Les deux récits de la création du début du livre de la Genèse affirmaient que tout ce que Dieu avait créé était bon et même très bon. Ces textes cherchaient à nous faire comprendre qu’il était vital que les humains entretiennent des relations d’amour et de confiance entre eux et avec Dieu. Dieu avait placé les humains dans un merveilleux jardin qu’ils devaient cultiver et garder. Ils pouvaient manger de tous les fruits du jardin excepté ceux de l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais. Tout semblait aller bien jusqu’au jour où un serpent apparut…

Ève mosaïque de l'église de la Dormition Mont Sion Jérusalem par Radbod Commandeur (1890-1955) photo par Deror avi. Source de l'image : File:Eve IMG 28091.JPG

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Résumé de la conférence

LE JOUR OÙ TOUT A BASCULÉ

UN MONDE HARMONIEUX

Avec beaucoup de détails, le second récit de la création1 nous a révélé les fondements qui rendaient ce monde bon et harmonieux. « L’adam2 » créé à partir de la poussière du sol était le seul parmi toutes les créatures à avoir reçu l’Esprit de Dieu ce qui impliquait qu’il avait la capacité d’être en relation, en communion3 avec Dieu.

Bien que Dieu ait créé la terre pour « l’adam », il planta un jardin en Éden et lui demanda de le cultiver et le garder en lui interdisant de manger de l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais afin qu’il ne meure pas. Immédiatement après cet avertissement qui plaçait « l’adam » devant un choix, Dieu dit : « il n’est pas bon que l’adam soit seul » ; et il projette de lui faire une compagne pour le secourir.

Dieu a fait défiler tous les animaux devant « l’adam » pour qu’il les nomme : ainsi, il pourrait les connaître et dominer sur eux. Ensuite, Dieu prit un des côtés de « l’adam » et le construisit en une femme qui devint pour lui un « secours comme un vis-à-vis ». Il devait s’attacher à elle pour qu’ils deviennent une seule chair, c’est dire combien les relations devaient être intenses et privilégiées entre eux. L’homme et la femme sont appelés respectivement « ish » et « ishash », deux mots qui dérivent d’un verbe qui signifie « être fragile ». Ce récit s’achève sur leur état de nudité qui ne leur posait aucun problème.

Tout ce que Dieu avait créé était très bon4 et témoignait de l’amour qu’il avait pour les humains et de la confiance qu’il leur accordait. À la fois libres et responsables, les humains avaient un rôle déterminant à jouer pour conserver l’harmonie dans ce monde. Les relations que l’homme et la femme entretiendraient entre eux et avec Dieu étaient essentielles pour y parvenir.

1/ Genèse 2.4-25 –  2/ « L’adam » est la transcription du mot utilisé en hébreu pour désigner l’humain qui a été créé à partir de la terre en hébreu « adamah » –  3/ « L’adam » était présenté comme un être fragile parce qu’il est fait de poussière et fort parce qu’il était animé par l’Esprit divin qui lui permettait de communier avec le Dieu tout puissant qui lui avait donné la vie – 4/ Conclusion du premier récit de la création dans Genèse 1.31.

GÉRER LA TENTATION

1 « Or le serpent était la plus astucieuse de toutes les bêtes des champs que le SEIGNEUR Dieu avait faites. Il dit à la femme : « Vraiment ! Dieu vous a dit : Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin… »

2 La femme répondit au serpent : « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin,

3 mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas et vous n’y toucherez pas afin de ne pas mourir. »

4 Le serpent dit à la femme : « Non, vous ne mourrez pas,

5 mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux possédant la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. »

6 La femme vit que l’arbre était bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance. Elle en prit un fruit dont elle mangea, elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il en mangea. »5

5/ Genèse 3.1-7

UNE APPARITION TROUBLANTE

« Or le serpent était la plus astucieuse de toutes les bêtes des champs que le SEIGNEUR Dieu avait faites. »6

Après avoir détaillé la création de l’homme et de la femme ainsi que celle des animaux7, l’auteur fait apparaître le serpent qu’il qualifie de bête « la plus astucieuse » en précisant qu’elle avait été faite par le SEIGNEUR Dieu, ce qui signifie que cet animal a été créé bon. Pourquoi l’auteur a-t-il introduit l’épithète « astucieux » ?  Manifestement, il veut prévenir le lecteur que ce serpent n’est pas ordinaire. Qu’a-t-il de particulier ?

Pour avoir une idée plus précise de l’intention de l’auteur il faut reprendre le contexte et le texte original.

Immédiatement après avoir dit que l’homme et la femme étaient nus8 « aroumim » en hébreu (singulier « aroum »), le récit nous présente le serpent comme étant le plus « arom » (au pluriel « aroumim ») de toutes les bêtes des champs. Ces deux adjectifs « aroum » et « arom » sont très proches phonétiquement au singulier et ils sont homonymes au pluriel. Ils donnent l’illusion que les humains et le serpent partagent la même nudité. « Le serpent était nu » comme l’a traduit André Chouraqui. Il est vrai que le serpent, n’ayant ni poils, ni plumes est de ce fait le plus nu des animaux.

Cette première impression n’est qu’illusion. Celle-ci se transforme en confusion lorsque l’on considère l’origine de l’adjectif « arom » qui est construit à partir de la racine « aram » qui évoque l’habilité, la finesse, la perspicacité, la sagesse. Il peut être compris positivement, le mot « arom » est alors traduit par « prudent »9 ; il peut aussi être compris négativement, il est alors traduit par « rusé »10. Cette diversité de sens explique les différentes nuances dans les traductions françaises allant d’une perception qui peut être comprise comme positive à une carrément négative : « Le serpent était le plus fin,11 le plus avisé,12 le plus astucieux,13 le plus rusé,14 le plus tortueux15 ».

Le serpent est présenté apportant l’illusion (« aroum/arom ») qu’il est nu comme l’homme et la femme c’est-à-dire qu’il est tel que Dieu l’a créé alors que c’est un être ambivalent : bon parce qu’il est créé par Dieu mais capable d’être mauvais parce que l’auteur le qualifie « arom ».

L’auteur n’en dit pas plus sur le serpent sinon qu’il est doué de parole, ce qui peut surprendre : « Il dit à la femme… »16 À partir de ces éléments, nous pouvons comprendre que ce serpent n’est pas un animal ordinaire, mais nous ne savons pas encore qui il est vraiment. La suite du récit nous apportera sans doute des précisions à son sujet.

6/ Genèse 3.1 – 7/ Genèse 2.4-25 – 8/ Genèse 2.25 – 9/ « L’homme prudent avance avec réflexion » Proverbes 14.15 – 10/ « Car, c’est ta faute qui dirige ta bouche, et tu choisis le langage des hommes rusés » Job 15.5 – La Bible Segond révisée – La Colombe – 11/ Bible Ostervald, la Bible Martin, La Bible annotée – 12/ La Nouvelle Bible Segond – 13/ Traduction œcuménique de la Bible – 14/ Bible en français courant, Bible Darby, Bible de Jérusalem, Bible Segond 1910, Bible Crampon – 15/ La Bible du Semeur – 16/ Genèse 3.1.

LES PAROLES DU SERPENT : UNE MANIPULATION

« Vraiment ! Dieu vous a dit : Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin… »17

Par les premiers mots, rendus ici par « vraiment », le serpent cherche à introduire le doute. Puis, il cite Dieu. Le fait-il correctement ? Reprenons le texte : « Le SEIGNEUR Dieu prescrivit à l’homme : Tu pourras manger de tout arbre du jardin, mais tu ne mangeras pas… »18

Dans le texte, et cela depuis le début du récit, Dieu est toujours appelé « Le SEIGNEUR (YHWH) Dieu (Élohim) ». C’est le tétragramme, le nom le plus sacré du créateur, associé au mot plus général de « dieu ». Le serpent se démarque du cadre dans lequel il se trouve en amputant le nom de YHWH-Élohim pour ne retenir que le nom qui peut être utilisé pour désigner n’importe quel dieu.

Ensuite, il remplace « Tu pourras manger » par « Vous ne mangerez pas » en conservant l’expression « de tout arbre du jardin ». En agissant ainsi, il utilise les mots de Dieu mais il dénature son commandement. Il occulte la générosité de Dieu qui donnait la possibilité de manger de tout arbre du jardin en affirmant que Dieu a interdit de manger « tout arbre du jardin » alors que le SEIGNEUR Dieu avait fait porter l’interdit sur un seul arbre.

Le serpent cite correctement les mots que le SEIGNEUR Dieu avait prononcés mais pas dans le bon ordre ce qui devient une vraie manipulation. Par ce subterfuge, il donne une image contraire de ce que Dieu est. Le Dieu généreux devient un dieu qui interdit aux humains de manger les fruits du jardin.

17/ Genèse 3.1 – 18/ Genèse 2.16, 17.

LE STRATAGÈME FONCTIONNE À MERVEILLE

Le serpent n’a même pas fini sa phrase19 que la femme réagit et imite le serpent dans sa manière de répondre : « La femme répondit au serpent : Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin, mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas et vous n’y toucherez pas afin de ne pas mourir. »20

Le serpent, par sa manière d’être et par ses paroles, a réussi à capter l’attention de la femme et il l’a amenée à réagir, établissant un dialogue avec elle. Il remporte ainsi une première victoire. Le lecteur a été prévenu de l’illusion donnée par le serpent et de son ambivalence, mais la femme est sans méfiance quand elle répond au serpent.

Dans sa réplique, la femme ne cherche pas vraiment à rétablir la vérité de l’ordre du SEIGNEUR Dieu qui a été dénaturée par le serpent. Elle n’oppose pas, au dire du serpent, l’ordre divin tel qu’il a été formulé mais elle fait plutôt part uniquement de son ressenti par rapport à cet ordre.

Le serpent avait dit : « Vraiment ! Dieu vous a dit : Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin… »19 La femme ne rétablit pas la vérité en disant : « Dieu a dit : Vous pourrez manger de tout arbre du jardin » 21, mais elle répond : « Nous pouvons manger des fruits des arbres du jardin » comme si cela allait de soi et elle ne rattache pas cette possibilité à l’ordre spécifique de Dieu qui avait dit littéralement : « De tout arbre du jardin manger, tu mangeras » montrant par-là qu’il avait donné la nourriture à profusion.22 Comme le serpent, dans sa réponse, la femme occulte complètement le don de Dieu.

Ensuite, la femme situe l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais au milieu du jardin20 ce qui n’est pas exact. D’après le texte biblique, l’arbre que Dieu a fait pousser au milieu du jardin, c’est l’arbre de vie.23 L’arbre de vie symbolise la relation avec Dieu qui donne la vie. Cet arbre était extrêmement important pour les humains car son fruit leur permettait de vivre éternellement.24 En plaçant l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais au milieu du jardin, la femme montre que ce qui est le plus important pour elle ce n’est pas sa relation avec Dieu mais l’intérêt qu’elle porte à l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais.

Puis, elle continue son objection : « Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas et vous n’y toucherez pas afin de ne pas mourir. »20

Tout comme le serpent, la femme ne parle pas de Dieu comme le « SEIGNEUR Dieu » mais simplement comme « Dieu ». Le mot « SEIGNEUR » en français remplace le tétragramme YHWH utilisé dans le texte original hébreu. « YHWH » est une forme conjuguée du verbe « être ». Ce nom donné à Dieu rappelle que Dieu, dans son essence même, est le Dieu de l’existence, de la vie, celui de qui dépend toute vie sur la terre.25 En ne désignant pas Dieu par ce nom, non seulement la femme imite le serpent mais en plus elle s’affirme comme pouvant être indépendante du Dieu de la vie.

Lorsque la femme cite Dieu, elle ne le fait pas littéralement. Dieu avait dit : « Mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais car, du jour où tu en mangeras, tu devras mourir. »26 La femme ajoute un ordre que Dieu n’a pas donné « Vous n’y toucherez pas » et elle amoindrit la conséquence de la transgression, en remplaçant « du jour où tu en mangeras, tu devras mourir » par « afin de ne pas mourir » ou « de peur de ne pas mourir » selon les traductions. La mort est perçue non comme la conséquence inéluctable de la transgression mais comme une menace sur les humains. On comprend alors que la femme tente de se protéger contre ce fruit dangereux en s’imposant de ne pas y toucher.

19/ « Vraiment ! Dieu vous a dit : Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin… » Genèse 3.1 – Traduction œcuménique de la Bible qui est assez fidèle au texte original. – 20/ Genèse 3.2, 3 – 21/ Genèse 2.16 – 22/Le redoublement du verbe manger est une forme d’insistance pour dire que la possibilité de manger est infinie. – 23/ Genèse 2.9 – 24/ Voir Genèse 3.22 – 25/ Voir dans l’étude « La vie : Mode d’emploi » la section : LE NOM DE DIEU : « le SEIGNEUR Dieu » – 26/ Genèse 2.17.

LE SERPENT QUI SAIT

« Le serpent dit à la femme : Non, vous ne mourrez pas, mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux possédant la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. »27

L’attitude de la femme permet au serpent d’aller plus loin pour l’inciter à remettre en question l’autorité de Dieu. Il prend le contre-pied de ce que Dieu a dit le faisant passer du même coup pour un menteur. Habile, il se justifie de son audacieuse réponse tout en expliquant à la femme les raisons pour lesquelles elle fait bien de se sentir menacée.

Sans complexe, le serpent prétend savoir ce que Dieu sait et qu’il cache aux humains. Dieu sait, dit-il, que le jour où ils mangeront de cet arbre, leurs yeux s’ouvriront et ils deviendront des dieux possédant la connaissance de ce qui est bon ou mauvais, mais ils ne mourront point.

Pour le serpent, Dieu est un dieu injuste, égoïste et jaloux qui veut empêcher les humains de devenir des dieux se réservant pour lui seul ce privilège, d’où cet interdit et cette menace de mort. Si le serpent sait ce qu’il sait sur Dieu c’est qu’il est lui-même un dieu. A-t-il touché et mangé de l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais ?

