Après le récit de la création au premier chapitre du livre de la Genèse qui assure que tout est achevé, nous restons sur le thème de la création avec un second récit qui apporte quelques précisions sur la création de l'humain. Puis, après la description du paradis et la mention d'un interdit, nous assistons à la révélation de l'homme après la création de la femme. Pourquoi tous ces détails sont-ils ajoutés dans un deuxième temps ? La confrontation entre les conclusions du chapitre un du livre de la Genèse et nos conditions de vie actuelles nous aiderons à percevoir l'intention de l'auteur.

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Résumé de la conférence

LA VIE : MODE D’EMPLOI

L’ABSENCE DE RÉPONSE HUMAINE

Nous avons pu constater dans l’étude précédente (Le premier récit de la création) que Dieu avait façonné et organisé notre monde en créant les conditions nécessaires pour qu’il y ait une possibilité de dialogue entre le créateur et sa créature. Le récit est construit autour de dix paroles de Dieu. Par les deux dernières de ces paroles1, Dieu s’adresse directement à l’homme et la femme nouvellement créés. Cependant dans ce texte aucune réaction des humains n’a été rapportée bien que Dieu ait créé un temps spécial, le septième jour, pour célébrer la rencontre entre eux et lui. On peut imaginer qu’un dialogue s’est instauré entre le créateur et l’homme et la femme mais le texte reste muet à ce sujet.

1/ Genèse 1.28 et 29.

UN SECOND RÉCIT DE LA CRÉATION

En fait, en continuant la lecture du livre de la Genèse, nous nous rendons compte que l’auteur n’a pas écrit tout ce qu’il voulait dire à propos de la création. En effet, Moïse a rédigé un second récit où il précise un certain nombre de choses à propos de l’œuvre de Dieu. Dans le premier récit, la formule : « Dieu vit que cela était bon »2 mentionnée six fois met en évidence le soin que Dieu avait pris pour créer notre monde et au soir du sixième jour, cette conclusion a été apportée : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon »3. Le monde des humains a été créé parfait et harmonieux en tous points.

Nous sommes émerveillés par tous les aspects positifs de notre monde et par cette vie qui nous a été offerte mais malheureusement, nous faisons aussi l’amère expérience de tous les aspects négatifs auxquels nous sommes régulièrement confrontés. Ce double constat nous conduit à nous poser la question : Pourquoi l’injustice, l’inégalité, la violence, la souffrance et la mort sont-ils présents si le monde créé par Dieu était « très bon » ?

Dans ce second récit de la création, Moïse apporte des réponses à cette question. Son but est d’expliquer comment a-t-on pu passer du parfait à l’imparfait, de l’harmonie à la discorde, de la paix à la violence, du bien-être à la souffrance, de l’amour à la haine, de la vie à la mort ? Pour cela, il reprend les choses dès la création de l’homme pour nous donner les raisons pour lesquelles l’humanité est passée d’un monde parfait au monde que nous connaissons aujourd’hui.

 2/ Pour être précis la première formulation est : « Dieu vit que la lumière était bonne » Genèse 1.4 et les cinq autres « Dieu vit que cela était bon » 1.10, 12, 18, 21, 25 – 3/ Genèse 1.31.

UN TEXTE DÉLIMITÉ

Si les limites du premier récit de la création sont facilement repérables avec la mention plusieurs fois répétée de son achèvement au septième jour de la semaine4, il est plus difficile de délimiter le second récit de la création. L’auteur a cependant posé des limites à son récit qu’il convient de retrouver afin de faciliter notre compréhension de son message.

Le texte du livre de la Genèse que nous possédons aujourd’hui a été découpé en chapitres sans tenir compte du découpage qui avait été prévu par l’auteur de ce livre. En effet, un mot revient régulièrement dans le texte hébreu au début de chaque nouveau récit : « tôlédôt ». Il introduit généralement une généalogie et une nouvelle partie du livre.

Voici comment commencent les différentes sections du livre : Voilà la généalogie du ciel et de la terre.5 Voici le livre de la généalogie d’Adam.6 Voici la généalogie de Noé.7 Voici la généalogie des fils de Noé, Sem, Cham et Japhet.8 Voici la généalogie de Sem.9 Voici la généalogie de Térah.10 Voici la généalogie d’Ismaël.11 Voici la généalogie d’Isaac.12 Voici la généalogie d’Ésaü, c’est-à-dire Édom.13 Voici la généalogie d’Ésaü.14 Voici la généalogie de Jacob.15

Le texte du deuxième récit de la création est encadré par les versets suivants : Il débute par « Voilà la généalogie du ciel et de la terre, quand ils furent créés. »16 et il se termine par « De Seth aussi naquit un fils qu’il appela du nom d’Énosh. C’est alors que l’on commença à invoquer le nom du SEIGNEUR (YHWH). »17 Ce découpage est confirmé par la mention du mot « tôlédôt » au début du récit et par le début d’une autre généalogie immédiatement après les mots « à invoquer le nom du SEIGNEUR (YHWH) », avec un troisième récit de la création : « Voici le livre de la généalogie d’Adam. Le jour où Dieu créa les humains, il les fit à la ressemblance de Dieu. Homme et femme il les créa, il les bénit et les appela du nom d’« humains » – Adam – le jour où ils furent créés. »18

La disposition du livre de la Genèse en différentes sections avec l’emploi du mot « tôlédôt » et le fait que l’auteur ait composé un troisième récit de la création montrent que ces trois récits de la création sont des textes réfléchis, construits avec à chaque fois une signification, un but, une finalité qui leur sont propres. Pour le second récit, il s’agit de répondre aux questions posées plus haut que l’on peut résumer ainsi : Pourquoi vivons-nous dans un monde où règnent la confusion et le désordre ? Pourquoi les relations avec Dieu sont-elles perturbées si Dieu a créé notre monde parfait ?

4/ Genèse 2.1-3 – 5/ Genèse 2.4* – 6/ Genèse 5.1 – 7/ Genèse 6.9 – 8/ Genèse 10.1 – 9/ Genèse 11.10 – 10/ Genèse 11.27 – 11/ 25.12 – 12/ Genèse 25.19 – 13/36.1 – 14/ Genèse 36.9 – 15/ Genèse 37.2 ­– 16/ Genèse 2.4 – 17/ Genèse 4.26 – 18/ Genèse 5.1, 2 * Les citations de 5 à 18 sont faites d’après la Nouvelle Bible Segond.

