. 68/ Deutéronome 6.1. 69/ Deutéronome 6.4,5. 70/ Deutéronome 6.6-9. – 71/ Deutéronome 7.8. – 72/ Deutéronome 7.9. – 73/ 1 Jean 5.3 « Car voici ce qu’est l’amour de Dieu : que nous gardions ses commandements. » – 74/ Deutéronome 7.11. – 75/ Deutéronome 7.13-15. – 76/ Deutéronome 10.12. – 77/ Deutéronome 10.13. – 78/ Deutéronome 11.1 voir aussi 11.22. – 79/ Deutéronome 11. 13-15. – 80/ Deutéronome 30.16 – Nouvelle Bible Segond. – 81/ Deutéronome 30. 19, 20 – Nouvelle Bible Segond.

LE PREMIER COMMANDEMENT

Un jour des spécialistes de la Bible ont posé une question à Jésus : « Maître, quel est le grand commandement dans la Loi ? »82 La réponse de Jésus n’est pas étonnante : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est là le grand, le premier commandement. Un second est aussi important : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes. »83

Pour répondre, Jésus cite « le commandement » maintes fois rappelé dans le livre du Deutéronome.84 Il reprend le qualificatif de « le grand » et y ajoute celui de « le premier ». Jésus complète sa réponse en disant qu’un second commandement est aussi important que le premier. Il concerne l’amour du prochain et l’amour de soi. Nous pouvons comprendre que pour Jésus, il existe un ordre dans l’expression de notre amour ; en premier l’amour pour Dieu, puis l’amour pour notre prochain et enfin l’amour pour nous-mêmes. En respectant ce principe, notre amour sera pleinement épanoui.

Lorsque Jean évoque le commencement dans sa première lettre, il est beaucoup question d’amour. Jean mentionne le principe fondamental sur lequel nous pouvons nous appuyer pour aimer : « Nous, nous aimons, parce que lui, le premier, nous a aimés. »85

Jésus a associé le commandement concernant l’amour du prochain à celui portant sur l’amour pour Dieu.86 Jean ajoute que le commandement sur l’amour pour le prochain existe dès le commencement : « Tel est le message que vous avez entendu dès le commencement : que nous nous aimions les uns les autres. »87

Si tous ces passages de la Bible soulignent avec tant de force que les premiers commandements concernent l’amour pour Dieu, pour son prochain et pour soi-même, nous pouvons être sûr que les humains, « image du Dieu d’amour », avaient été créés avec la capacité d’aimer. L’amour pour être authentique doit être une réponse libre sans contrainte de chaque individu. S’il y avait une quelconque obligation à aimer, ce que l’on éprouverait ne serait pas de l’amour.

82/ Matthieu 22.36. – 83/ Matthieu 22.36-40. – 84/ Deutéronome 6.1,4,5. – 85/ 1 Jean 4.19. – 86/ 1 Jean 4.20,21. – 87/ 1 Jean 3.11.

LA CONFIANCE

Il faut encore être attentif à un élément indispensable pour que les humains puissent vivre en harmonie avec leur créateur. C’est par l’exemple que ce point est mis en évidence dans le texte de la création. À peine l’homme et la femme ont-ils été amenés à l’existence que Dieu leur dit : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre ! »88 Dieu fait exactement ce qu’il avait prévu dans son projet.89 Il confie la gestion de la terre aux humains nouvellement créés. Il n’attend pas qu’ils aient acquis de l’expérience. Lorsque Dieu contemple son œuvre et qu’il fait ce constat « Voilà, c’était très bon. »90 toutes les conditions étaient réunies pour que les humains puissent assumer la responsabilité que Dieu leur avait confiée. Dieu leur a fait confiance. Si la confiance est un élément indispensable pour établir des relations entre deux personnes, elle ne peut pas être à sens unique. La réciprocité dans la confiance est primordiale pour que les deux parties s’entendent pour vivre des relations bienfaisantes.

88/ Genèse 1.28. – 89/ Genèse 1.26. – 90/ Genèse 1.31.

TOUT ÉTAIT TRÈS BON

Dieu a créé toutes les conditions pour que les humains puissent aimer. Tout ce que Dieu crée et qui touche l’environnement des humains est rythmé par cette petite phrase : « Dieu vit que cela était bon. »91 Dieu manifeste son amour en faisant des dons aux humains car tout ce que Dieu a créé, il l’a créé pour les humains. Dieu leur a demandé de prendre tous les êtres vivants du monde animal sous leur autorité, parce qu’il a fait tout cela pour eux, pour leur bonheur.

Après avoir créé les humains et leur avoir donné ses directives, le texte bibliques déclare : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon. »92 Dieu a créé par amour. Son amour est visible, perceptible parce que ce qu’il a créé est « tôv » en hébreu, c’est-à-dire bon ou bien93. Le mot hébreu « tôv » est employé sept fois94 dans le récit de la création. Dans la Bible, un ensemble de sept exprime une idée de totalité, de plénitude, de perfection. En écrivant sept fois le mot « tôv » dans le récit de la création, l’auteur indique que Dieu a fait tout ce qu’il fallait pour répondre aux besoins des humains afin qu’ils puissent vivre heureux sur la terre selon le plan initial de Dieu.

91/ Genèse 1.10,12,18,21,25. – 92/ Genèse 1.31. – 93/ Le mot hébreu « tôv » a le sens de bon et de bien. – 94/ Genèse 1.4,10,12,18, 21,25,31.

LE COURONNEMENT DE LA CRÉATION

Après ces observations sur le texte de la création, on s’aperçoit que Dieu avait un vrai projet pour les êtres humains. Tous les ingrédients étaient là pour qu’ils puissent s’épanouir et connaître le bonheur dans un monde fait à leur mesure. La terre a été créée spécialement pour les humains. Dieu s’est donné lui-même à la terre. Il a bâti notre monde en dix paroles pour souligner l’importance de sa parole dans les relations qu’il voulait établir avec les humains. Dieu avait fait le choix de vivre au rythme des humains en créant en une semaine. Il les a créés de peu inférieur à lui. Il leur a manifesté son amour en leur faisant des dons. Il les a aimés. Il leur a donné la capacité d’aimer. Il leur a accordé sa confiance pour qu’ils règnent sur la terre. Tout ce qu’il a créé était très bien, et parfaitement conforme à ce qu’il avait prévu. Enfin, Dieu a créé un temps pour célébrer cette relation avec les humains.

Dieu a tout créé pour que la rencontre soit possible entre Dieu et les humains. Cette rencontre et le développement de ces relations étaient le couronnement de la création prévue par Dieu.

UNE ÉNIGME

Le texte de la création explique avec précision tout ce que Dieu a fait pour les êtres humains. Étrangement, aucun indice n’apparait pour laisser entrevoir la réaction des humains par rapport à ce projet grandiose de Dieu. Pour avoir des éléments de réponse à cette énigme, il nous faudra explorer le second récit de la création.

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