27/ Genèse 3.4, 5.

LE TEMPS DE LA RÉFLEXION ET DU PASSAGE À L’ACTE

Les arbres du jardin étaient remarquables par deux de leurs qualités : « Et l’Éternel Dieu fit croître du sol tout arbre agréable à voir et bon à manger. »28

Après avoir écouté le serpent, une véritable fascination prend place dans l’esprit de la femme au point de ne plus avoir comme autre repère que cet arbre qu’elle avait déjà mis au centre du jardin. Pour souligner cet intérêt de la femme pour cet arbre, l’auteur a mentionné trois fois l’arbre dans ce que la femme perçoit : « Et la femme vit que l’arbre était bon à manger, et qu’il était un plaisir pour les yeux, et que l’arbre était désirable pour rendre intelligent. »29

Notons que la femme inverse l’ordre des qualités qui avaient été données à tout arbre. Il était dit que les arbres étaient agréables à voir et bon à manger ce qui paraît logique ; on regarde d’abord le fruit, ce qui suscite le désir de le manger. Mais la femme réagit différemment, ce qui l’attire en premier c’est que l’arbre est bon à manger, puis seulement après intervient le plaisir (ou désir) des yeux, et enfin elle pense qu’il est « désirable pour rendre intelligent ».

La femme ne suit plus l’ordre naturel parce qu’elle suit une autre logique, celle du serpent qui propose de manger, pour voir et être intelligent : « mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux possédant la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. »30

Alors que le serpent est silencieux à présent, l’auteur nous fait comprendre que la femme dans son for intérieur transforme la tentation en convoitise. Si le désir est parfaitement légitime parce qu’il a été créé par Dieu, la convoitise est à bannir car c’est le désir immodéré de s’approprier quelque chose qui est prohibé et qui conduit à transgresser la loi.

Dans le texte original hébreu, le passage du désir tout à fait légitime et bon, à celui de la convoitise qui est à refouler car elle est mauvaise, se fait de manière subtile car les mêmes mots sont employés pour les décrire. Ainsi lorsqu’il est dit que « le SEIGNEUR Dieu fit germer du sol tout arbre d’aspect attrayant et bon à manger »30, « Aspect attrayant » est la traduction du mot hébreu « hamad » qui signifie désirable, agréable, précieux, attrayant. Ce mot est employé dans Genèse 3.6 dans la phrase « l’arbre était désirable pour rendre intelligent » ; il est traduit par « désirable ». Un autre mot très proche est employé dans « il était un plaisir pour les yeux » ; il s’agit du mot « ta avah » qui signifie : désir, plaisir.

Les verbes correspondant à ces deux termes ont été utilisés dans les Dix commandements pour définir le dixième : « Tu n’auras pas de visées (« hamad ») sur la femme de ton prochain. Tu ne convoiteras (« avah ») ni la maison de ton prochain, ni ses champs, son serviteur, sa servante, son bœuf ou son âne, ni rien qui appartienne à ton prochain. »31 Nous pouvons constater ici que le traducteur a utilisé le verbe « convoiter » ou l’expression verbale « avoir des visées » ce qui revient au même.

Ces termes hébreux peuvent exprimer un sentiment positif, le désir, ou un sentiment négatif, la convoitise. En employant ces deux synonymes l’un à la suite de l’autre, l’auteur suggère que la femme passe par les différentes étapes qui mènent du désir à la convoitise. On peut parler de convoitise ici car les humains ne devaient pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais, contrairement à tous les fruits des autres arbres du jardin donnés pour nourriture. Pourtant, la femme décide de manger de ce fruit interdit. Le passage à l’acte démontre que, dans sa réflexion intérieure, après avoir été tentée, la femme passe du désir à la convoitise.

Arrêtons-nous un instant sur cette tentation. La première sensation que le texte nous rapporte est : « La femme vit que l’arbre était bon à manger ». Lorsqu’elle voit, elle n’a pas encore mûri sa réflexion décrite à la suite, l’apparence extérieure du fruit (« il était un plaisir pour les yeux ») et ce qu’il pouvait lui apporter (« l’arbre était désirable pour rendre intelligent »). Si le verbe « voir » n’avait qu’un sens figuré, c’est-à-dire « comprendre », il aurait été plus logique qu’il soit placé après la description du plaisir des yeux et du pouvoir que le fruit avait de rendre intelligent. Dans ce cas, on aurait pu dire que le verbe « voir » avait un sens figuré et qu’il avait le sens de comprendre parce qu’il viendrait comme la conclusion de la réflexion de la femme.

Mais avant même toute réflexion, « la femme vit que l’arbre était bon à manger ».  Si « voir » signifiait uniquement qu’elle avait compris ce que le serpent avait dit à propos du pouvoir de l’arbre, pourquoi dit-elle ensuite qu’il est désirable pour rendre intelligent. Cette connaissance, elle la tient du serpent. La femme aurait compris une première fois ce que le serpent disait à propos du pouvoir de cet arbre, puis elle aurait compris la même chose une seconde fois après qu’elle s’aperçut que le fruit était un plaisir pour les yeux ; cela paraît étrange.

Le sens premier de « voir » est bien une perception physique par les yeux. Manifestement la femme redoutait même de toucher à cet arbre, sans doute par crainte de la mort, puisqu’elle a ajouté l’interdiction d’y toucher alors que Dieu n’avait rien dit à ce sujet. Le serpent aurait-il mangé du fruit devant la femme pour la persuader qu’il était inoffensif ? Cette hypothèse n’est pas à exclure car dans tous les temps et encore aujourd’hui, ce n’est que si quelqu’un goûte un fruit inconnu que l’on peut « voir » s’il est bon.

Dieu avait donné deux forces aux êtres humains pour palier à leur fragilité32 face à la vie : les relations avec Dieu et entre eux. La persuasion du serpent a été particulièrement efficace car la femme n’a pas utilisé ces deux forces. Les humains étaient des êtres relationnels qui devaient entretenir des relations avec Dieu et leur partenaire. Le narrateur avait eu soin de préciser, juste après la mention de l’arbre de connaissance du bon et mauvais, qu’il n’était pas bon que « l’adam » soit seul.

Le serpent avait décrit Dieu comme un être injuste, égoïste, jaloux de son privilège et menteur. Et pourtant, la femme ne pense même pas à s’adresser à lui pour savoir qui a raison entre lui et le serpent. Il faut donc que la force de persuasion du serpent ait été puissante pour que la femme transgresse l’ordre divin si rapidement, ne se référant ni à Dieu ni à son mari. C’est seulement si le serpent a mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais devant elle et qu’il n’est pas mort, que la femme a pu « voir » que le fruit était bon à manger. C’est bien en constatant que le fruit n’avait aucun effet néfaste sur le serpent qu’elle en a conclu qu’il avait raison et que Dieu n’avait pas dit la vérité. Ce n’est qu’ensuite qu’elle vit que le fruit était un plaisir pour les yeux et, s’appuyant sur les paroles du serpent, l’arbre est devenu un objet de convoitise pour elle, imaginant qu’elle deviendrait un dieu parmi les dieux connaissant ce qui est bon et ce qui est mauvais.

28/ Genèse 2.9 – La Bible Darby – 29/ Genèse 3.6 – La Bible Darby – 30/ Genèse 3.6 – Traduction œcuménique de la Bible – 31/ Deutéronome 5.21 – 32/ Pour la fragilité de l’être humain, voir Genèse 2.7, « l’adam » est être de « poussière » ; Genèse 2.18, « il n’est pas bon que l’adam soit seul ».

PASSIF ET MUET : « ET IL EN MANGEA. »

Le texte reste très sobre sur l’implication de l’homme dans cette histoire : « Elle en prit un fruit dont elle mangea, elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il en mangea. »33

Dans ce verset, nous n’avons que très peu de précisions sur le rôle qu’a pu jouer l’homme dans le processus de transgression de l’ordre que Dieu avait donné au sujet de l’arbre de la connaissance de ce qui est bon et mauvais. Un peu plus loin dans le récit, nous apprenons que la femme ne s’est pas contentée de lui donner le fruit pour qu’il le mange, elle lui a aussi parlé puisque, plus tard, Dieu dit à l’homme : « parce que tu as écouté la voix de ta femme »34. Mais nous ne savons rien de ce que la femme lui a dit et nous ne savons pas si l’homme a dit quelque chose. 35 Si l’on s’en tient à ce verset36, il est muet.

Nous savons seulement qu’il était auprès d’elle. Puisqu’il n’intervient pas, nous pouvons penser que son attitude a été essentiellement passive. Cependant, lorsqu’elle lui a donné le fruit, il en a mangé. Est-ce parce qu’il partageait pleinement la même conviction et la même convoitise que la femme ? Est-ce par solidarité ? À ce stade, nous ne pouvons rien dire à ce sujet. La suite du récit nous éclairera sans doute sur cette question.

La seule chose dont nous pouvons être certains, c’est que finalement, le « secours comme vis-à-vis »37 que Dieu avait donné à « l’adam » pour faire face au défi que constituait l’interdit portant sur l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais, n’a pas fonctionné comme Dieu l’avait espéré. L’homme et la femme étaient, d’après le texte, ensemble et ils n’ont pas réussi à résister à la tentation. L’homme n’a pas secouru la femme, au contraire il a mangé lui aussi de l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais. Le texte nous révèle simplement que la femme et l’homme ont transgressé l’interdit quasiment en même temps, la suite du récit le confirmera.

33/ Genèse 3.6 – 34/ Genèse 3.17 – 35/ Cette remarque nous apprend que le narrateur n’a pas tout dit et cela est certainement valable pour la tragique rencontre entre la femme et le serpent. Il n’est pas dit explicitement que la femme a vu le serpent manger du fruit, mais comme nous l’avons vu on peut le supposer. Le fait que manifestement le narrateur n’a pas tout dit nous autorise à faire cette supposition qui est compatible avec le sens du mot « voir » et avec le contexte – 36/ Genèse 3.6 – 37/ Voir l’étude « La vie : mode d’emploi ».

LE PÉCHÉ

La faute commise par l’homme et la femme porte un nom spécifique dans la Bible : le péché. Ce mot n’est pas encore employé dans notre texte mais sa définition est déjà présente. Le fait de manger le fruit d’un arbre n’est pas mauvais en soi. Mais une parole de Dieu était associée à l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais, elle interdisait d’en manger. Le péché a consisté à transgresser cet ordre de Dieu. Le péché est la désobéissance à la volonté de Dieu. Il peut être compris comme une forme de rébellion contre Dieu puisqu’il consiste s’opposer à sa volonté.

Cette définition ne prend en compte que l’aspect visible du péché. Le péché prend sa source dans la rupture avec Dieu. C’est au moment où les humains se séparent de Dieu qu’ils deviennent vulnérables. L’humain commence à se détacher de Dieu lorsque sa convoitise prend le dessus sur l’amour qu’il a pour Dieu38 et la confiance qu’il lui accorde.

Sous l’influence du serpent, la femme puis l’homme ont cru que le fruit de l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais avait un pouvoir : celui d’ouvrir leurs yeux, ce qui leur permettrait de connaître le bon et le mauvais, et de devenir des dieux, des êtres autonomes.

Fascinés par le prétendu pouvoir de ce fruit, ils n’ont regardé qu’à eux-mêmes oubliant les relations d’amour et de confiance qui les unissaient à Dieu. Ils ont cédé à l’égoïsme et à l’orgueil se croyant capables de décider par eux-mêmes ce qui était bon et mauvais. Leur convoitise a été plus forte que l’amour qu’ils avaient pour Dieu et plus déterminée que la confiance qu’ils avaient jusque-là placée en lui. En mangeant de ce fruit, ils ont affirmé leur volonté d’être indépendants de Dieu, ils l’ont rejeté, ils se sont séparés de lui.

Si le péché est bien un acte de désobéissance, il prend ses racines dans le refus d’aimer Dieu, de lui faire confiance ce qui conduit finalement à le rejeter, lui et ce qu’il a pu dire.

38/ Rappelons que le premier commandement est : « Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force. » (Deutéronome 6.5) Voir aussi « Le premier récit de la création » section « LE PREMIER COMMANDEMENT ».

LORSQUE LEURS YEUX S’OUVRIRENT

« Leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils surent qu’ils étaient nus. Ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des pagnes. »39

Comme le serpent l’avait dit, leurs yeux s’ouvrirent, non pour constater qu’ils étaient devenus des dieux parce qu’ils avaient acquis la maîtrise du bon et du mauvais mais pour découvrir qu’ils sont nus. La simultanéité de l’ouverture de leurs yeux et la découverte de leur nudité établit que la femme et l’homme ont transgressé l’interdit quasiment en même temps. La femme n’a pas mangé le fruit longtemps avant son mari.

La nudité qu’ils perçoivent est différente de celle mentionnée avant la rencontre avec le serpent.40 Pour indiquer au lecteur que leur nudité ne leur posait aucun problème, l’auteur avait spécifié : « Eux deux étaient nus, l’humain et sa femme, ils ne se faisaient pas honte ».41

La confection de pagnes ou de ceintures, selon les traductions, avec des feuilles de figuier, prouve que l’apparence de l’homme et la femme n’est plus la même après avoir mangé du fruit défendu. Ils agissent comme s’ils étaient conscients d’avoir perdu quelque chose qui était pour eux un vêtement qu’ils tentent de remplacer par des feuilles de figuier. Cette tentative de réparation atteste déjà qu’ils auraient aimé pouvoir revenir en arrière car ils ont probablement été envahis par un sentiment de honte d’avoir cédé à la tentation. Cette perception de honte est suggérée par le commentaire mentionné plus haut dans le récit : « Tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, ils ne se faisaient pas honte ».

Nous avions vu que dans la Bible l’état de communion intense avec Dieu se manifestait par un rayonnement de lumière sur Moïse et Jésus.40 D’après la tradition rabbinique, l’homme et la femme du jardin d’Eden étaient entourés d’un halo de lumière car ils reflétaient la gloire de Dieu.40

En mangeant du fruit interdit, ils ont quitté le monde de Dieu où tout était bon, pour pénétrer dans un monde où ils ont exclu Dieu et pour la première fois, ils ont introduit « le mauvais ».