VOICI LA GÉNÉALOGIE DES CIEUX ET DE LA TERRE

« Voilà la généalogie du ciel et de la terre, quand ils furent créés. »19

Le mot « tôlédôt » est difficile à traduire dans ce passage. Différentes traductions ont été proposées dans nos versions françaises : généalogie20 ; origine21 ; génération22 ; naissance23 ; enfantement24 ; histoire.25

Le mot « tôlédôt » signifie littéralement « engendrement, filiation, enfantement, descendance ». Il est utilisé dans la Bible pour introduire une généalogie et pour raconter une histoire. Dans la mentalité hébraïque, un homme n’existe que s’il peut présenter sa généalogie, c’est-à-dire s’il s’enracine dans l’histoire. Le mot « tôlédôt » s’apparente ainsi au mot « histoire » qui n’existe pas en hébreu. L’utilisation du mot « tôlédôt » nous indique que nous entrons dans l’histoire des humains puisqu’ils sont le principal sujet de ce récit. Nous pourrions même ajouter l’histoire des relations entre le ciel et la terre, entre Dieu et l’humanité. Les autres éléments de la création mentionnés ici ne le seront qu’à titre accessoire dans le seul but de situer les humains.

19/ Genèse 2.4 – Nouvelle Bible Segond – 20/ Nouvelle Bible Segond – 21/ Segond révisée (la Colombe) et Rabbinat – 22/ Darby – 23/ T.O.B. – 24/ Chouraqui – 25/ Segond 21, Semeur, Maredsous et Jérusalem.

LE DOUBLE ATTACHEMENT DE L’HOMME

« (4) Le jour où le SEIGNEUR Dieu fit la terre et le ciel, (5) il n’y avait encore sur la terre aucun arbuste des champs, et aucune herbe des champs n’avait encore germé, car le SEIGNEUR Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol ; (6) mais un flux montait de la terre et irriguait toute la surface du sol. (7) Le SEIGNEUR Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie, et l’homme devint un être vivant. »26

LE NOM DE DIEU : « le SEIGNEUR Dieu »

Dans le premier récit de la création, l’auteur a utilisé un nom commun pour désigner Dieu, le mot hébreu « Élohim ». Étymologiquement, le mot « Élohim » exprime une idée de puissance. La création étant une manifestation de la puissance, on comprend que le créateur ait été désigné par le mot « Élohim ».

Dans le second récit de la création, ce mot est repris et associé au mot « SEIGNEUR ». Dans le texte hébreu, il s’agit du tétragramme « YHWH » qui est le nom propre de Dieu dans l’Ancien Testament. Traditionnellement, depuis le Ve siècle avant notre ère, ce nom divin n’est plus prononcé27. À la place, le lecteur est invité à prononcer le mot « Adonaï » (Seigneur) ou « Hashem » (Le Nom).

Pour perpétuer cette tradition, dans plusieurs traductions françaises de la Bible28 le mot « Seigneur » est systématiquement utilisé là où le tétragramme (YHWH) est mentionné dans le texte original. D’autres traducteurs ont rendu le tétragramme (YHWH) par l’Éternel29 ou par Yahvé.30

Dans la pensée hébraïque, le nom exprime la nature ou le caractère de celui qui le porte. Le nom de Dieu révèle donc quelque chose sur sa nature. Le tétragramme nous permet de percevoir l’essence même de Dieu comme l’a expliqué Jean Doukhan31 :

  1. Dieu est le Dieu de l’existence, de la vie : YHWH vient du verbe « havo » qui signifie être, exister. Lorsque Dieu a demandé à Moïse d’aller en Égypte pour libérer le peuple d’Israël, il a explicité son nom de la manière suivante : Moïse s’adressant à Dieu, il lui dit : « Voici ! Je vais aller vers les fils d’Israël et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous. S’ils me disent : Quel est son nom ? – que leur dirai-je ? » Dieu dit à Moïse : « JE SUIS QUI JE SERAI. » Il dit : « Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : JE SUIS m’a envoyé vers vous. »32
  2. Dieu est le Dieu de la création : YHWH est un verbe au mode hiphil, causatif et sous cette forme il signifie celui qui fait être, qui crée.

Dans le premier récit de la Genèse, le tétragramme n’est pas mentionné. Dans le texte hébreu, la première parole de Dieu est « que soit ».33 Au travers de cette parole créatrice, Dieu met en œuvre son propre nom. Un indice soutient cette compréhension. En effet, le verbe être est employé exactement 26 fois dans le premier récit de la création. Or, le nombre 26 correspond à la somme des valeurs numériques des quatre lettres du tétragramme (Y = 10 + H = 5 + W = 6 + H = 5).34 Bien que non explicitement mentionné, le tétragramme est bien présent dans le premier récit de la création mais d’une manière cachée en amenant ces œuvres à l’existence.

  1. Dieu est le Dieu de la Parole : YHWH vient de la racine « havo » qui signifie aussi parole ; existence et parole se confondent en Dieu. Le psalmiste confirme cette réalité : « C’est lui qui a parlé, et cela arriva ; lui qui a commandé, et cela exista. »35 Et l’apôtre Pierre l’affirme aussi : « Ils oublient qu’il existait, il y a très longtemps, des cieux et une terre tirant origine de l’eau et gardant cohésion par l’eau, grâce à la Parole de Dieu. »36
  2. Dieu est le Dieu de l’avenir : YHWH est un verbe dont le temps est au futur. L’apôtre Jean l’a très bien compris et il en donne le témoignage en transcrivant le tétragramme de la manière suivante : « celui qui est, qui était et qui vient. »37

Le récit explicatif sur les raisons qui ont conduit à un changement complet de notre monde est introduit par les deux noms de Dieu, YHWH Elohim. Nous pouvons en déduire que quoi qu’il arrive, le Dieu puissant de la vie qui nous a créés sera toujours présent dans l’histoire des humains. Par sa Parole toute puissante, il nous conduira jusqu’à ce que nous le rencontrions.

26/ Genèse 2.4-7 – 27/ Les Juifs de l’époque ont pris cette habitude pour ne pas prendre le risque de profaner le nom de Dieu afin d’être en harmonie avec la demande que Dieu leur a faite et rapportée dans Lévitique 22.32 : « Vous ne profanerez pas mon saint nom ». 28/ La Traduction œcuménique de la Bible, la Nouvelle Bible Segond, la Bible en français courant, la Bible Parole de Vie. – 29/ La Bible Segond révisée (La Colombe), la Bible du Semeur, la Bible Darby et d’autres traductions. – 30/ La Bible de Jérusalem. – 31/ Les différents sens de YHWH d’après J. Doukhan « Signes des Temps » n° 463 pages 10, 11. – 32/ Exode 3.13, 14 – 33/ « Et dit Dieu : Que soit lumière » traduction littérale de Genèse 1.3. – 34/ André Wénin, D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain, Cerf, Paris, 2013, page 31. – 35/ Psaumes 33.9 – 36/ 2 Pierre 3.5 – 37/ Apocalypse 1.4, 8 ; 4.8.