Dieu avait créé les humains à son image mais lorsqu’ils se sont séparés de lui, ils ont cessé d’être à son image. Ils ont perdu la gloire de Dieu qui se reflétait sur leur corps. Il n’est pas étonnant que l’apôtre Paul parle du corps des humains comme d’un « corps humilié » tout en assurant que Jésus-Christ le transformera en un corps semblable à son corps de gloire.42

Il est bien possible que ce soit pour cette raison qu’ils se confectionnèrent des pagnes pour tenter de remédier au changement de leur apparence. La suite du récit montrera que ces pagnes ne leur furent d’aucune utilité.

39/ Genèse 3.7 – 40/ Voir la section « ILS NE SE FAISAIENT PAS HONTE » dans « La vie : Mode d’emploi » – 41/ Traduction littérale de Genèse 2.25 – André Wénin, D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain page 53 – 42/ Philippiens 3.21.

PARALYSÉ PAR LA PEUR

« Or ils entendirent la voix du SEIGNEUR Dieu qui se promenait dans le jardin au souffle du jour43. L’homme et la femme se cachèrent devant le SEIGNEUR Dieu au milieu des arbres du jardin. »44

Dieu n’a pas encore parlé, ce n’est donc pas la voix de Dieu qu’ils entendirent mais sans doute le bruit de sa marche dans le jardin comme le suggèrent plusieurs traductions.45 Dans deux autres épisodes bibliques qui relatent les expériences de David et du prophète Élie, le même mot hébreu « qôl » est employé pour évoquer le bruit dû au déplacement de Dieu.

Avec David : « Quand tu entendras un bruit (« qôl ») de pas dans les cimes des mûriers, alors dépêche-toi, car c’est le SEIGNEUR qui se met en campagne devant toi pour battre les troupes des Philistins. »46

Le prophète Élie s’était caché dans une caverne parce qu’il avait peur que les Israélites lui ôtent la vie. « Sors, lui dit le Seigneur ; tu te tiendras sur la montagne, devant moi ; je vais passer. Aussitôt un grand vent souffla, avec une violence telle qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers devant le Seigneur ; mais le Seigneur n’était pas présent dans ce vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre ; mais le Seigneur n’était pas présent dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre, il y eut un feu ; mais le Seigneur n’était pas présent dans le feu. Après le feu, il y eut le bruit (« qôl ») d’un léger souffle. Dès qu’Élie l’entendit, il se couvrit le visage avec son manteau, il sortit de la caverne et se tint devant l’entrée. Il entendit de nouveau une voix qui disait : Pourquoi es-tu ici, Élie ? »47

Lorsque Dieu vient dans la jardin, l’auteur ne décrit pas un Dieu fâché qui viendrait pour exercer un jugement parce que sa loi a été transgressée. Ce n’est pas un vent violent ou un tremblement de terre ou encore le feu, symboles du jugement divin48, qui parcourt le jardin mais un bruit qui signale la présence de Dieu qui vient tel un promeneur prêt à secourir ceux qui ont besoin de lui, comme ce sera le cas pour David ou pour le prophète Élie.

Pourtant, la seule approche de Dieu dans le jardin fait fuir l’homme et la femme. Ils se cachent, remplis d’effroi. Ils redoutent d’être vus par lui et de le rencontrer. Leur attitude révèle que leur relation avec Dieu est fortement perturbée. Les pagnes qu’ils se sont fabriqués ne leur sont d’aucun secours.

43/ Au souffle du jour, c’est-à-dire le soir lorsqu’il fait moins chaud en Orient – 44/ Genèse 3.8 – 45/ La Bible en français courant – La Bible annotée – La Bible de Jérusalem – La Nouvelle Bible Segond – La Bible Parole de Vie – La Bible du Semeur – 46/ 2 Samuel 5.24 – Les Philistins étaient les ennemis de David. Ils cherchèrent à le tuer quand il devint roi. – 47/ 1 Rois 19.11-13 – La Bible en français courant – 48/ Un vent violent, le tremblement de terre et le feu symbolisent le jugement divin : voir Ésaïe 29.6 et contexte.

OÙ ES-TU ?

« Le SEIGNEUR Dieu appela l’homme et lui dit :  Où es-tu ? »46

Puisque les humains ne vont pas spontanément à la rencontre de Dieu, c’est lui qui appelle l’homme avec cette question : « Où es-tu ? » Dieu pose cette question et prend l’initiative non parce qu’il ignore où sont l’homme et la femme, mais parce qu’il veut les aider à sortir de la situation dans laquelle ils se sont mis. Il vient en ami.

Nous pouvons noter que Dieu appelle l’homme en premier et uniquement lui et non la femme. Pourquoi ? Il est peut-être encore trop tôt pour répondre à cette question, nous y reviendrons plus tard.

Dieu n’a pas dit « Qu’as-tu fait ? », cette question aurait été d’emblée culpabilisante. La question « Où es-tu ? » est amicale, elle permettait à l’homme de rétablir sa relation avec Dieu, de dialoguer et de chercher secours auprès de lui en avouant sa faute. Mais l’homme ne saisit pas cette occasion, il ne répond pas à la question ; voici ce qu’il dit : « Je t’ai entendu dans le jardin. J’ai eu peur, car je suis nu, et je me suis caché. »47

La peur est la première conséquence de la transgression. Si l’homme a peur de Dieu et qu’il cherche à se cacher de lui, c’est qu’il est envahi par la culpabilité. Il explique cette peur parce qu’il est nu ; avec cette réponse il reconnaît implicitement que sa tentative de réparer sa faute est un échec mais sa réponse occulte la véritable raison qui est à l’origine de sa peur : la transgression. Paralysé par la peur, il n’ose pas avouer sa faute.

La Bible a affirmé à maintes reprises que Dieu est amour et qu’il a créé notre monde par amour.48 Si l’homme a désobéi à Dieu c’est qu’il n’a pas cru à son amour. Doutant de cet amour, il n’a pas perçu ce que Moïse a compris lorsque Dieu est passé tout près de lui : « Le SEIGNEUR descendit dans la nuée, se tint là avec lui, et Moïse proclama le nom de « SEIGNEUR ». Le SEIGNEUR passa devant lui et proclama : Le SEIGNEUR, le SEIGNEUR, Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté, qui reste fidèle à des milliers de générations, qui supporte la faute, la révolte et le péché. »49 Si l’homme avait pris conscience de la véritable nature de Dieu, il n’aurait pas hésité à reconnaître sa faute. Mais il semble que l’homme soit tellement paralysé par la peur qu’il ne connaît plus la puissance de l’amour. L’apôtre Jean a clairement expliqué la situation dans laquelle il se trouvait : « Quand on aime, on n’a pas peur. L’amour parfait chasse la peur. En fait, on a peur quand on attend une punition. Celui qui a peur n’aime donc pas de façon parfaite. »50

Une nouvelle fois Dieu tente de l’aider à admettre sa faute en lui posant deux questions : « Qui t’a révélé, dit-il, que tu étais nu ? Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais prescrit de ne pas manger ? »51 La question est directe et l’aveu était la réponse la plus simple, mais toujours paralysé par la peur, l’homme répond : « La femme que tu as mise auprès de moi, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. »52

On sent l’homme sur la défensive, il cherche à se protéger en accusant la femme et même Dieu. Oui, il en a mangé reconnaît-il finalement après avoir reporté, avec insistance,53 la responsabilité de son acte sur la femme qui lui a donné le fruit et sur Dieu qui lui a donné la femme.53 Pour se disculper, l’homme cherche à minimiser sa faute, il se prend pour une victime, pour lui les coupables sont la femme et Dieu.

46/ Genèse 3.9 – 47/ Genèse 3.10 – Nouvelle Bible Segond – 48/ Voir les sections « DIEU EST AMOUR » et « CRÉÉS POUR AIMER » de l’étude « Le premier récit de la création ». – 49/ Exode 34.5-7 – 50/ 1 Jean 4.18 – La Bible Parole de Vie – 51/ Genèse 3.11 – 52/ Genèse 3.12 – 53/ La traduction littérale de la réponse de l’homme est « La femme que tu as donnée avec moi, celle-là m’a donné de l’arbre et j’ai mangé. » Genèse 3.12 André Wénin, D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain, page 88.

LA CONVERSION DE LA FEMME

Puisque l’homme a accusé la femme, Dieu dit à celle-ci : « Qu’as-tu fait là ? La femme répondit : Le serpent m’a trompée et j’ai mangé. »54

À première lecture, dans sa réponse la femme cherche à fuir sa responsabilité puisqu’elle accuse le serpent de l’avoir trompée. Mais, en y regardant de plus près, au travers de cette accusation, elle exprime avec force que le serpent n’a pas dit la vérité et que c’est lui le menteur et non Dieu55, ainsi elle proclame implicitement que Dieu avait dit vrai. Par cette réponse, elle revient à Dieu en rejetant le parti du serpent. Elle se démarque aussi de l’attitude de son mari car dans sa défense, elle ne cherche pas à accuser Dieu d’avoir créé le serpent.56 Pour elle Dieu n’est pas en cause, son attitude la dispose à rétablir ses relations avec Dieu. La suite du récit montre que Dieu considéra cette réponse de la femme suffisante pour apporter la preuve de sa conversion. L’étude des versets 14 à 19 du chapitre 3 du livre de la Genèse montre d’une manière très explicite que Dieu fait une distinction entre l’attitude de la femme qui conduit à la victoire et à la vie et celles du serpent et de l’homme qui conduisent à la défaite et à la mort. Ce revirement de la femme permettra à Dieu de sauver l’humanité.

54/ Genèse 3.13 – 55/ Voir la section « LE SERPENT QUI SAIT » – 56/ Le narrateur avait rappelé que le serpent avait été créé par Dieu Genèse 3.1.

LES PROPHÉTIES OU LES PRÉDICTIONS DE DIEU

Puisque la femme met en cause le serpent, Dieu s’adresse à lui. L’auteur biblique choisit ce moment précis pour changer de style littéraire. Ce que Dieu dit successivement au serpent, à la femme et à l’homme est écrit dans un langage poétique et rythmé comme les oracles de Dieu rédigés par les prophètes. Ce changement de forme d’écriture a été introduit pour avertir le lecteur que la portée des paroles prononcées par Dieu n’a pas seulement une application immédiate mais qu’il s’agit de véritables prophéties ou prédictions dont l’accomplissement complet se situe dans l’avenir.

LA DÉCHÉANCE DU SERPENT

« Le SEIGNEUR Dieu dit au serpent :  Parce que tu as fait cela, tu seras maudit entre tous les bestiaux et toutes les bêtes des champs ; tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai l’hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Celle-ci te meurtrira à la tête et toi, tu la meurtriras au talon. »56

Le lecteur d’aujourd’hui sera sans doute étonné que Dieu parle au serpent qui somme toute n’est qu’un animal par définition irresponsable. Nous avions déjà constaté que le serpent n’était pas un animal ordinaire.57 Si Dieu s’adresse au serpent, c’est qu’il discerne en lui bien plus qu’un animal. Derrière le serpent s’est dissimulé un esprit en rébellion contre Dieu. Les prophètes bibliques Ésaïe58 et Ézéchiel59 dévoilent quelques-unes des raisons qui ont été à l’origine de la révolte de cet être de lumière.60 Ce n’est pas à l’animal-serpent que Dieu s’adresse mais bien à cet être révolté qui a trompé la femme pour tenter de la rallier à son camp. Cette interprétation va être confirmée par les paroles qui lui sont destinées. Dieu s’appuie sur les caractéristiques dominantes du serpent pour en faire les symboles de la déchéance de l’esprit du mal qui a utilisé le serpent comme intermédiaire entre lui et la femme.

Lorsque Dieu s’adresse au serpent, il ne lui demande pas pourquoi il a trompé la femme mais il lui fait part des conséquences de ses actes : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit entre tous les bestiaux et toutes les bêtes des champs ».61

Dieu ne maudit pas le serpent. Maudire en français signifie étymologiquement « dire du mal » dans le sens de souhaiter du mal, maudire c’est prononcer une imprécation pour faire venir le malheur sur quelqu’un, ce n’est pas le sens du mot maudire en hébreu qui est plutôt le constat que le malheur vient s’appesantir sur quelqu’un.

Comme nous l’avons vu « le serpent était le plus arom de toutes les bêtes des champs ».62 Le narrateur, en utilisant le mot arom pour qualifier le serpent, voulait l’identifier comme un être apportant la confusion, l’illusion et l’ambivalence. Maintenant Dieu dit de lui qu’il est aror63 « entre tous les bestiaux et toutes les bêtes des champs ».

Parmi plusieurs verbes exprimant la malédiction, le choix de aror renvoie à arom qui qualifiait le serpent lors de son apparition, il devient le plus malheureux, le plus méprisé, le plus détesté de tous les animaux de la terre. En effet, personne n’aime s’approcher de celui qui incarne le malheur. En hébreu, la malédiction est l’opposé de la bénédiction. La bénédiction est synonyme de fécondité et de vie abondante : « Soyez féconds, multipliez-vous et remplissez la terre »64 telles étaient les paroles de bénédiction que Dieu prononça pour bénir l’homme et la femme au jour de leur création, la même bénédiction avait été formulée à l’attention des animaux.65

Le serpent, donc l’esprit du mal qu’il représente, sera privé de bénédiction donc de vie, ce qui est confirmé dans la suite de la prédiction : « Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. »66 Ces deux images symbolisent l’humiliation, la défaite et la mort.