NI VÉGÉTATION, NI EAU, NI HOMME

« Il n’y avait encore sur la terre aucun arbuste des champs, et aucune herbe des champs n’avait encore germé, car le SEIGNEUR Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol ; mais un flux montait de la terre et irriguait toute la surface du sol. »38

Dans un premier temps, le récit ne retient que trois éléments dans le déroulement de la création : l’absence de végétation, l’absence de pluie et l’absence de l’homme. L’inexistence de végétation est expliquée par le manque d’eau et par l’absence de l’homme dont la mission est complétée. Dans le premier récit, il devait dominer le règne animal, maintenant il est annoncé que son rôle sera aussi de cultiver le sol. D’une manière inattendue l’eau apparait. Elle ne vient pas par la pluie comme cela avait été dit au début de la phrase mais « un flux montait de la terre et irriguait toute la surface du sol ».

Cette présentation met en lumière l’importance de l’eau, indispensable pour permettre à la végétation d’être productive pour nourrir l’homme qui lui cultive le sol. Ce flux d’eau sortant de la terre, le récit y reviendra un peu plus tard. Il est à présent plus urgent de combler l’autre absence, celle de l’homme.

38/ Genèse 2.5, 6

L’HOMME FAIT DE POUSSIÈRE ET DE SOUFFLE

« Le SEIGNEUR Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie, et l’homme devint un être vivant. » 39

L’homme dont il est question ici n’est pas l’être humain de genre masculin. Le texte hébreu emploi le mot « adam » avec un article « l’adam » qui est placé devant les noms communs. Plus tard, le premier humain de genre masculin sera appelé Adam,40 cette fois sans article. Dans ce texte, « l’adam » est le premier représentant du genre humain. Nous verrons dans la suite de ce récit qu’il va évoluer.

« L’adam » est façonné « avec de la poussière prise du sol ». Le mot hébreu traduit par sol est « adamah ». Il est difficile de faire mieux pour dire que l’être humain est issu du sol, de la terre. En le nommant « l’adam », le texte souligne son attachement à la terre. Ce qui surprend ici, c’est l’action de modeler, de façonner, de former selon les différentes traductions et le matériau utilisé : la poussière du sol. Techniquement, cela parait difficile. Le verbe employé fait penser au potier mais celui-ci utilise de la terre mouillée, pas de la poussière pour mettre en forme les objets qu’il veut fabriquer. Bien que l’eau ait été mentionnée pour montrer qu’elle était indispensable à la vie, ici, elle n’apparait pas. L’élément qui est ajouté à la poussière du sol est l’haleine de vie. Le livre de Job nous rapporte une remarque intéressante pour comprendre ce que représente cette haleine de vie : « Aussi longtemps que j’aurai ma respiration, et que le souffle de Dieu sera dans mes narines… »41

Dans ce texte de Job, le mot hébreu traduit par respiration est « neshâmâh ». Le même mot « neshâmâh » est utilisé dans notre texte, il a été traduit par « haleine ». Job précise la nature de sa respiration, c’est le souffle de Dieu. Le mot employé ici est le mot « roûah » qui désigne le souffle de Dieu. Cette citation du livre de Job montre que ces deux mots « neshâmâh » et « roûah » sont parfaitement synonymes.

Ce que Dieu insuffle dans les narines de cet être de poussière qu’il vient de modeler, c’est son propre souffle. Le même souffle ou esprit (« roûah ») qui « planait au-dessus des eaux » avant la semaine de la création du premier récit du livre de la Genèse. Déjà le souffle ou l’Esprit de Dieu préparait la création de l’homme. Le don de souffle de vie qui est l’Esprit de Dieu montre que l’homme est attaché à Dieu.

Quel enseignement pouvons-nous déduire de cette description de la création de l’être humain ? Dieu forme l’homme à partir d’un élément qui est d’apparence dérisoire, la poussière du sol, dans lequel il insuffle son propre souffle de vie, son Esprit. Dans le premier récit de la Genèse, nous avions vu que Dieu avait donné sa puissance aux humains pour qu’ils dominent le règne animal. Nous comprenons à présent que la puissance de l’homme vient de l’Esprit de Dieu qui est en lui. Les êtres humains seront puissants et forts aussi longtemps qu’ils maintiendront en eux l’Esprit de Dieu.

39/ Genèse 2.7 – 40/ Genèse 3.17 – 41/ Job 27.3 Bible Segond révisée (La Colombe).

UN JARDIN EN ÉDEN

(8) « Le SEIGNEUR Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et il y plaça l’homme qu’il avait formé.

(9) Le SEIGNEUR Dieu fit germer du sol tout arbre d’aspect attrayant et bon à manger, l’arbre de vie au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais.

(10) Un fleuve sortait d’Eden pour irriguer le jardin ; de là il se partageait pour former quatre bras.

(11) L’un d’eux s’appelait Pishôn : c’est lui qui entoure tout le pays de Hawila où se trouve l’or

(12) – et l’or de ce pays est bon – ainsi que le bdellium et la pierre d’onyx.

(13) Le deuxième fleuve s’appelait Guihôn ; c’est lui qui entoure tout le pays de Koush.

(14) Le troisième fleuve s’appelait Tigre ; il coule à l’orient d’Assour. Le quatrième fleuve, c’était l’Euphrate.

(15) Le SEIGNEUR Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour cultiver le sol et le garder.

(16) Le SEIGNEUR Dieu prescrivit à l’homme : « Tu pourras manger de tout arbre du jardin,

(17) mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais car, du jour où tu en mangeras, tu devras mourir. »42

Ce texte est très riche de symboles et d’enseignements. Pour une meilleure compréhension, nous allons étudier ces symboles les uns après les autres. Par commodité, nous ne suivrons pas toujours l’ordre dans lequel ils sont énumérés.

42/ Genèse 2.8-17

UN LIEU DE SÉCURITÉ ET DE DÉLICES

L’Éden était une région en Orient. En hébreu, le mot Éden signifie littéralement : jouissance, abondance, béatitude, joie, délices. Le mot jardin « gan » est synonyme de protection et de sécurité. Le jardin d’Éden est un lieu de sécurité, de bonheur et de vie abondante pour tous. En effet, le texte biblique donne un certain nombre de précisions géographiques susceptibles de situer ce lieu. Il est possible de le localiser. Il est donc réel. Le texte précise qu’un fleuve unique se divise en quatre bras ce qui souligne l’universalité de ce don de Dieu. Le chiffre quatre est une référence aux quatre points cardinaux qui symboliquement représentent l’universalité.