L’auteur souligne la différence entre le serpent et les autres animaux. Le serpent se déplace sur son ventre en rampant sur la terre, c’est la raison pour laquelle il est écrit « tu mangeras de la poussière ». L’image est celle de l’abaissement jusqu’à la terre donc de l’humiliation dans son sens le plus littéral « être rivé à la terre ». Cette humiliation dans la poussière est synonyme de la défaite. Le prophète Michée utilise la même image pour décrire l’humiliation et la défaite des nations rebelles à Dieu : « Les nations regarderont, elles seront couvertes de honte, en dépit de toute leur puissance ; elles mettront la main sur la bouche ; leurs oreilles seront assourdies ; elles lécheront la poussière comme le serpent, comme les bêtes qui rampent sur la terre. »67

Si le serpent tire sa nourriture de la poussière, cela signifie qu’il n’y a plus d’espoir pour lui et que la mort est sa seule perspective. Job a utilisé l’image de la poussière pour évoquer la disparition de l’espoir et la mort : « Mon espoir, où donc est-il ? Mon espoir, qui peut l’apercevoir ? Il descendra vers les barreaux du séjour des morts, quand nous irons ensemble reposer dans la poussière. »68

Au travers de ces images symboliques contenues dans les paroles adressées au serpent, nous pouvons déjà comprendre que les humains n’ont rien à gagner à se rallier à la rébellion de l’esprit du mal qui a utilisé le serpent pour tenter de les séduire avec ses mensonges. Jésus lui-même a dévoilé l’identité et les intentions de cet esprit du mal en déclarant : « Votre père, c’est le diable, et vous avez la volonté de réaliser les désirs de votre père. Dès le commencement il s’est attaché à faire mourir l’homme ; il ne s’est pas tenu dans la vérité parce qu’il n’y a pas en lui de vérité. Lorsqu’il profère le mensonge, il puise dans son propre bien parce qu’il est menteur et père du mensonge. »69

Bien qu’annoncée, la mort de cet esprit du mal n’est pas immédiate comme le suggèrent ces paroles : « Tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. » Il profitera de ce sursis pour tenter de séduire et d’égarer la terre entière comme le rappelle Jean dans le livre de l’Apocalypse en reprenant plusieurs des noms de cet ennemi des humains : « Il fut jeté à bas, le grand dragon, le serpent d’autrefois, celui qui est appelé le diable et le Satan, celui qui égare toute la terre habitée. »70

Dieu n’a pas fini avec lui. Dans une seconde prédiction, Dieu donne la raison pour laquelle cette prolongation de vie est permise.

56/ Genèse 3.14, 15 – 57/ Voir la section « UNE APPARITION TROUBLANTE » – 58/ Ésaïe 14.12-14 – 59/ Ézéchiel 28.12-15 – 60/ Le prophète Ésaïe l’appelle « Astre brillant, fils de l’aurore » Ésaïe 14.12. Jérôme a traduit « astre brillant » par « lucifer » – 61/ Genèse 9.25 – 62/ Genèse 3.1 Voir la section « UNE APPARITION TROUBLANTE » – 63/ « aror » mot hébreu signifiant maudit – 64/ Genèse 1.28 – 65/ Genèse 1.22 – 66/ Genèse 3.14 – 67/ Michée 7.16, 17 – 68/ Job 17.26 voir aussi Genèse 3.19 – 69/ Jean 8.44 – 70/ Apocalypse 12.9.

DIEU DEVIENT L’ADVERSAIRE DU SERPENT

« Je mettrai l’hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Celle-ci te meurtrira à la tête et toi, tu la meurtriras au talon. »71

Dans la première prédiction Dieu faisait un constat sur la déchéance du serpent. Dans la seconde, Dieu se positionne en adversaire du serpent (le Satan) « Je mettrai hostilité entre toi et la femme » dit-il. Dieu s’engage personnellement dans la lutte contre le serpent (le Satan). Dieu maintiendra cette hostilité entre la descendance du serpent (le Satan) et la descendance de la femme. Finalement, cette hostilité se transformera en un véritable combat meurtrier : « Celle-ci te meurtrira à la tête et toi, tu la meurtriras au talon. »

L’hostilité se prolonge entre la descendance du serpent (le Satan) et celle de la femme. C’est donc au travers des descendants du serpent (le Satan) et ceux de la femme que la lutte va se poursuivre. Il est aisé de comprendre que les descendants de la femme sont ses fils et ses filles, mais qui sont les descendants du serpent (le Satan) ?

Jésus ayant guéri un démoniaque aveugle et muet, les pharisiens le prirent à parti l’accusant de chasser les démons par le prince des démons.72 Jésus dans sa réponse leur dit : « Race de vipères, comment, étant méchants, pouvez-vous dire de bonnes choses ? Car de l’abondance du cœur la bouche parle. »73

Le mot grec traduit par « race » vient du verbe dont la traduction est « engendrer, naître ». Jésus, comme l’a déjà fait Jean-Baptiste en employant la même expression, assimile les pharisiens « méchants » à des descendants du serpent. Il fait la même chose dans une autre occasion où il dit carrément : « Votre père, c’est le diable, et vous avez la volonté de réaliser les désirs de votre père. » Pour Jésus, la descendance du serpent ce sont les humains qui font le mal et suivent la même voie que le serpent (le diable, le Satan).

Par opposition, la descendance de la femme est formée de ceux qui s’efforcent d’être fidèles à Dieu. Le livre de l’Apocalypse confirme cette interprétation : « Dans sa fureur contre la femme, le dragon porta le combat contre le reste de sa descendance, ceux qui observent les commandements de Dieu et gardent le témoignage de Jésus. »74

La dernière partie de la prédiction confirme qu’au-delà de l’animal-serpent dont le Satan s’est servi pour atteindre la femme, c’est bien lui, le Satan, qui est visé. Cette confirmation est particulièrement évidente dans le « toi » de « Celle-ci te meurtrira à la tête et toi, tu la meurtriras au talon. » Le combat final n’aura pas lieu contre la descendance du serpent mais bien contre le Satan qui sera toujours vivant à ce moment-là, ce qui n’est pas le cas de l’animal-serpent de l’Éden.

Dans le texte hébreu, ce « toi » désignant le serpent (le Satan) est opposé au « lui » représentant la descendance de la femme : « lui te meurtrira la tête et toi, tu lui meurtriras le talon »75 En hébreu, le mot « descendance » est un masculin d’où l’emploi de « lui » pour s’y référer. Puisque « toi » désigne une personne le Satan appelé aussi le diable, le « lui » qui est en face doit nécessairement être aussi une personne, c’est ce qu’ont compris les auteurs du Nouveau Testament. Voici ce que l’auteur de l’épître aux Hébreux a écrit : « Ainsi donc, puisque les enfants ont en commun le sang et la chair [expression désignant les humains], lui [Jésus] aussi, pareillement, partagea la même condition [d’humain, donc il fait partie de la descendance de la femme], afin de réduire à l’impuissance, par sa mort, celui qui détenait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable. »76

D’après cette déclaration, comme cela avait été prophétisé par les paroles que Dieu avait adressées au serpent, la victoire sur le serpent (le Satan) a bien été remportée par une personne, appartenant à la descendance de la femme. La meurtrissure au talon que lui infligea le serpent (le Satan) se révèle être, d’après cette déclaration, la mort de Jésus. On pourrait en conclure que le serpent (le Satan) qui détient le pouvoir de la mort a remporté une victoire puisque Jésus est mort. Il n’en est rien, le serpent (le Satan) a seulement révélé sa nature profonde : « Depuis le commencement, c’est un meurtrier ».77 Si la mort est la conséquence inéluctable du refus de vivre en harmonie avec Dieu et sa parole,78 dans le cas de Jésus, sa mort ne peut pas s’expliquer de cette manière car il vivait en parfaite harmonie avec Dieu sans jamais s’être écarté de sa parole, sans avoir jamais commis une seule faute.79 En faisant mourir Jésus, le serpent (le Satan) commettait une injustice qui ne demandait qu’à être réparée, c’est pourquoi « Dieu a brisé les liens de la mort : il l’a ressuscité, car il était impossible que la mort le retienne captif ».80

Non seulement, la résurrection de Jésus lui permettait de remporter la victoire sur le serpent (le Satan) mais en plus elle ouvrait un nouveau chemin de vie pour la descendance de la femme comme l’écrit l’apôtre Paul : « Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous. »81

Paul avait compris que la lutte mortelle entre le serpent (le Satan) et la descendance de la femme était le combat de Dieu contre le serpent (le Satan) puisqu’il écrit ces paroles d’espérance aux croyants de Rome : « Le Dieu de la paix écrasera bientôt Satan sous vos pieds. »82

71/ Genèse 3.15 – 72/ Matthieu 12.22, 24 – 73/ Matthieu 12.34 – 74/ Apocalypse 12.17 – Le dragon est un autre nom donné au Satan dans l’Apocalypse – 75/ Traduction littérale Genèse 3.15 – André Wénin D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain page 89 – 76/ Hébreux 2.14 Entre crochets [ ] commentaires explicatifs ajoutés au texte biblique – 77/ Jean 8.44 – Traduction la Bible du Semeur – 78/ Voir Genèse 2.17, 18 – 79/ Voir Jean 8.44, Hébreux 7.26, 1 Pierre 2.22 – 80/ Actes 2.24 – Traduction la Bible du Semeur – 81/ Romains 8.11 – 82/ Romains 16.20.

L’AVENIR DE LA FEMME

« Je mettrai l’hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Celle-ci te meurtrira à la tête et toi, tu la meurtriras au talon. Il dit à la femme : Je ferai qu’enceinte, tu sois dans de grandes souffrances ; c’est péniblement que tu enfanteras des fils. Ton désir te poussera vers ton homme et lui te dominera. »83

Avant de s’adresser directement à la femme, Dieu lui a parlé indirectement dans ce qu’il disait au serpent. Elle occupe une place fondamentale dans cette prophétie car Dieu a choisi de passer par la descendance de la femme pour anéantir le serpent (le Satan) et pour rendre possible la victoire de l’humanité sur les œuvres du serpent (le Satan).

Dans les prédictions faites par Dieu, celles qui concernent la femme occupent la position centrale. Or, dans la littérature hébraïque, la partie centrale est la partie la plus importante d’un texte.

On pourra objecter que Dieu révèle ses prédictions à ses interlocuteurs (le serpent, la femme, l’homme) dans l’ordre inverse à celui où ils sont apparus dans son enquête, ce qui est vrai. Mais dans sa démarche, Dieu avait interpellé l’homme en premier montrant par-là que l’homme était sa première préoccupation. Comme nous avons pu le constater dans la guerre que Dieu a déclarée au serpent (le Satan), la femme et sa descendance sont les intermédiaires par lesquels Dieu va détruire le serpent (le Satan) et tout le mal qu’il incarne. L’homme est totalement absent dans ce projet. Dieu choisit la femme comme partenaire pour annoncer sa victoire sur le mal sans se préoccuper de l’homme. Pourquoi ?

Au moment où Dieu prédit l’avenir, pour lui, au regard de la transgression, la différence d’attitude entre la femme et l’homme est indiscutable. La femme a laissé entendre que le serpent était un menteur et que Dieu avait dit la vérité84 alors que l’homme n’a fait aucun aveu de sa faute, il s’est seulement placé en victime et il a cherché à transférer la responsabilité de la transgression sur la femme et sur Dieu.85

Un autre indice dans le texte signale que Dieu fait une différence entre d’un côté le serpent et l’homme et de l’autre la femme. Pour s’adresser au serpent, Dieu lui dit : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit ».86 À l’homme voici ce qu’il dit : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais formellement prescrit de ne pas manger, le sol sera maudit à cause de toi. »87 Quand Dieu s’adresse à la femme, aucune justification de type « parce ce que tu as », aucun blâme, aucune parole annonçant une malédiction comme ce fût le cas pour le serpent et pour l’homme.

D’une manière générale, les paroles adressées par Dieu au serpent, à la femme et à l’homme ont été lues uniformément comme un jugement divin, comme une condamnation céleste, comme des punitions infligées aux coupables ce qui a donné les traductions que nous connaissons concernant les paroles destinées à la femme : « Je ferai qu’enceinte, tu sois dans de grandes souffrances ; c’est péniblement que tu enfanteras des fils »88 ; « J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur »89 ; « Je rendrai tes grossesses pénibles, et c’est dans la souffrance que tu mettras des enfants au monde. »90 ; « Je rendrai tes grossesses très pénibles, et tu mettras tes enfants au monde dans la souffrance. »91 « Je multiplierai tes souffrances, et spécialement celles de ta grossesse ; tu enfanteras des fils dans la douleur. »92 « Je rendrai tes grossesses pénibles, tu souffriras pour mettre au monde tes enfants. »93

Ces traductions donnent le sentiment que puisque la femme a péché, Dieu la punit en la faisant souffrir dans sa spécificité en tant que femme : la maternité. Cette interprétation du texte biblique n’est pas conforme au contexte dans lequel est insérée cette déclaration, malheureusement, elle est partagée par de très nombreuses traductions.

La traduction traditionnelle « j’augmenterai » la souffrance de tes grossesses introduit une idée qui n’est pas dans le texte car cela laisserait supposer que dans le monde bon créé par Dieu, la souffrance des grossesses existait déjà. Dieu ne ferait que les augmenter, cette conception est contraire à celle d’un Dieu d’amour qui cherche le bien de ses créatures.

Voici une traduction plus littérale : « Multiplier je multiplierai ta peine et ta grossesse, avec peine tu enfanteras des fils »94 qui nous servira de base pour une meilleure compréhension de ce texte.

Pour interpréter ce texte, il faut replacer les mots et les formules employés dans leur contexte immédiat et dans le contexte plus général de l’enseignement donné par la Bible.

Pour la seconde fois dans ses prédictions, Dieu s’investit pleinement dans ce qu’il prophétise en employant le pronom personnel « je » pour annoncer ce qu’il va faire : « Je multiplierai ». La première fois, c’était pour s’opposer au serpent et annoncer sa défaite.95 Dans toutes les autres prédictions faites annonçant les conséquences de la tromperie du serpent et la faute de l’homme, Dieu ne se présente pas comme l’auteur de ces conséquences, il se contente de les annoncer.96

La forme conjuguée utilisée dans le texte original « multiplier je multiplierai » est appelée « infinitif intensif ». Le verbe normalement conjugué est précédé du même verbe à l’infinitif. Trois fois, cette tournure est présente dans notre récit :

  • « De tous les arbres du jardin, manger tu mangeras. Mais de l’arbre du connaître bien et mal tu n’en mangeras pas car du jour où tu en mangeras, mourir tu mourras. »97
  • « Et le serpent dit à la femme : Mourir vous ne mourrez pas! »98

L’emploi de l’infinitif intensif dans « manger tu mangeras » est une forme d’insistance pour dire à l’homme qu’il peut manger copieusement de tous les arbres du jardin. La formule « mourir tu mourras » indique que d’une manière certaine, si l’homme transgresse l’interdit, il mourra. Avec « mourir vous ne mourrez pas », le serpent dit exactement le contraire de ce que Dieu a déclaré et prétend qu’il est certain qu’ils ne mourront pas. Dans ce récit, l’emploi de l’infinitif intensif exprime donc à la fois l’idée d’abondance et celle de certitude.

Reprenons les paroles que Dieu a adressées à la femme : « Multiplier je multiplierai ta peine et ta grossesse, avec peine tu enfanteras de fils. »94 Il est à noter que les deux mots peine utilisés dans cette traduction française correspondent à deux mots différents en hébreu. Le premier est le mot « iççâvôn » et le second est « èçèv ».

« Iççâvôn » est employé seulement deux autres fois dans toute la Bible, justement dans le livre de la Genèse :

  • « Eh bien, par ta faute, le sol est maintenant maudit. Tu auras beaucoup de peine à en tirer ta nourriture pendant toute ta vie. »99
  • « Il l’appela du nom de Noé en disant : Celui-ci nous réconfortera de nos labeurs et de la peine qu’impose à nos mains un sol maudit par le SEIGNEUR. »100

Ces deux textes montrent que le mot qui a été employé pour exprimer la difficulté de l’homme à travailler le sol maudit est le même que celui qui est employé pour parler de la peine de la femme qui elle aussi doit lutter non contre le sol maudit mais contre le serpent maudit, tâche combien plus redoutable. En mettant la femme en première ligne dans le combat contre le serpent, Dieu mettait inévitablement la femme et sa descendance devant de multiples difficultés. Cette lutte incessante entre la femme et le serpent a été décrite jusque dans le livre de l’Apocalypse : « Dans sa fureur contre la femme, le dragon porta le combat contre le reste de sa descendance, ceux qui observent les commandements de Dieu et gardent le témoignage de Jésus. »101 Dans le même chapitre de l’Apocalypse, le dragon est clairement identifié : « Il fut précipité, le grand dragon, l’antique serpent, celui qu’on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier, il fut précipité sur la terre et ses anges avec lui. »102

D’après ce texte, la femme symbolise l’humanité fidèle à Dieu qui doit faire face aux attaques incessantes du serpent sachant que la victoire est assurée car Dieu est à ses côtés. La formule multiplier je multiplierai ta peine s’applique particulièrement bien à cette situation de lutte qui paraît incessante du dragon contre une femme.

La traduction par le mot grossesse du terme utilisé dans ce texte hébreu n’est pas approprié. Il faut lui préférer le mot conception comme l’a traduit la version Kings James.103 Le mot hébreu est hérôn. Dans toute la Bible, il est employé une seule fois, dans ce texte. Un mot très proche hérâyôn ne peut être traduit que par conception à cause du contexte dans une déclaration du prophète Osée : « Éphraïm ? Sa gloire s’envolera : plus de naissance (yalad), plus de grossesse (bètèn), plus de conception (hérâyôn). »104

Le mot hérâyôn est employé une seconde fois dans la Bible : « Et Boaz prit Ruth, et elle fut sa femme ; et il vint () vers elle ; et l’Éternel lui donna de concevoir (hérâyôn), et elle enfanta (yâlad) un fils. »105 Ce verset est intéressant car il décrit tout le processus de procréation qui conduit à la naissance d’un enfant : L’homme va vers sa femme (Il est intéressant de noter que le verbe employé () utilisé ici pour parler de la pénétration de l’homme lors de la relation sexuelle est aussi utilisé, parmi bien d’autres traductions possibles106 , lorsque quelqu’un apporte une offrande à Dieu107) ; avec l’aide de Dieu, la femme conçoit (dans le cas de Ruth hérâyôn est employé mais dans la plupart des autres cas c’est le verbe hârâh, concevoir, qui est utilisé pour définir le rôle de la femme qui est à l’origine de la naissance d’un enfant) ; puis la femme  enfante.

Ce même processus est décrit dans le livre de la Genèse pour annoncer la naissance d’un enfant : « Et l’homme connut Ève sa femme ; et elle conçut (hârâh)108, et enfanta (yâlad) Caïn »109 Ici, le verbe connaître (yâda) est employé à la place du verbe (bô) habituellement utilisé pour désigner le rôle de l’homme dans la procréation d’un enfant, peut-être à cause de la proximité de l’emploi du verbe utilisé pour les offrandes de Caïn et d’Abel.107 Mais, régulièrement dans le livre de la Genèse et dans le reste de l’Ancien Testament, le processus de procréation est ainsi défini : « Et Juda y vit la fille d’un homme cananéen, et son nom était Shua ; et il la prit, et vint vers elle. Et elle conçut, et enfanta un fils, et on appela son nom Er. »110

Plusieurs fois, dans les cas où des femmes étaient stériles, Dieu est intervenu. Le rôle de l’homme dans le processus de procréation est alors souvent laissé sous silence et remplacé par celui de Dieu : « Et l’Éternel visita Sara comme il avait dit, et l’Éternel fit (‘‘âsâh) à Sara comme il en avait parlé. Et Sara conçut (hârâh), et enfanta (yâlad) à Abraham un fils dans sa vieillesse, au temps fixé dont Dieu lui avait parlé. »111 Notons que le verbe faire (‘‘âsâh) est celui qui est employé dans Genèse au chapitre premier pour décrire les différents actes créateurs de Dieu. Il s’agit d’une action puissante qui permet à Sara de concevoir alors qu’elle est âgée et qu’elle a été toujours stérile.

D’autres femmes ont conçu dans les mêmes conditions avant d’enfanter : Rebecca,112 Léa,113, Anne.114 Pour ces femmes, Dieu est intervenu personnellement dans le processus de procréation pour qu’elles puissent concevoir (hârâh) et enfanter (yâlad).

Reprenons le texte de Genèse 3.16 : « Multiplier je multiplierai ta peine et ta grossesse (hérôn), avec peine tu enfanteras (yâlad) des fils. »94 Comme nous venons de l’expliquer, dans la Bible la procréation d’un enfant se fait en trois étapes : l’apport de l’homme comme une offrande, ensuite la femme conçoit (hârâh), c’est alors qu’elle enfante (yâlad) jusqu’à la naissance de l’enfant. Lorsqu’il y a un problème de stérilité les écrivains bibliques ont rapporté que Dieu intervenait pour que ces femmes puissent concevoir.

Compte tenu :

  • de ce processus de procréation décrit dans la Bible,
  • de l’intervention de Dieu comme c’est le cas pour les femmes stériles,
  • de l’emploi du mot hérôn de la même famille que hérâyôn dont la traduction est conception,
  • du fait que les mots hérôn et hérâyôn dérivent de la racine hrh qui a donné le verbe hârâh, concevoir,
  • du fait que le troisième élément de la procréation, l’enfantement, qui commence après la conception et se poursuit jusqu’à la naissance de l’enfant,
  • du fait que l’enfantement est aussi mentionné dans ce texte comme dans tous les autres où ce processus est décrit,

il faut conclure que le mot hérôn ne peut pas être traduit par grossesse mais bien par conception. Il faut donc suivre la version King James et traduire littéralement ce texte ainsi : « Multiplier je multiplierai ta peine et ta conception (hérôn), avec peine tu enfanteras (yâlad) des fils » pour que ce texte s’harmonise avec tous les autres textes de la Bible qui sont parallèles à celui-ci et qui détaillent le processus de procréation d’un enfant.

Dieu a mis la femme et sa descendance en avant-garde dans la guerre contre le serpent (le Satan). Il est tout à fait responsable de sa part de donner à la femme les moyens de lutter contre le serpent (le Satan) et sa descendance.  Comme il s’est engagé dans la lutte contre le serpent (le Satan), Dieu s’engage auprès de la femme à rendre abondantes ses conceptions.

Le verbe « multiplier » (râvâh en hébreu) employé ici est utilisé dans la bénédiction reçue par la femme et son mari le premier jour de leur création : « Dieu les bénit ; Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez-vous. »103 Ce texte montre à lui seul que la maternité est la bénédiction par excellence. Dans le livre de la Genèse, lorsque Dieu s’engage à bénir Abraham, le même infinitif intensif est utilisé pour le verbe bénir et pour le verbe multiplier (râvâh) ce qui se traduit littéralement ainsi : « Bénir je te bénirai et multiplier je multiplierai ta descendance ».104 Cinq textes du Deutéronome rappellent qu’une des principales bénédictions pour le peuple hébreu était liée à la naissance des enfants.105

Cette bénédiction originelle prononcée pour engendrer l’humanité a été remise en cause par la transgression mais puisque la femme s’est tournée vers Dieu, celui-ci renouvelle la bénédiction qu’il a faite au premier jour de l’humanité. La femme sera féconde, elle transmettra la vie. La femme a bien compris ce que Dieu voulait lui dire car voici ce qu’elle déclara lors de la naissance de son premier enfant : « J’ai produit un homme avec le SEIGNEUR. »106 La formulation multiplier je multiplierai tes conceptions107s’applique particulièrement bien à la situation de la femme dont la descendance lointaine doit vaincre le serpent (le Satan) ; c’est une bénédiction pour elle de voir ses conceptions multipliées.

Dieu ajoute ensuite : « Avec peine tu enfanteras des fils. »94 Le mot hébreu traduit par peine est « èçèv », c’est un mot de la famille du verbe « âçav » dont la traduction est « affliger ». Il est utilisé trois autres fois dans le livre de la Genèse :

  • « Le SEIGNEUR regretta d’avoir fait les humains sur la terre, et son cœur fut affligé. »107
  • « Ces hommes furent affligés et fort irrités de l’infamie que Sichem avait commise en Israël, en couchant avec la fille de Jacob, ce qui ne devait point se faire. »108
  • « Mais ne vous affligez pas maintenant et ne soyez pas tourmentés de m’avoir vendu ici. »109

En plus de l’emploi du verbe affliger, ces trois textes ont en commun la raison de cette affliction : le péché. Dieu est affligé parce que les humains sont corrompus et violents ; les fils de Jacob sont affligés parce que Sichem a violé leur sœur ; Joseph demande à ses frères de ne pas être affligés alors qu’ils prennent conscience d’avoir commis un grave péché en l’ayant vendu comme esclave.

Lorsque le même mot est employé pour les fils que la femme aura enfantés, elle pourra être dans la peine, dans l’affliction et avoir une immense douleur quand elle verra mourir son fils cadet qui était fidèle à Dieu, tué par son frère.110 Malheureusement, plusieurs d’entre de ses fils s’attacheront au serpent (le Satan) et deviendront sa descendance. Elle en fera la cruelle expérience avec Caïn, son fils aîné, selon ce que rapporte l’apôtre Jean : « Aimons-nous les uns les autres ; ne faisons pas comme Caïn, qui était du Mauvais et qui tua son frère. »111

Dans les dernières paroles qu’il adresse à la femme, Dieu lui annonce que les effets dévastateurs du péché n’affecteront pas seulement ses enfants mais aussi son propre couple : « Ton désir te poussera vers ton homme et lui te dominera. »112 Le péché altère les relations entre l’homme et la femme, Dieu les avait créés égaux, partageant les mêmes bénédictions, les mêmes responsabilités,113 mais l’homme transformera ces relations en dominant la femme. Ce n’est pas une nouvelle loi que Dieu promulgue mais c’est la décevante réalité historique au cours de l’histoire humaine qui se vérifie encore aujourd’hui dans bien des sociétés et des familles. Lorsque l’homme domine la femme, il montre qu’il s’est séparé de Dieu.

La femme après avoir succombé à la tentation et transgressé la parole divine est réhabilitée par Dieu qui accepte sa conversion. Qu’en est-il de l’homme ?