L’eau du fleuve apporte la vie au jardin. Mais pas seulement au jardin, car l’homme, toujours « l’adam », est invité à manger des fruits du jardin : « Tu pourras manger de tout arbre du jardin. »43 Pour vivre, l’homme est donc dépendant du fleuve. Il est intéressant que Jésus ait associé l’Esprit dont l’homme a également besoin pour vivre, à des fleuves d’eau vive : « Le dernier jour de la fête, qui est aussi le plus solennel, Jésus, debout, se mit à proclamer : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et que boive celui qui croit en moi. Comme l’a dit l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive. » Il désignait ainsi l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. »44

43/ Genèse 2.16 – 44/ Jean 7.37-39

LE CHOIX DE DIEU

« Le SEIGNEUR Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour cultiver le sol et le garder. »45

À plusieurs reprises, la Bible utilise le verbe « prendre » pour exprimer un choix, une élection. Lorsque Dieu voulut faire fonctionner le sanctuaire, il est écrit : « Mais je prends les Lévites en échange de tous les premiers-nés des fils d’Israël. »46 Dans la logique, les premiers-nés de chaque famille auraient dû servir dans le sanctuaire mais Dieu a choisi à leur place les Lévites. Dans le cas d’Abraham, il est écrit : « Je pris votre père Abraham de l’autre côté du Fleuve. »47 Dieu avait besoin d’un homme avec qui il vivrait une relation très forte ce qui permettrait à terme de bénir toutes les familles de la terre. Son choix se porta sur Abraham.

La racine du verbe traduit par « établit » signifie poser, déposer, reposer, avoir du repos, être tranquille. Lorsque Dieu choisit l’homme pour cultiver le sol et le garder, il envisage cette mission et cette responsabilité compatibles avec idée d’avoir du repos et de la tranquillité.

45/ Genèse 2.15 – 46/ Nombres 8.18 – 47/ Josué 24.3

LA PAROLE DE DIEU EN ÉDEN

Dieu parla à « l’adam » et il lui donna un double commandement : « Le SEIGNEUR Dieu prescrivit à l’homme : Tu pourras manger de tout arbre du jardin, mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais car, du jour où tu en mangeras, tu devras mourir. »48

Dieu propose l’abondance. Le texte original hébreu dit : « manger, tu mangeras » de tout arbre du jardin.  L’ajout de l’infinitif a pour rôle d’intensifier le verbe. L’homme peut se nourrir à volonté.

48/ Genèse 2.16, 17

L’arbre de vie :

Puisque l’homme doit se nourrir de tout arbre du jardin, il doit aussi se nourrir de l’arbre de vie qui est au milieu du jardin. Même si cela n’est pas dit explicitement, on peut le penser car lorsque Adam et Ève auront transgresser l’ordre de Dieu concernant l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais, l’accès à l’arbre de vie leur sera interdit en ces termes : « Le SEIGNEUR Dieu dit : Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous par la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. Maintenant, qu’il ne tende pas la main pour prendre aussi de l’arbre de vie, en manger et vivre à jamais ! »49

L’homme n’a pas été créé immortel. Pour vivre éternellement, il doit puiser cette vie à une source symbolisée par cet arbre de vie. Dieu est l’unique source de vie : « Car auprès de toi est la source de la vie. »50 L’homme est dépendant de Dieu pour sa vie, car seul Dieu possède l’immortalité. C’est ce que l’apôtre Paul rappelle à Timothée : Dieu est « le seul qui possède l’immortalité. »51

D’après le livre de l’Apocalypse, il en sera toujours ainsi, même dans le futur royaume de Dieu, puisque Jean a eu cette vision de la nouvelle Jérusalem : « Au milieu de la place de la cité et des deux bras du fleuve, est un arbre de vie produisant douze récoltes. »52

Dans son enseignement, Jésus a très clairement déclaré : « Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie. »53 Cette vie qui est en lui, il souhaite la donner de manière abondante : « Moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. »54 Cette vie sera accordée à tous ceux qui croient en Jésus, même s’ils doivent faire l’expérience de la mort. C’est ce qu’il disait à Marthe : « Jésus lui dit : Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »55

D’après ces textes, l’arbre de vie dans le jardin d’Éden était là pour apprendre à l’homme que la pérennité de sa vie dépendait de sa relation avec Dieu.

 49/ Genèse 3.22 – 50/ Psaumes 36.10 – Nouvelle Bible Segond – 51/ 1 Timothée 6.16 – 52/ Apocalypse 22.2 – 53/ Jean 14.6 – 54/ Jean 10.10 – 55/ Jean 11.25-26.

L’arbre de la connaissance du bon et du mauvais :

« Mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais car, du jour où tu en mangeras, tu devras mourir. »56

Face à l’abondance qui est proposée à l’homme pour sa nourriture, Dieu émet une restriction. Il lui interdit de manger du fruit de l’arbre qui est appelé « arbre de la connaissance du bon et du mauvais ».

Cet interdit n’est pas donné parce que le fruit de cet arbre serait mauvais, au contraire, en préambule il était dit : « Le SEIGNEUR Dieu fit germer du sol tout arbre d’aspect attrayant et bon à manger. »57 D’ailleurs, tout ce que Dieu avait fait était bon. Il n’y a pas de raison de penser que le fruit de cet arbre était dangereux en lui-même.

Pour quelle raison Dieu a-t-il interdit à l’homme de manger du fruit de cet arbre ? Le texte ne le dit pas explicitement. Il nous faut le découvrir.

Dieu apparait depuis le début du livre de la Genèse comme un créateur attentionné et généreux. Tout ce que Dieu a fait est empreint d’amour. Non seulement il a créé et organisé la terre pour l’homme mais lorsque ce dernier vient à l’existence, Dieu marque l’affection qu’il a pour lui en le choisissant et en le plaçant dans un jardin de délices et d’abondance qu’il a créé spécialement pour lui afin qu’il y soit tranquille. Nous serions tentés de nous demander : Était-il possible de faire plus ?

Tout ce qui précède prouve que Dieu voulait le bien de l’homme. Après l’avoir installé dans le jardin d’Éden, il s’est adressé à lui en disant : « Tu pourras manger de tout arbre du jardin ».58 Tous les fruits du jardin étaient à disposition. Une fois de plus Dieu s’était montré bon et généreux. Depuis le commencement jusqu’à maintenant, par son attitude, Dieu manifestait sa bonté et son amour envers l’homme. Pourrait-il en être autrement lorsqu’il ajoute : « mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais car, du jour où tu en mangeras, tu devras mourir. »56 Pourquoi Dieu limitait-il, par ce nouveau commandement, la possibilité qu’il avait donné à l’homme de « manger de tout arbre du jardin ».58 Pourquoi une telle restriction ?

56/ Genèse 2.17 – 57/ Genèse 2.9 – 58/ Genèse 2.16. 

LE CHOIX DE L’HUMAIN

En considérant l’interdit de manger de l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais, l’être humain va prendre conscience qu’il est devant un choix. Soit il se conforme à la parole de Dieu et il obéit, soit il transgresse le commandement et mange du fruit de l’arbre défendu. Quelle que soit sa décision, il fera l’expérience de la liberté. En hébreu, le mot « connaissance » fait référence à une expérience.59 La présence de cet arbre dans le jardin avait valeur de test. L’humain était absolument libre de vivre en harmonie avec ce que Dieu avait dit mais il avait aussi la possibilité d’affirmer son opposition en transgressant l’interdit.