83/ Genèse 3.15, 16 – 84/ Voir ci-dessus : LA CONVERSION DE LA FEMME – 85/ Voir ci-dessus : OÙ ES-TU ? – 86/ Genèse 3.14 – 87/ Genèse 3.17 – 88/ Genèse 3.16 -Traduction œcuménique de la Bible – 89/ Genèse 3.16 – La Bible Segond 1910 – 90/ Genèse 3.16 – La Bible Parole de Vie – 91/ Genèse 3.16 – La Bible du Semeur – 92/ Genèse 3.16 – La Bible Crampon – 93/ Genèse 3.16 La traduction de la Bible en français courant – 94/ Traduction littérale Genèse 3.16 – André Wénin D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain page 89 – 95/ Genèse 3.15 – 96/ Genèse 3.14 et 17-19 – 97/ Traduction littérale Genèse 2.16, 17 – André Wénin D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain page 52 – 98/ Traduction littérale Genèse 3.4 – André Wénin D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain page 89 – 99/ Genèse 3.17 – Traduction de la Bible en français courant – 100/ Genèse 5.29 – 101/ Apocalypse 12.17 – 102/ Apocalypse 12.9 – 103/ « I will greatly multiply thy sorrow and thy conception » Genèse 3.16 – King James – 104/ Osée 9.11 – Nouvelle Bible Segond  – 105/ Ruth 4.13 – Nouvelle Bible Segond – 106/ 96 traductions différentes sont proposées pour dans la concordance de la Bible TOB page 1044 – 107/ « Caïn apporta () au SEIGNEUR une offrande de fruits de la terre ; Abel apporta () lui aussi des prémices de ses bêtes et leur graisse. » Genèse 4.3 ; « Celui qui présente son sacrifice de paix au SEIGNEUR lui amène () la part qu’il doit lui offrir. » Lévitique 7.29 – 108/ Hârâh est souvent traduit aujourd’hui par être enceinte ce qui rend moins bien la pensée biblique montrant que dans la procréation, il y a la part de l’homme et la réponse de la femme hârâh, concevoir. Hârâh est aussi utilisé dans un sens figuré : « Il n’y a personne qui invoque la justice, et personne qui plaide en jugement avec intégrité ; on se confie dans le néant, et on parle avec fausseté ; on conçoit (hârâh) l’oppression, et on enfante (yâlad) l’iniquité. » Ésaïe 59.4 – Bible Darby. Le sens figuré confirme bien que hârâh et les mots issus de cette racine ne définissent que la conception et non le processus complet d’enfantement comme c’est le cas du mot grossesse – 109/ Genèse 4.1 – Bible Darby – 110/ Genèse 38.2, 3 – Bible Darby – 111/ Genèse 21.1, 2 – Bible Darby – 112/ Genèse 25.21 – 111/ Genèse 29.31, 32 – 113/ 1 Samuel 1.19, 20 et 2.21 – 114/ Genèse 1.28 – 115/ Genèse 22.17 – 116/ Deutéronome 7.13 ; 28.2-4 ; 28.11 ; 28.18 ; 30. 9 « Le SEIGNEUR, ton Dieu, te comblera de biens en faisant prospérer […] le fruit de ton ventre – Nouvelle Bible Segond – 117/ Genèse 4.1 – La Nouvelle Bible Segond – 118/ Dans le texte hébreu, il y a un singulier collectif qui peut et doit être traduit pas un pluriel en français – 119/ Genèse 6.6 – Nouvelle Bible Segond – 120/ Genèse 37. 4 – La Bible Ostervald – 121/ Genèse 45.5 – 122/ Genèse 4.8 – 123/ 1 Jean 3.11, 12 – Nouvelle Bible Segond – 124/ Genèse 3.16 – 125/ Genèse 1.26-28.

L’AVENIR DE L’HOMME

« Il dit à Adam : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais formellement prescrit de ne pas manger, le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie, il fera germer pour toi l’épine et le chardon et tu mangeras l’herbe des champs. À la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol car c’est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras. »126

Quel contraste entre les paroles d’espérance que Dieu a révélées à la femme et celles qu’il adresse à l’homme. Alors que Dieu n’a rien dit de la faute de la femme, il s’appesantit sur la transgression de l’homme : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais formellement prescrit de ne pas manger le sol sera maudit à cause de toi. »127

Dieu dénonce clairement la faute de l’homme : sa désobéissance à une loi que Dieu avait formellement prescrite afin de le protéger de la mort. Dieu lui reproche d’avoir fait le choix d’obéir à une autre voix, à une autre loi, que la sienne. Ce choix délibéré de l’homme aura pour conséquence son malheur : « Le sol sera maudit à cause de toi ».

Cette malédiction du sol parait à première vue disproportionnée par rapport à la faute de l’homme qui n’a consisté qu’à manger un fruit. On pourrait penser que finalement ce n’était pas si grave que cela. Une étude approfondie du récit permet de comprendre que « manger » est indispensable pour que l’homme puisse vivre, mais ce n’est pas tout car « manger » est en lien direct avec le style de vie que l’homme choisit de vivre.

Une fois de plus l’auteur a recours au comptage des mots pour mettre en évidence le péché de l’homme. Depuis le moment au Dieu a placé l’homme dans le jardin d’Éden jusqu’à celui où l’homme en a été chassé, le verbe manger est utilisé 23 fois dans le texte original. Ce nombre correspond à la somme des lettres de l’alphabet hébreu, soit 22, plus 1. Nous avons la confirmation que 23 n’a pas été choisi au hasard car le verbe manger est mentionné exactement 11 fois avant et 11 fois après que le texte indique que l’homme a mangé du fruit interdit128 : « Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il en mangea. »129

Nous avons souligné plus haut que les prophéties concernant la femme occupaient la place centrale dans les prédictions faites par Dieu parce qu’il révélait par elles la solution qu’il entendait apporter au péché en associant la femme à son projet. En plaçant la formule « et il en mangea » au centre du thème de la nourriture dans l’expérience humaine du jardin d’Éden, l’auteur de ce récit nous invite à réfléchir sur le péché de l’homme qui a consisté à manger.

La première initiative de Dieu après avoir créé le jardin d’Éden a été de faire « germer du sol tout arbre d’aspect attrayant et bon à manger, l’arbre de vie au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais ».130 Ensuite, il plaça l’homme dans ce jardin et lui donna cet ordre « de tout arbre du jardin manger tu mangeras. Et de l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais tu n’en mangeras pas. Car du jour où tu en mangeras mourir tu mourras. »131

Cet ordre exprime la double volonté de Dieu : la première, l’homme pourra vivre en mangeant de tous les arbres du jardin bons à manger, y compris l’arbre de vie, il peut en manger copieusement ; la seconde volonté de Dieu est que l’homme ne doit pas manger de l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais ; en manger l’exposerait à une mort certaine.

Dans le premier récit de la création, la bénédiction est source de vie pour les animaux marins et pour les oiseaux du ciel : « Dieu les bénit en disant : Soyez féconds et prolifiques, remplissez les eaux dans les mers, et que l’oiseau prolifère sur la terre ! »132 Le terre entière participe à cette bénédiction puisque Dieu dit : « Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce : bestiaux, petites bêtes, et bêtes sauvages selon leur espèce ! Il en fut ainsi. »133 Enfin le sol, les arbres, les fruits participent aussi à cette bénédiction puisque « Dieu fit germer du sol tout arbre d’aspect attrayant et bon à manger, l’arbre de vie au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. »134

Même l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais est une bénédiction puisqu’il est associé à une parole de Dieu qui protège l’homme de la mort.

Qu’advient-il après que l’homme eut mangé du fruit interdit ?  « Le sol sera maudit à cause de toi », le sol qui avait été associé à la bénédiction est maintenant maudit parce que l’homme a mangé le fruit interdit. Cette malédiction est détaillée dans ce que Dieu dit ensuite : « C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie, il fera germer pour toi l’épine et le chardon et tu mangeras l’herbe des champs. À la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol car c’est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras. »135

« C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie » : L’homme ne pourra plus manger aussi facilement que dans le jardin d’Éden, c’est avec peine, avec difficulté qu’il devra se nourrir toute sa vie.

« Il fera germer pour toi l’épine (hébreu qôç) et le chardon (hébreu daredar) et tu mangeras l’herbe des champs. » Le sol avait fait germer les arbres du jardin, maintenant c’est l’épine et le chardon qu’il produira. Le prophète Osée a utilisé exactement la même expression pour décrire les conséquences du péché d’Israël : « Les hauts lieux de Beth-Aven, où Israël a péché, seront détruits ; l’épine (hébreu qôç) et la ronce (hébreu daredar) croîtront sur leurs autels. »136 En utilisant exactement la même expression que dans le texte de la Genèse, le prophète Osée rapproche les deux situations, le péché de l’homme est le même que celui d’Israël, l’idolâtrie et donc le rejet de Dieu. Lorsque Dieu est rejeté par l’homme, la terre ne produit plus des arbres d’aspect attrayant et bons à manger mais l’épine et la ronce. La nourriture de l’homme se réduit à l’herbe des champs, les fruits des arbres ne sont plus mentionnés.137

« À la sueur de ton visage tu mangeras du pain. » Une seconde fois la difficulté pour se nourrir est évoquée. L’homme devra transpirer pour pouvoir manger. Le travail en lui-même n’est pas une malédiction, dans le jardin d’Éden, l’homme devait travailler, il avait la charge de cultiver et de garder le jardin.138 Le sol était fertile, le travail n’était pas facile et les récoltes abondantes. Suite au péché, le sol deviendra stérile, il faudra beaucoup travailler pour un maigre résultat.

« À la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol car c’est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras. » L’homme (en hébreu adam) a été pris du sol (en hébreu adamah). Il n’est pas dit que l’homme est maudit contrairement au serpent qui lui est maudit, pourtant leur péché est le même : Le rejet de Dieu avec la folle ambition de se substituer à lui. L’homme échappe à cette malédiction mais il en voit les effets. Il a rejeté Dieu, la bénédiction synonyme de vie, de fécondité s’éloigne de lui. La malédiction synonyme de malheur, de stérilité et de mort s’installe sur le sol de la terre. L’homme sans Dieu redeviendra poussière et sans vie,139 il retournera dans la poussière du sol. Un des meilleurs commentaires qui puisse être fait de se retour à la terre est celui de Frank Michaeli : « La mort n’est pas mentionnée explicitement : c’est un retour dans la terre d’où l’homme a été tiré. Adam retourne dans l’adama, comme avant l’acte créateur de Dieu (2.7). L’ultime conséquence du péché, c’est la mort de l’homme dans son être tout entier. Dans la Bible, la mort est toujours présentée dans sa réalité la plus matérielle et n’est pas auréolée d’une sorte d’idéal d’immortalité. Pour que l’homme, condamné à mourir, puisse revivre, il faudra un nouvel acte créateur de Dieu, un miracle de sa toute-puissance qui s’est manifesté au moment de la résurrection du Christ, gage de notre résurrection (1 Corinthiens 15.42-57). »140

L’homme qui n’a pas voulu reconnaître sa faute s’est retrouvé face à Dieu qui lui a rappelé avec précision son péché et lui a fait connaître toutes les conséquences de son rejet de Dieu. Cependant, Dieu ne l’a pas condamné, il a manifesté son amour envers lui en lui disant exactement quelles seront les conséquences de sa désobéissance. L’homme est à nouveau devant un choix, soit qu’il persiste dans son attitude, soit il imite sa femme qui a retrouvé le chemin de la bénédiction et qui a été associée à Dieu pour lutter contre le serpent (le Satan) jusqu’à l’anéantissement de celui qui a trompé la femme.

126/ Genèse 3.17-19 – 127/ Genèse 3.17 – 128/ Voir en annexe à la fin de l’étude les 23 mentions du verbe manger d’après le texte original – 129/ Genèse 3.6 – 130/ Genèse 2.8, 9 – 131/ Genèse 2.16, 17 – 132/ Genèse 1.22 – 133/ Genèse 1.24 – 134/ Genèse 2.9 – 135/ Genèse 3.17-19 – 136/ Osée 10.8 – La Bible Segond révisée La Colombe – 137/ « Dieu dit : « Voici, je vous donne toute herbe qui porte sa semence sur toute la surface de la terre et tout arbre dont le fruit porte sa semence ; ce sera votre nourriture. » Genèse 1.29 – 138/ Genèse 2.15 – 139/ Genèse 2.7 voir aussi L’HOMME FAIT DE POUSSIÈRE ET DE SOUFFLE dans LA VIE MODE D’EMPLOI – 140/ Franck Michaeli, Le livre de la Genèse – Chap. 1 à 11, Delachaux et Niestlé, 1957, page 58.

UN NOUVEAU DÉPART

LE CRI DE L’HOMME

« L’homme appela sa femme du nom d’Ève, c’est-à-dire la Vivante, car c’est elle qui a été la mère de tout vivant. »141

Le verbe hébreu qârâ’ signifie appeler mais aussi crier. Les traductions les plus littérales traduisent les premiers mots de ce verset ainsi : « L’homme cria le nom de sa femme Ève »142. Cette traduction rend mieux compte des sentiments de l’homme. Il vient d’entendre les prédictions de Dieu se rapportant au serpent, à sa femme et à lui-même. On peut imaginer que dès que Dieu avait achevé de parler, un cri a jailli de son cœur, Vivante, (Ève, Hava en hébreu), vivante dans le sens de qui est la vie. Ce cri est l’expression de la foi de l’homme qui enfin se tourne vers Dieu en croyant qu’il accomplira ses promesses de vie et de bénédiction faites à sa femme.

141/ Genèse 3.20 – 142/ Voir par exemple La Bible traduite par André Chouraqui.

DES HABITS DE FÊTE

« Le SEIGNEUR Dieu fit pour Adam et sa femme des tuniques de peau dont il les revêtit. »143

Au moment où enfin l’homme et la femme ont retrouvé leur espérance en Dieu, alors qu’ils ont compris que Dieu était prêt à leur permettre de vivre bien qu’ils aient transgressé son ordre, Dieu les met pour la première fois en face de la mort qu’ils ont introduite dans le monde par leur transgression.

Pour couvrir leur nudité, l’homme et sa femme avaient confectionné des ceintures avec des feuilles de figuier puisque le péché avait rendu nécessaire les vêtements. À la place des ceintures végétales, Dieu leur fait des vêtements de peau. Une fois de plus Dieu manifeste qu’il est bon ; il fait preuve de bienveillance en fabriquant des vêtements pour Adam et sa femme qui sont à nouveau tous les deux ensembles face à Dieu avec une même foi après ce moment de trouble et de divergence dans leur attitude suite à leur transgression.

Lorsque Dieu revêt Adam et Ève avec ces vêtements de peau non seulement il répond à leur foi ravivée mais il accomplit en même temps un geste symbolique dont le sens est révélé un peu plus loin dans le livre de la Genèse lorsqu’Abram confessa sa foi en Dieu : « Abram eut foi dans le SEIGNEUR, et pour cela le SEIGNEUR le considéra comme juste. »144 Parce qu’Abram a cru en Dieu, à sa promesse et à son amour, Dieu a regardé Abram à partir de ce moment-là comme s’il n’avait jamais commis de péché. Il en est de même pour toute personne qui se tourne vers Dieu par la foi. Il en a été de même pour Adam et Ève lorsqu’ils se sont tournés vers Dieu, il les a regardés comme des êtres justes, comme s’ils n’avaient jamais péché.

Les vêtements de peau représentent symboliquement et prophétiquement en quoi a consisté la meurtrissure subie par le descendant de la femme qui devait remporter la victoire sur le serpent (le Satan). Les peaux dont il est question sont des peaux d’animaux, il ne s’agit pas de poils ou de laine qui auraient été prélevés sur les animaux et qui auraient été tissés. Pour ôter les peaux aux animaux, il a fallu les tuer. Si la violence a déjà été annoncée avec la lutte meurtrière entre le serpent (le Satan) et le descendant de la femme, si elle est probable dans l’avenir parce que l’homme exercera une domination sur la femme, elle devient concrète avec la mort d’un être vivant pour fabriquer les vêtements à l’homme et à sa femme. L’homme et les animaux sont désignés avec la même expression être vivant145 dans le récit biblique.

La mort de cet être vivant innocent au bénéfice de l’homme est hautement symbolique. L’apôtre Pierre a discerné dans la mort de cet animal sacrifié, le grand sacrifice qui a été consenti pour que l’homme puisse continuer à vivre après avoir péché : « Vous savez, en effet, à quel prix vous avez été délivrés de la manière de vivre insensée que vos ancêtres vous avaient transmise. Ce ne fut pas au moyen de choses périssables, comme l’argent ou l’or ; non, vous avez été délivrés par le sang précieux du Christ, sacrifié comme un agneau sans défaut et sans tache. Dieu l’avait destiné à cela avant la création du monde, et il l’a manifesté pour votre bien dans ces temps qui sont les derniers. Par lui vous croyez en Dieu qui l’a ramené d’entre les morts et lui a donné la gloire ; ainsi vous placez votre foi et votre espérance en Dieu. »146

Pierre, dans cette déclaration, nous rappelle que Dieu avait un plan pour délivrer l’homme de son péché. Le Christ, dont nous avons déjà parlé, est celui qui devait meurtrir la tête du serpent. Nous apprenons qu’il s’était engagé avant la fondation du monde à venir en tant que descendant de la femme pour délivrer l’homme des conséquences de ses péchés.

Nous l’avons déjà constaté, le narrateur ne nous dit pas tout des paroles qui ont pu être échangées. Nous pouvons imaginer que Dieu ne s’est pas limité à faire des vêtements de peau, il a aussi expliqué le sens symbolique et prophétique de ce qu’il faisait comme, plus tard, il a expliqué à Moïse la nécessité de faire des sacrifices pour effacer les péchés pour que l’homme soit pardonné.147

Le texte du livre de la Genèse précise ensuite que Dieu revêtit l’homme et sa femme avec les vêtements qu’il avait confectionnés. Cette image a été reprise par les prophètes tout au long de l’histoire biblique parmi eux le prophète Ésaïe : « Je suis enthousiaste, oui, enthousiasmée, à cause du SEIGNEUR, mon âme exulte à cause de mon Dieu, car il m’a revêtue de l’habit du salut, il m’a drapée dans le manteau de la justice. »148

La plus belle image prophétique est certainement celle contenue dans le livre du prophète Zacharie : « Puis le SEIGNEUR me fit voir Josué, le grand prêtre, debout devant l’ange du SEIGNEUR : or le Satan se tenait à sa droite pour l’accuser. L’ange du SEIGNEUR dit au Satan : Que le SEIGNEUR te réduise au silence, Satan ; oui, que le SEIGNEUR te réduise au silence, lui qui a choisi Jérusalem. Quant à cet homme-là, n’est-il pas un tison arraché au feu ? Josué, debout devant l’ange, portait des habits sales. L’ange reprit et dit à ceux qui se tenaient devant lui : Enlevez-lui ses habits sales. Puis il dit à Josué : Vois, je t’ai débarrassé de ton péché et on te revêtira d’habits de fête. Et il reprit : Qu’on mette sur sa tête un turban propre. Ils lui posèrent sur la tête le turban propre et lui mirent les habits. Et l’ange du SEIGNEUR se tenait là. »149

Dans cette vision, le grand prête Josué a à sa droite Satan qui est prêt à l’accuser. Mais cette fois, ce n’est plus seulement un humain que Satan peut tromper qu’il a devant lui mais l’ange du Seigneur qui n’est autre que le Christ avant son incarnation150 et qui le réduit au silence. Les vêtements sales de Josué représentent son péché et celui du peuple dont il est le représentant en tant que grand prêtre. Les vêtements de fête sont les vêtements de salut et de justice dont a parlé le prophète Ésaïe et que le Christ a acquis par son sacrifice selon ce que Pierre a déclaré. Josué peut en être revêtu. Cette vision grandiose est un puissant encouragement pour ceux qui se confient dans le Christ qui leurs assure la victoire sur le péché et sur le Satan.

Adam et Ève ont été comme le fils prodigue de la parabole qui avait, en ne pensant qu’à lui et son intérêt, dilapidé la moitié de la fortune de son père et qui, ruiné, a repensé à l’amour de son père pour ceux de sa maison. Il a alors décidé de revenir vers son Père et lui a dit « Père, j’ai péché envers le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils… »151 il n’eut même pas le temps de finir sa phrase que « le père dit à ses serviteurs : Vite, apportez la plus belle robe, et habillez-le. »151 Ce geste symbolique montrait que le père rempli d’amour pour son fils lui avait déjà pardonné. Adam et Ève ont connu exactement la même expérience lorsqu’ils sont revenus à Dieu en ayant foi dans son amour.

Une vision similaire est donnée dans le livre de l’Apocalypse : « Réjouissons-nous, soyons dans l’allégresse et rendons-lui gloire, car voici les noces de l’agneau. Son épouse s’est préparée, il lui a été donné de se vêtir d’un lin resplendissant et pur, car le lin, ce sont les œuvres justes des saints. »152

Les noces de l’agneau annoncent la réconciliation définitive entre Dieu et son peuple. L’agneau est le symbole du Christ dans le livre de l’Apocalypse ; son épouse, c’est le peuple de Dieu, la descendance de la femme, les humains qui ont foi en Dieu. Le terme épouse choisi par Dieu pour représenter son peuple souligne la relation d’amour qu’il veut établir avec ses fidèles. L’épouse est revêtue d’un vêtement de lin resplendissant et pur. Ce vêtement est le même que celui mentionné dans le texte du livre de la Genèse au chapitre 3 verset 21, le même que celui des prophètes Ésaïe et Zacharie, le même que celui de la parabole du fils prodigue. Il est resplendissant parce qu’il rappelle l’apparence qu’avaient les humains avant le péché.

Il est intéressant de noter que le mot hébreu utilisé pour la peau ‘‘ôr est pratiquement homonyme du mot ’ôr qui désigne la lumière.153 Ce jeu de mot permet de comprendre que les vêtements avec lesquels Dieu revêt l’homme et la femme après leur réconciliation avec lui ont pour vocation de leur montrer qu’un jour ils retrouveront leur vêtement originel de lumière. Mais cela n’arrivera que lorsque le problème du mal sera complétement résolu.

En attendant, l’apôtre Paul utilisant la même image du vêtement adresse cette invitation à tous ceux qui veulent vivre en harmonie avec les valeurs que Dieu a donné à l’humanité : « Revêtez le Seigneur Jésus Christ »154 c’est-à-dire mettez votre foi en lui qui a donné sa vie pour que vous soyez délivré du mal et vivez en union avec lui. Vous aurez alors l’assurance d’être regardé par Dieu comme un être juste qui n’a jamais péché, vous serez complétement pardonné.

143/ Genèse 3.21 – 144/ Genèse 15.6 – 145/ « L’homme devint un être vivant » Genèse 2.7 – « Le SEIGNEUR Dieu modela du sol toute bête des champs et tout oiseau du ciel qu’il amena à l’homme pour voir comment il les désignerait. Tout ce que désigna l’homme avait pour nom être vivant. » Genèse 2.19 – 146/ 1 Pierre 1.18-21 – La Bible en français courant – 147/ Voir par exemple Lévitique 4.27 à 31 : « Si c’est quelqu’un du peuple du pays qui a péché par erreur en commettant ce qu’interdit l’un des commandements du SEIGNEUR, se mettant ainsi en tort, s’il s’aperçoit du péché qu’il a commis, il apportera en présent une chèvre, une femelle sans défaut, pour le péché qu’il a commis. Il posera la main sur la tête du sacrifice pour le péché, et il l’immolera dans le lieu de l’holocauste. Avec son doigt, le prêtre prendra du sang du sacrifice pour le péché ; il en mettra sur les cornes de l’autel des holocaustes et répandra tout le reste du sang sur le socle de l’autel. Il détachera toute la graisse, comme on détache la graisse du sacrifice de paix, et il la fera fumer sur l’autel ; ce sera une odeur agréable pour le SEIGNEUR. Le prêtre fera sur lui l’expiation, et il lui sera pardonné. » – 148/ Ésaïe 61.10 » – 149/ Zacharie 3.1-5 – 150/ Voir annexe à la fin de l’étude, sur « Le messager du Seigneur dans les textes de l’Ancien Testament » – 151/ Luc 15.21, 22 – 152/ Apocalypse 19.7, 8 – 153/ Bien que commençant par une lettre différente, Ayin pour peau et Aleph pour lumière, la prononciation est quasiment la même parce que ces lettres ne se prononcent pas. Elles sont présentes pour renforcer les voyelles privées de consonnes. – 153/ Romains 13.14.

UN CHEMIN POUR LA VIE

« Le SEIGNEUR Dieu dit :  Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous par la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. Maintenant, qu’il ne tende pas la main pour prendre aussi de l’arbre de vie, en manger et vivre à jamais !  Le SEIGNEUR Dieu l’expulsa du jardin d’Eden pour cultiver le sol d’où il avait été pris. Ayant chassé l’homme, il posta les chérubins à l’orient du jardin d’Eden avec la flamme de l’épée foudroyante pour garder le chemin de l’arbre de vie. »149

149/ Genèse 3.22-24

Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous par la connaissance de ce qui est bon ou mauvais.

Avec le verset 22, « Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous par la connaissance de ce qui est bon ou mauvais », nous voici à nouveau avec un verset dont la traduction et l’interprétation sont discutées. Deux remarques s’imposent avant de proposer la meilleure lecture de ce texte.

  1. Dans la formule l’homme est devenu, il est possible de traduire le verbe hébreu haya par être de quatre manières différentes :
  • L’homme est comme l’un de nous150
  • L’homme est devenu comme l’un de nous151
  • L’homme devenu comme l’un de nous152
  • L’homme était comme l’un de nous153
  1. Dans le texte original, ce n’est pas le mot connaissance mais le verbe connaître qui est mentionné. Le mot connaissance laisse une idée d’ordre général sur le bien et le mal alors que le verbe connaître introduit dans le texte par la préposition pour se réfère davantage à un comportement.

Comment choisir entre ces quatre manières de lire le verbe être ? Une fois de plus, c’est le contexte qui doit être notre guide dans l’interprétation de ce texte.

Au point où nous en sommes dans le récit, il y a un marqueur du temps : la désobéissance à l’ordre que Dieu avait donné de ne pas manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, du bon ou du mauvais. Cette transgression marque un avant et un après. Avant, l’homme et la femme sont à l’image de Dieu. En évoluant dans leur expérience humaine, ils doivent progresser pour parvenir à la ressemblance de Dieu.

Dieu avait dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. »154 Le projet de Dieu était que l’homme soit l’image de Dieu et qu’il soit à sa ressemblance. Immédiatement après cette réflexion divine annonçant ce projet, sa réalisation est décrite : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. »155 Il est bien affirmé que l’homme et la femme sont à l’image de Dieu mais il n’est pas précisé qu’ils sont à sa ressemblance. Dieu avait donc donné aux humains la capacité d’être à sa ressemblance mais pour y parvenir, l’homme et la femme devaient acquérir une expérience qu’ils feraient au travers de leur attitude vis à vis du monde animal et de leur nourriture, comme le sous-entend la bénédiction prononcée à leur attention qui leur indique la manière dont ils devaient se comporter : « Dieu les bénit et Dieu leur dit : Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre ! Dieu dit : Voici, je vous donne toute herbe qui porte sa semence sur toute la surface de la terre et tout arbre dont le fruit porte sa semence ; ce sera votre nourriture. »156

La réflexion, voici que l’homme est [ou est devenu ou devenu ou était] comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal,157 apparait comme un bilan que Dieu fait par rapport à l’expérience qu’il avait proposée à l’homme et à sa femme. Dieu estime que cette expérience ne correspond pas à son attente puisqu’il change ses plans pour l’homme. En effet, après avoir ordonné à l’homme de manger copieusement de tout arbre du jardin ce qui incluait l’arbre de vie,158 il déclare : « Maintenant, qu’il ne tende pas la main pour prendre aussi de l’arbre de vie, en manger et vivre à jamais ! »157

Si, après avoir mangé de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, l’homme est devenu comme Dieu selon ce que laissent entendre les trois premières traductions citées plus haut, pourquoi Dieu a-t-il reproché à l’homme d’avoir mangé du fruit de cet arbre159 et pourquoi ne veut-il plus qu’il vive pour toujours et l’empêche-t-il d’accéder à l’arbre de vie ? Pourquoi le chasse-t-il du jardin d’Éden. La réponse qui est généralement donnée à ces questions est que l’homme a décidé par lui-même, comme Dieu le fait, de ce qui était bien pour lui. C’est-à-dire de décider sans autre référence que soi-même ce qui est bien et mal, bon ou mauvais. Cette interprétation semble correcte au premier abord mais est-ce que l’homme est devenu pour autant comme Dieu pour tout ce qu’implique la connaissance du bien et du mal, du bon et du mauvais ?

Le texte original précise pour connaître le bien et le mal ou le bon et le mauvais. La connaissance du bien et du mal consiste à savoir ce qui est bien et ce qui est mal, bon et mauvais. De ce point de vue, Dieu et l’homme savent que le bien et le mal, le bon et le mauvais, existent.