Dieu n’a pas interdit à l’homme d’accéder à la connaissance du bon ou du mauvais, il lui indique simplement que son avenir est intimement lié au choix qu’il fera : s’il choisit l’obéissance il pourra continuer à jouir de tous les autres arbres du jardin et vivre sur la voie du bonheur ; s’il choisit de désobéir, il s’engage sur une voie qui le conduit à la mort et au malheur car il perdra tout ce que Dieu lui avait donné. Ce qui est bon pour l’homme, c’est donc de respecter la parole de Dieu ; ce qui est mauvais pour lui, c’est de mépriser la parole de Dieu et de la rejeter en s’opposant à Dieu.

L’interdit n’était pas seulement l’occasion pour lui de faire un choix entre l’obéissance et la désobéissance. Il lui permettait de se situer par rapport à la confiance qu’il était prêt à accorder à Dieu.  Dieu avait placé sa confiance en lui lorsqu’il lui donna pouvoir et souveraineté sur le règne animal. En respectant l’interdit, l’être humain manifesterait la confiance qu’il avait dans son créateur acceptant que Dieu lui avait donné cette limite pour son bien.

Nous avions vu que la création est une manifestation de l’amour de Dieu pour l’homme.60 L’arbre de la connaissance du bon et du mauvais a également valeur de test dans cette relation d’amour que Dieu entend partager avec l’être humain. Le véritable amour implique la réciprocité et la liberté. En respectant le commandement de Dieu, l’être humain pouvait donner une preuve de son amour pour Dieu.

L’être humain acceptera-t-il que cet interdit soit une bonne chose pour lui ? Comprendra-t-il que Dieu a placé un interdit sur cet arbre uniquement pour qu’il puisse exprimer son respect, sa confiance et son amour pour son créateur en toute liberté ?

D’une manière très nette dans la Bible, l’amour pour Dieu est associé au respect de sa parole et de ses commandements. Le choix proposé au premier humain a été de nouveau présenté au peuple d’Israël : « J’en prends à témoin aujourd’hui contre vous le ciel et la terre : c’est la vie et la mort que j’ai mises devant vous, c’est la bénédiction et la malédiction. Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance, en aimant le SEIGNEUR ton Dieu, en écoutant sa voix et en t’attachant à lui. »61

Jésus a aussi très clairement fait le lien entre l’amour et l’observation des commandements : « Si vous m’aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements »62 L’apôtre Jean a enseigné exactement la même chose : « En effet, aimer Dieu implique que nous obéissions à ses commandements. »63

Au moment où Dieu donne ce commandement à l’homme, il ne lui a pas encore exprimé tout l’amour qu’il avait pour lui. Dans la suite du récit, Dieu révèle par ses paroles et par ses actes que son amour pour l’homme est infini mais sans le lui dire ouvertement pour que sa liberté soit respectée. Il appartient à l’homme de discerner dans les paroles et l’agir de Dieu tout l’amour qu’il a pour lui sans que Dieu l’oblige en lui faisant une déclaration d’amour contraignante.

59/ L’aspect pratique de la connaissance est illustré lorsque le verbe « connaître » est utilisé pour exprimer les relations intimes que l’homme a eu avec sa femme : « L’homme connut Eve sa femme. Elle devint enceinte, enfanta Caïn. » Genèse 4.1 – 60/ Voir « Le premier récit de la création » – 61/ Deutéronome 30.19 – 62/ Jean 14.15 – 63/ 1 Jean 5.3 – La Bible en français courant.

UNE NOUVELLE ÉTAPE DANS LA CRÉATION DE L’HOMME

(18) Le SEIGNEUR Dieu dit : « Il n’est pas bon pour l’homme d’être seul. Je veux lui faire une aide qui lui soit accordée. »

(19) Le SEIGNEUR Dieu modela du sol toute bête des champs et tout oiseau du ciel qu’il amena à l’homme pour voir comment il les désignerait. Tout ce que désigna l’homme avait pour nom « être vivant » ;

(20) l’homme désigna par leur nom tout bétail, tout oiseau du ciel et toute bête des champs, mais pour lui-même, l’homme ne trouva pas l’aide qui lui soit accordée.

(21) Le SEIGNEUR Dieu fit tomber dans une torpeur l’homme qui s’endormit ; il prit l’une de ses côtes et referma les chairs à sa place.

(22) Le SEIGNEUR Dieu transforma la côte qu’il avait prise à l’homme en une femme qu’il lui amena.

(23) L’homme s’écria : « Voici cette fois l’os de mes os et la chair de ma chair, celle-ci, on l’appellera femme car c’est de l’homme qu’elle a été prise. »

(24) Aussi l’homme laisse-t-il son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et ils deviennent une seule chair.

(25) Tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, sans se faire mutuellement honte. »64

64/ Genèse 2.18-25.

DIEU EST-IL ENCORE BIEN DIEU ?

Il est important de nous arrêter un instant sur la manière dont sont rédigés les versets 18 à 20 afin de ne pas en tirer des conclusions qui ne seraient pas conformes à l’intention de l’auteur. Dans ces versets, plusieurs expressions contrastent avec l’idée que l’on a pu se faire de Dieu dans le premier récit de la Genèse qui le présentait comme un être tout puissant et parfaitement maître de son œuvre. Le texte que nous abordons à présent donne une impression nettement différente sur Dieu.

Après avoir créé un être unique « l’adam » au verset 7, on a le sentiment que cette création n’est pas une réussite, car Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ». Il décide donc de se remettre à l’ouvrage en faisant « une aide qui lui soit accordée ». On s’attend à ce qu’il crée cette aide mais finalement il passe à autre chose en modelant les animaux comme le ferait un potier. Ensuite, il demande à l’homme de leur donner un nom « pour voir comment il les désignerait » comme s’il avait besoin de l’homme pour achever son œuvre. L’homme fait ce que Dieu lui demande, puis arrive cette conclusion surprenante : « mais pour lui-même, l’homme ne trouva pas l’aide qui lui soit accordée. » Cette conclusion donne l’impression que Dieu avait imaginé que l’homme pourrait trouver parmi les animaux créés l’aide qu’il destinait à l’homme. Eh bien, il s’avère que la création des animaux n’a pas répondu au manque que Dieu avait lui-même mis en lumière et qu’il voulait combler. Après cet échec apparent, il prend une des côtes de l’homme et referme les chairs. Enfin, il transforme la côte qu’il avait prise à l’homme en une femme et lui amène.

Ce texte donne le sentiment que Dieu n’est plus Dieu mais plutôt un homme qui tente des expériences. En fait, l’auteur fait une représentation anthropomorphique de Dieu. C’est-à-dire qu’il attribue à Dieu des caractères qui appartiennent à l’espèce humaine. Ce changement de style n’est pas une composition naïve mais un procédé dont le but est de faire prendre conscience au lecteur que Dieu a créé l’homme comme un être relationnel qui a des relations avec Dieu,65 avec les animaux et avec l’aide qu’il se propose de lui faire.

65/ Voir l’étude sur le premier récit de la création et lorsque Dieu a insufflé un souffle de vie dans les narines de l’homme, mais aussi l’arbre de vie et l’interdit sur l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais.

L’HOMME NE DOIT PAS RESTER SEUL

Immédiatement après avoir annoncé à l’homme le danger de mort qu’il y aurait pour lui en ne tenant pas compte de la limite qui lui a été demandée de respecter, Dieu fait un constat : « Il n’est pas bon pour l’homme d’être seul. »66 Rappelons-nous que l’homme dont il est question, c’est toujours « l’adam ». Pour Dieu, il n’est pas du tout souhaitable que cet « adam » reste seul. L’isolement risque de l’entrainer dans la mort.

L’homme étant un être relationnel,65 la solitude serait un profond handicap pour lui. S’il reste seul, il ressentira un vide, un manque relationnel, d’où la décision de Dieu : « Je veux lui faire une aide qui lui soit accordée. »66 Notons que cette résolution est une délibération de Dieu introduite par « Et le SEIGNEUR Dieu dit » qui nous renvoie à l’unique autre délibération mentionnée dans premier récit de la création : « Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. »67

Il convient de nous interroger sur les raisons qui ont amenés le rédacteur à distinguer deux délibérations divines pour la création de l’être humain. La première délibération abordait le thème de la relation entre l’homme et Dieu. Avec insistance le texte révélait que Dieu avait créé l’homme à son image ce qui signifie que l’être humain est dans une certaine mesure porteur de caractéristiques qui sont propres à Dieu. Cela signifie aussi qu’il est aussi son représentant sur la terre. Les relations entre l’homme et la femme était présentée de manière lapidaire puisque dans le texte original il est seulement dit d’eux qu’ils étaient mâle et femelle.

Le troisième type de relation introduite dans le premier récit de la création était celles avec les animaux. Les humains étaient invités à les dominer.

Les relations sont vitales pour l’homme. L’auteur approfondit ce thème dans le second récit de la création parce que l’homme ne peut vivre sans entretenir ces relations. Elles sont essentielles pour sa vie d’où cette deuxième délibération complémentaire à la première : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul, je veux lui faire une aide qui lui soit accordée. » Notons que la création de l’homme en deux temps était déjà mentionné dans le premier récit : « à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. »68

Le thème de la relation avec Dieu a été développé au début du récit en mettant en avant la relation de l’homme avec la terre. Non seulement la terre a été faite pour lui mais sa présence sur la terre était indispensable parce que Dieu l’avait chargé de cultiver le sol. Nous savions que l’homme était l’image de Dieu mais à présent nous apprenons qu’il a été façonné par Dieu à partir de la poussière du sol ce qui signifie que s’il est l’image de Dieu, il n’est pas pourtant Dieu qui lui est Esprit.69 L’homme est une créature venant de la terre, le nom qui lui a été donné « l’adam » rappelle cette relation au sol qui se dit « adamah » en hébreu.

Cependant, l’homme contient en lui le souffle et l’Esprit de Dieu qui lui permettent d’être un être vivant à l’image de Dieu. Le même mot hébreu indique que Dieu donne à l’homme le souffle de vie et son Esprit. Cette association laisse entendre combien la relation avec Dieu est vitale pour l’homme.

Le complément de délibération divine concernant la création de l’homme, « Il n’est pas bon pour l’homme d’être seul. Je veux lui faire une aide qui lui soit accordée »67 est dévoilée dans un second temps pour expliciter la relation qui doit exister entre les êtres humains créés : « mâle et femelle. »68

66/ Genèse 2.18 – 67/ Genèse 1.26 – 68/ Genèse 1.27 – 69/ Jean 4.24.

UN SECOURS COMME VIS-À-VIS

Nous nous trouvons là devant une réelle difficulté. Non une difficulté par rapport au projet de Dieu mais une gêne par rapport à la manière dont les traducteurs ont formulé, en français, le projet de Dieu.

L’expression hébraïque « ezer kenègdo » a été traduite par « une aide qui lui soit accordée »,70 « une aide semblable à lui »,71 « une aide qui lui soit assortie »,72 « une aide qui lui corresponde »,73 « une aide qui lui convienne parfaitement »,74 « une aide qui sera son vis-à-vis ».75 La diversité des traductions françaises montre que l’expression « ezer kenègdo » n’est pas facile à traduire et que les traducteurs ont eu du mal à trouver la bonne formulation.

La traduction « une aide » en français indique « une simple assistance ». Elle crée un lien de subordination avec la personne aidée comme dans ces quelques exemples : aide-soignante, aide-ménagère, aide-maternelle, aide-comptable. Le texte biblique n’envisage pas ce type d’aide mais plutôt un soutien indispensable pour combler un état de solitude face aux décisions que l’homme devra prendre dans son existence.

« Une aide » est la traduction du mot « ezer » qui est, en hébreu, un masculin. La traduction de la Bible en français courant a osé une traduction qui s’approche du sens du mot hébreu : « Je vais le secourir en lui faisant une sorte de partenaire ».

Dans la Bible, le mot « ezer » est utilisé dans le sens de secourir une personne en grande difficulté, dont la vie est menacée. Le plus souvent ce mot est employé pour qualifier le secours apporté par Dieu lui-même. Plusieurs fois, ce mot est employé dans le livre des Psaumes pour solliciter l’intervention de Dieu dans un temps de détresse : « Nous attendons le SEIGNEUR : il est notre secours, notre bouclier. »76 « Moi, je suis pauvre et déshérité : ô Dieu, agis vite en ma faveur ! Tu es mon secours et mon libérateur : SEIGNEUR, ne tarde pas ! »77

Moïse avait appelé un de ses fils Éliézer, ce qui signifie « mon Dieu est secours » en voici la raison : « car c’est le Dieu de mon père qui est venu à mon secours et m’a délivré de l’épée du Pharaon. »78 Dans ce cas, l’intervention du secours était liée à une question de vie ou de mort.

Les différents emplois du mot « ezer » dans la Bible suggèrent que pour combler l’état de solitude de l’homme Dieu intervient en créant un être qu’il décrit comme indispensable et vital pour secourir l’homme. Étant donné que le mot « ezer » décrit le secours apporté par Dieu à l’homme, on ne peut pas associer ce terme à un lien de subordination entre eux.