Mais connaître, c’est aussi faire l’expérience du bien et du mal, du bon et du mauvais. De ce point de vue, avant que l’homme ne mange le fruit interdit, Dieu et l’homme partageaient la même expérience ; après la transgression, l’homme se démarque de Dieu par sa transgression. Dès lors, il expérimente ce qui est mal, ce qui est mauvais pour lui car cette transgression conduit à la mort. C’est sans doute la raison pour laquelle l’auteur n’a pas repris le mot connaissance dans le texte original mais bien le verbe connaître introduit par la préposition pour qui prend plus en compte le changement qui s’est produit chez l’homme qui a introduit l’expérience du mal ou du mauvais. Il n’est donc plus comme Dieu qui est amour et l’incarnation du bien. Il ne pratique pas le mal. Il est complétement étranger à ce qui est mauvais. « Saint, saint, saint, le SEIGNEUR, le tout-puissant »161 proclament les êtres célestes pour rappeler la sainteté absolue de Dieu qui confirme que tout mal est contraire à la nature de Dieu.

L’homme en transgressant l’ordre divin a fait l’expérience du mauvais, il n’est plus à la ressemblance de Dieu. Pour rendre cette nouvelle réalité humaine c’est bien au passé qu’il faut traduire la réflexion divine : « L’homme était comme l’un de nous pour connaître le bien et le mal. »

150/ L’Ancien Testament Interlinéaire hébreu français ; Henri Meschonnic, Au commencement, Traduction de la Genèse – 151/ La plupart des traductions françaises – 152/ La Bible du Rabbinat français – 153/ André Wénin D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain page 89 – 154/ Genèse 1.26 – 155/ Genèse 1.27 – 156/ Genèse 1.28, 29 – 157/ Genèse 3.22 – La Bible Darby – 158/ Genèse 2.9, 16 – 159/ Genèse 3.17 – 160/ Genèse 3.22, 23 – 161/ Ésaïe 6.3.

Maintenant, qu’il ne tende pas la main pour prendre aussi de l’arbre de vie, en manger et vivre à jamais ! Le SEIGNEUR Dieu l’expulsa du jardin d’Eden.

Pourquoi Dieu lui interdit-il alors l’accès à l’arbre de vie et le met-il en dehors du jardin d’Éden ?

Pour répondre à cette question, il faut considérer la raison pour laquelle cet arbre était au milieu du jardin.162 Le mot hébreu associé à cet arbre est hayyim dont la traduction est vie. Il est intéressant de noter que ce mot est employé dans le même texte du court récit de la création de l’homme : « Le SEIGNEUR Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie (hayyim), et l’homme devint un être vivant. »163

Pour permettre à l’homme de devenir un être vivant, Dieu insuffla dans ses narines une haleine de vie (hayyim). Sans elle, l’homme n’aurait pas pu vivre. En employant exactement le même mot pour qualifier l’arbre de vie, et en y ajoutant l’article défini, l’auteur renforce l’idée que l’homme ne pouvait pas vivre sans manger de cet arbre de la vie.164 La consommation du fruit de cet arbre permettait de préserver la vie qui lui avait été insufflée. Les autres arbres du jardin étaient aussi là pour nourrir l’homme et donc lui permettre de vivre, mais le fait qu’il soit écrit que Dieu voulait empêcher l’homme de manger du fruit de l’arbre de la vie laisse entendre que sa consommation était indispensable pour vivre pour toujours. Le fruit de l’arbre de vie avait donc des propriétés supérieures à celles des autres fruits pour procurer la vie. En privant l’homme de la consommation de l’arbre de la vie, Dieu limitait la durée de vie de l’homme.

L’arbre de la vie symbolise la relation avec Dieu car Dieu est le Dieu de la vie, de l’existence, celui qui permet de vivre. Nous allons découvrir que Dieu ne met pas fin à ses relations avec l’homme lorsqu’il l’empêche de manger de l’arbre de la vie. Bien au contraire, la suite du texte nous révèle que Dieu est toujours en relation avec les êtres humains et qu’il leur parle.165 Nous verrons plus loin comment les relations vont s’établir entre Dieu et l’homme maintenant que l’homme est devenu un être pécheur.

Si Dieu avait accepté que l’homme continue à se nourrir de l’arbre de la vie, il aurait permis au mal dont l’homme était porteur d’être éternel, ce qui était inconcevable puisque nous l’avons vu, le mal ne produit que de mauvaises choses pour l’homme, peines, souffrances, afflictions, pénibilité dans le travail, difficultés pour se nourrir et finalement la mort. Toutes ces conséquences liées à l’introduction du mal dans notre monde, Dieu ne voulait pas qu’elles soient éternelles.

162/ Genèse 2.9 – 163/ Genèse 2.7 – 164/ « Le SEIGNEUR Dieu fit pousser de la terre toutes sortes d’arbres agréables à voir et bons pour la nourriture, ainsi que l’arbre de la vie au milieu du jardin. » Genèse 2.9 – Nouvelle Bible Segond – 165/ Genèse 4.6.

Le SEIGNEUR Dieu l’expulsa du jardin d’Eden pour cultiver le sol d’où il avait été pris. Ayant chassé l’homme, il posta les chérubins à l’orient du jardin d’Eden avec la flamme de l’épée foudroyante pour garder le chemin de l’arbre de vie.

Dieu avait choisi l’homme pour le placer dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder.166 Maintenant qu’il a failli à sa mission, Dieu le renvoie du jardin. Il continuera à cultiver le sol de la terre ; quant à la garde qu’il devait assumer désormais, les chérubins s’en chargeront.

Les chérubins sont des êtres dont la fonction est de protéger.167 Ils sont présents là où Dieu apparait dans le sanctuaire : sur le rideau qui sépare le lieu saint du lieu très saint168 ; sur l’arche qui contient la loi de Dieu.169

Les textes mentionnant les chérubins indiquent qu’ils ont été placés dans le sanctuaire à proximité du témoignage, c’est-à-dire de la loi de Dieu. L’homme est privé de l’arbre de la vie parce qu’il a transgressé la loi divine. Les chérubins rappellent que le chemin qui conduit à l’arbre de la vie est loi divine. Dieu a dit la même chose au peuple d’Israël : « J’en prends à témoin aujourd’hui contre vous le ciel et la terre : c’est la vie et la mort que j’ai mises devant vous, c’est la bénédiction et la malédiction. Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance, en aimant le SEIGNEUR ton Dieu, en écoutant sa voix et en t’attachant à lui. C’est ainsi que tu vivras et que tu prolongeras tes jours. »170

Les chérubins sont aussi associés au salut : « Berger d’Israël, écoute. Toi qui mènes Joseph comme un troupeau, toi qui sièges sur les chérubins, révèle-toi, devant Ephraïm, Benjamin et Manassé. Réveille ta vaillance, viens pour nous sauver. Dieu, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés. »171

Jésus, le descendant de la femme, celui qui vaincra le serpent, a fait une déclaration qui prend tout son sens dans ce contexte : « Je suis le chemin, la vérité, la vie. Personne ne peut aller au Père autrement que par moi. »172

Dieu se révèle entre les chérubins pour donner ses directives : « Et je me rencontrerai là avec toi, et je parlerai avec toi de dessus le propitiatoire, d’entre les deux chérubins, qui seront sur l’arche du témoignage, et te dirai tout ce que je te commanderai pour les fils d’Israël. »173 Lorsque les chérubins sont présents, Dieu n’est jamais bien loin et il se révèle à l’homme.

Le rôle des chérubins n’est pas d’interdire l’accès à l’arbre de vie, ils doivent garder le chemin qui y conduit. À côté d’eux « la flamme de l’épée celle qui tournoie » selon la traduction littérale du texte original.174 Que représente ce symbole ?  Quelque chose de terrifiant comme cela est parfois traduit ? Le jugement divin selon d’autres interprétations ? Dans ce cas, ce serait un avertissement pour ceux qui seraient tentés de ne pas accepter l’offre de vie et de salut proposée par Dieu.

L’arbre de vie apparait à nouveau dans le livre de l’Apocalypse. Jésus fait cette promesse : « Au vainqueur, je donnerai à manger de l’arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu. »175 La victoire dont il s’agit ici consiste à retrouver le premier amour pour le Seigneur. Rappelons-nous, si la femme et l’homme ont transgressé l’interdit c’est parce qu’ils ont abandonné leur amour pour Dieu.

Une deuxième promesse est faite en relation avec l’arbre de vie : « Au milieu de la place de la cité et des deux bras du fleuve, est un arbre de vie produisant douze récoltes. Chaque mois il donne son fruit, et son feuillage sert à la guérison des nations. »176 Le péché a profondément meurtri l’humanité ; dans le paradis, l’arbre de vie jouera un rôle pour apporter la guérison à tous ceux qui auront choisi d’être avec Dieu pour toujours.

Enfin, une bénédiction est prononcée en relation avec l’arbre de vie, elle indique le chemin à suivre pour avoir droit à l’arbre de vie : « Heureux ceux qui lavent leurs robes, afin d’avoir droit à l’arbre de vie, et d’entrer, par les portes, dans la cité. »177 Laver sa robe rappelle le geste que Dieu fit pour Adam et Ève lorsqu’il les revêtit d’habits de peau. Il s’agit du même symbole, être reconnu par Dieu comme un être juste lorsque nous manifestons notre foi en lui. Certains manuscrits du livre de l’Apocalypse proposent une autre lecture de ce texte : « Heureux ceux qui observent ses commandements, afin d’avoir droit à l’arbre de vie, et d’entrer par les portes dans la ville ! »178 Le livre de l’Apocalypse insiste beaucoup sur la fidélité aux commandements de Dieu. Si l’homme a été privé pour un temps de l’arbre de vie, c’est bien parce qu’il a désobéi à un commandement de Dieu. Il est donc dans l’ordre des choses que ceux qui sont fidèles puissent avoir droit à l’arbre de vie.

En résumé, nous pouvons dire que les chérubins rappellent que Dieu est présent dans le nouvel espace où les humains vont vivre après avoir quitté le jardin d’Éden et qu’il continuera à se révéler à eux. La loi divine et l’offre de salut associées aux chérubins indiquent le chemin qui nous conduit à l’arbre de vie sachant que nous pouvons toujours compter sur la présence aimante de Dieu.

166/ Genèse 2.15 – 167/ « Toi, le chérubin étincelant, le protecteur » Ézéchiel 28.14, 16 – 168/ « Et tu feras un voile de bleu, et de pourpre, et d’écarlate, et de fin coton retors ; on le fera d’ouvrage d’art, avec des chérubins […] Tu mettras là, au dedans du voile, l’arche du témoignage ; et le voile fera séparation pour vous entre le lieu saint et le lieu très saint. » Exode 26.31-33 Bible Darby – 169/ « Et tu feras deux chérubins d’or ; tu les feras d’or battu, aux deux bouts du propitiatoire. […] Et tu mettras le propitiatoire sur l’arche, par-dessus, et tu mettras dans l’arche le témoignage que je te donnerai. » Exode 25.18, 21 Bible Darby – 170/ Deutéronome 30.18-21 – 171/ Psaume 80.1-3 – 172/ Jean 14.6 – 173/ Exode 25.22 – 174/ Genèse 3.24 – Ancien Testament Interlinéaire – 175/ Apocalypse 2.7 – 176/ Apocalypse 22.12 – 177/ Apocalypse 22.14 – 178/ Apocalypse 22.14 – Bible Ostervald.

LE DERNIER ADAM179

« Voilà pourquoi, de même que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort a atteint tous les hommes : d’ailleurs tous ont péché… […] Car si par un seul homme, par la faute d’un seul, la mort a régné, à plus forte raison, par le seul Jésus Christ, règneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent l’abondance de la grâce et du don de la justice. »180

Ces deux versets sont extraits d’un long développement de l’apôtre Paul sur l’origine du péché où il explique la solution que le Christ y a apporté. Oui, le premier homme a entrainé toute l’humanité dans un monde de souffrances, de peines, de violences et de mort. Dieu lui avait donné un espoir de victoire sur le mal qu’il a introduit dans le monde.

Dieu a créé notre monde par amour, et au moment où l’homme a douté de l’amour de Dieu pour lui, lorsqu’il n’a regardé qu’à lui-même, Dieu ne l’a pas abandonné, il lui a montré le chemin de la réconciliation. Finalement, la promesse que Dieu avait faite s’est réalisé et Jésus a remporté la victoire là où l’homme avait failli. Le premier Adam a apporté la mort, le dernier Adam, Jésus Christ, a apporté la grâce, la justice et la vie à tous ceux qui accepteront de se tourner vers Dieu pour l’aimer de tout leur être.

179/ 1 Corinthiens 15.45 – 180/ Romains 5.12 et 21.

LES 23 MENTIONS DU VERBE MANGER

Les 23 mentions du verbe manger dans le second récit de la création d’après le texte original

de Genèse 2.4 à 3.24

N° LIGNE Références Textes Décompte Décompte Décompte
1 2.9 Bien pour le manger 1 1 1
2 2.16 Manger tu mangeras 2 3 3
3 2.17 Tu ne mangeras pas. Au jour où vous en mangerez 2 5 5
4 3.1 Vous ne mangerez pas 1 6 6
5 3.2 Nous mangeons. Vous n’en mangerez pas 2 8 8
6 3.5 Au jour où vous en mangerez 1 9 9
7 3.6 L’arbre bien pour manger. Elle prit de son fruit et mangea. 2 11 11
8   Il mangea 1 1 12 12erang
9 3.11 De ne pas en manger as-tu mangé ? 2 11 14
10 3.12 J’ai mangé 1 9 15
11 3.13 J’ai mangé 1 8 16
12 3.14 Et poussière tu mangeras 1 7 17
13 3.17 Tu as mangé. En disant : Tu n’en mangeras pas. Tu le mangeras tous les jours de ta vie. 3 6 20
14 3.18 Tu mangeras de l’herbe des champs 1 3 21
15 3.19 Tu mangeras ton pain 1 2 22
16 3.22 Et qu’il mange 1 1 23
Total 23 23 23
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