L’autre terme de l’expression « kenègdo » n’indique pas plus un lien de subordination. Il faudrait le traduire par « comme un vis-à-vis devant (ou contre) lui ». Il s’agit de quelqu’un qui doit se tenir en face de l’homme, ce qui induit un rapport d’égalité entre les deux partenaires.

70/ Traduction œcuménique de la Bible – 71/ Bible Segond 1910 – 72/ Bible de Jérusalem – 73/ Bible Darby – 74/ Bible Parole de Vie – 75/ Nouvelle Bible Segond, Bible du Semeur – 76/ Psaumes 33.20 – La Nouvelle Bible Segond 77/ Psaumes 70.6 – La Nouvelle Bible Segond – 78/ Exode 18.4.

LA DÉSIGNATION DES ANIMAUX

Immédiatement après avoir mis en évidence le manque de l’homme et la solution que Dieu comptait y apporter, Dieu « modela du sol toute bête des champs et tout oiseau du ciel qu’il amena à l’homme pour voir comment il les désignerait ».79 Notons que la création des animaux est ici mise en relation directe avec la création de « l’adam ». Le même verbe « modeler » est utilisé pour décrire leur création. La même matière « le sol » sert à leur façonnage. « L’adam » et les animaux sont appelés « êtres vivants » avec exactement la même expression.80

La Bible reconnait par-là que les animaux et les humains sont extrêmement proches biologiquement parlant. Cependant quatre qualités propres à « l’adam » font de lui un être supérieur aux animaux :

  • Seul l’humain est « image de Dieu. »81
  • Seul l’humain reçoit le souffle de Dieu82 cela implique qu’il est un être réceptif à l’Esprit de Dieu et qu’il est aussi doué de parole à l’image de Dieu. En effet, souffle et parole sont intimement associés en Dieu : « Par sa parole, le SEIGNEUR a fait les cieux, et toute leur armée, par le souffle de sa bouche. »83
  • L’humain est un être responsable, il doit cultiver et garder le jardin.84
  • L’humain exerce une autorité sur les animaux.85 Dans le texte de Genèse 2, Dieu accorde cette domination à l’homme en lui demandant de les nommer, ce qui constitue un acte souverain. Donner un nom dans la pensée sémitique est une manière de dire que celui qui attribue le nom exerce un pouvoir sur celui qui est nommé.86 De plus, en demandant à l’homme de nommer les animaux Dieu lui demande d’agir comme lui-même a procédé lorsqu’il a nommé le jour, la nuit, le ciel, la terre et la mer.87

Dans ce contexte, en demandant à l’homme de nommer les animaux, Dieu lui propose implicitement de trouver « un secours comme vis-à-vis devant (ou contre) lui » parmi les animaux, mais cette tentative s’avère être un échec puisqu’après avoir passé en revue tous les animaux, il est écrit : « mais pour humain, il ne trouva pas de secours comme vis-à-vis ».88 Aucun animal ne s’est révélé apte à être « le secours comme vis-à-vis ». Cette impossibilité aurait pu être une cause de désarroi pour « l’adam » mais le créateur a un plan pour y remédier. Le fait d’être passé par l’étape « désignation des animaux » a permis à « l’adam » de prendre conscience que les animaux, même s’ils sont proches de lui, sont cependant tellement différents et inférieurs qu’aucun d’eux ne pourra combler son état de solitude.

79/ Genèse 2.19 – 80/ Comparer Genèse 2.7 et Genèse 2.19 – 81/ Genèse 1.26, 27 – 82/ Genèse 2.7 – 83/ Psaumes 33.6 – 84/ Genèse 2.15 – 85/ Genèse 1.26-28 – 86/ Pour montrer aux princes hébreux Daniel et ses compagnons qu’ils sont plus sous l’autorité du Dieu d’Israël, Nabuchonosor fait changer leur nom qui les placent dorénavant sous l’autorité des dieux de Babylone : « à Daniel il imposa celui de Beltshassar, à Hananya, celui de Shadrak, à Mishaël, celui de Méshak, et à Azarya, celui d’Abed-Négo » (Daniel 1.7) 87/ Genèse 1. 5, 8, 10 – 88/ Genèse 2.20 Traduction André Wénin « D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain » Édition du Cerf 2007 page 52.

LA FEMME : UN CÔTÉ DE « L’ADAM »

« Le SEIGNEUR Dieu fit tomber dans une torpeur l’homme qui s’endormit ; il prit l’une de ses côtes et referma les chairs à sa place. »89

Les traducteurs ont bien souvent retenu que Dieu avait prélevé une côte du corps de l’homme et que la femme avait été formée à partir de cet os. À partir de cette traduction, pendant des siècles, on a conclu que la femme était inférieure à l’homme. Le raisonnement était simple, l’homme étant la première créature de Dieu il était forcément supérieur à la femme qui avait un statut inférieur car elle a été créée dans un deuxième temps à partir d’un os que l’homme avait en surnombre et qui lui était inutile.

Lorsque nous considérons le mot hébreu « çela » utilisé dans le texte original, nous constatons que dans la Bible il désigne un côté, en particulier le livre de l’Exode90 attribué au même auteur que le livre de la Genèse selon la tradition biblique. Dans toute la Bible, ce mot ne désigne jamais une côte.

Lorsque la Bible a été traduite en grec au IIIe siècle avant notre ère, le traducteur a traduit « çela » par « pleura » qui signifie côté du corps. Ce mot « pleura » on le retrouve avec le même sens dans l’évangile de Jean : « Mais un des soldats, d’un coup de lance, le frappa au côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. »91 Lorsque le soldat a voulu s’assurer que Jésus était bien mort, il n’a pas frappé sur une côte mais bien sur l’un de ses côtés.

Il serait donc raisonnable de traduire le texte ainsi : « Élohim fit tomber une torpeur sur l’humain qui s’endormit, et il prit un de ses côtés et ferma la chair à sa place. »92 Pendant cette opération, Dieu a séparé les deux côtés de l’humain.

89/ Genèse 2.21 – 90/ Par exemple Exode 25.12 où il est question du côté de l’arche de l’alliance, Exode 26.27 pour les côtés du tabernacle – 91/ Jean 19.34 – 92/ Traduction André Wénin « D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain » Édition du Cerf 2007 pages 52, 53.

LA CONSTRUCTION DE LA FEMME

« Et Adonaï Élohim construisit le côté qu’il avait pris de l’humain en femme et il la fit venir vers l’humain. »93

Lorsque Dieu met à exécution son projet de faire « un secours comme un vis-à-vis », le verbe utilisé dans l’original est « construire » ou « bâtir ». En prenant un côté de « l’adam » pour construire le « vis-à-vis » Dieu montre qu’il y a une parfaite égalité entre l’homme et la femme comme cela était déjà suggéré dans Genèse 1.27, 28. En ayant recours au verbe « construire » pour décrire ce que Dieu fait, le texte indique que la femme n’est pas un clone de l’homme mais qu’elle est différente. Cette différence et cette égalité entre l’homme et la femme étaient déjà perceptibles dans l’expression choisie pour présenter le projet de Dieu : « Je lui ferai pour lui un secours comme un vis-à-vis »94 La préposition « comme » est suffisamment floue pour introduire des différences entre les deux êtres. Le vis-à-vis exprime l’idée qu’ils se font face ce qui sous-entend qu’ils sont égaux. Ajoutons encore que la traduction précise que l’expression en hébreu devrait être traduite par « un secours comme vis-à-vis devant (ou contre) lui ». Cela signifie que la femme doit se tenir « devant » c‘est à dire en face de l’homme ou « contre » lui c’est-à-dire très proche mais avec la nuance que la préposition « contre » introduit aussi l’idée d’opposition. Toutes ces précisions nous amènent à comprendre que la femme doit aider l’homme à rompre sa solitude même si elle doit s’opposer à lui. Avec la construction de la femme, Dieu achève la création de deux êtres incomplets qui auront besoin l’un de l’autre.

Le verbe dérivé de la même racine que « vis-à-vis » exprime la faculté de dire « rapporter, raconter, informer, communiquer ». Ce face à face entre l’homme et la femme est destiné à les inviter à communiquer entre eux dans le but de s’épanouir. Ensemble, ils pourront prendre une décision concernant l’interdit portant sur l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais.

93/ Genèse 2.22 – Traduction André Wénin « D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain » Édition du Cerf 2007 page 53 – 94/ Genèse 2.18 – Traduction André Wénin « D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain » Édition du Cerf 2007 page 52.

LE CRI DE « L’ADAM »

« L’homme s’écria : Voici cette fois l’os de mes os et la chair de ma chair, celle-ci, on l’appellera femme car c’est de l’homme qu’elle a été prise. »95

L’expression « os de mes os et chair de ma chair » décrit l’émotion de l’homme qui déclare sans ambiguïté par cette formule que la femme est de la même constitution que lui et qu’elle est intimement liée à lui.  Dans le monde biblique, cette formule est traditionnelle pour témoigner de l’existence d’un lien de parenté. Une expression très proche « tu es mon os et ma chair »96 est prononcée par Laban lorsqu’il comprend que Jacob est un membre de sa parenté, son neveu, le fils de sa sœur Rebecca.

C’est à ce moment que l’auteur du récit choisit de donner un nouveau nom à « l’adam » : « ish » qui est le masculin de « ishah » : femme. « Ishah » est le mot le plus souvent utilisé dans la Bible pour désigner une femme. Le mot « ish » est le plus souvent employé dans la Bible pour désigner un homme. Il a un sens proche du mot « adam ». Le mot « ish » dérive d’un verbe qui signifie « être faible, fragile ».

Le mot « adam » peut désigner un homme en particulier mais il a surtout le même sens que l’on donne en français au mot « homme » quand celui-ci est synonyme d’humain et qu’il englobe hommes et femmes. D’après le troisième récit de la création, la femme reçoit aussi le nom d’« adam » : « Le jour où Dieu créa l’homme, il le fit à la ressemblance de Dieu, mâle et femelle il les créa, il les bénit et les appela du nom d’homme (adam) au jour de leur création. »97

Bien que « l’adam » ait perdu son côté féminin, qui a été construit par Dieu comme un être autonome, l’auteur continue d’appeler l’homme « l’adam » alors qu’il avait été appelé « ish » au moment où il prenait conscience de la séparation de l’être féminin. Le maintien « l’adam » est peut-être pour rappeler son rattachement à la terre parce qu’il est fait de la poussière et que celle-ci évoque sa fragilité et sa vulnérabilité.

Trois fois dans le cri de « l’adam », la femme est désignée par le démonstratif celle-ci : « Celle-ci, cette fois, est os de mes os et chair de ma chair ; à celle-ci il sera crié « femme » car d’« homme » a été prise celle-ci ! »98 Il s’agit ici d’une réflexion intérieure de « l’adam » qui oppose la femme que Dieu lui a amenée à tous les êtres inférieurs qu’il a vu défilés devant lui. La locution « cette fois » exprime avec vivacité le contraste avec l’expérience qu’il vient de faire. Ces trois expressions traduisent la surprise, l’émotion et la joie de « l’adam » de découvrir la femme que Dieu lui a présentée.

Dans la tradition juive, le pronom démonstratif féminin « celle-ci » trois répété a été compris comme l’annonce d’une bénédiction car la bénédiction prononcée par Moïse commence avec le même pronom démonstratif féminin : « Voici (littéralement « et celle-ci ») la bénédiction que Moïse, l’homme de Dieu, prononça sur les fils d’Israël avant de mourir. »99

Toutes ces précisions dans le cri de « l’adam » confirment que la femme partage la même constitution que « l’adam » avec des caractéristiques féminines qui lui sont propres alors que « l’adam » n’a conservé de « l’adam » originel que les caractéristiques masculines et le nom qui deviendra plus loin dans le récit son nom propre : Adam.100

95/ Genèse 2.23 –  96/ Genèse 29.14 – 97/ Genèse 5.1, 2 – 98/ Traduction littérale de Genèse 2.23 – André Wénin « D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain » Édition du Cerf 2007 page 53 – 99/ Deutéronome 33.1 – 100/ À partir de Genèse 3.17.

UNE SEULE CHAIR

« Aussi l’homme laisse-t-il son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et ils deviennent une seule chair. »101

Cette parole souligne le rapport que Dieu a prévu entre un homme et une femme. Cette relation est si forte que le verbe « souder » a été employé, dans le texte original, pour la définir. Ce lien excessivement puissant rappelle le moment où l’humain originel était à la fois homme et femme. Dieu les a séparés pour qu’ils s’unissent à nouveau afin de redevenir une seule chair. L’expression « une seule chair » qualifie l’aboutissement de la relation d’amour qui unit un homme et une femme qui ont fait alliance par le mariage.

Dans ce contexte, le verbe « s’attacher » exprime une nouvelle relation qui est illustrée un peu plus loin dans le livre de la Genèse : « Il (Sichem) s’attacha de tout son être à Dina, la fille de Jacob, il se prit d’amour pour la jeune fille et lui parla cœur à cœur. »102

Comment cette intense relation d’amour entre le premier homme et la première femme va-t-elle évoluer pour leur permettre de se situer par rapport à l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais et dans leur relation avec Dieu ?

Cet attachement tel qu’il est formulé dans ce texte est si fort qu’il renferme un principe d’exclusivité des relations d’amour entre un homme et une femme ; implicitement, il fonde la monogamie.

Lorsqu’il a été demandé à Jésus s’il était possible de divorcer, voici ce qu’il a répondu : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni ! »103 Pour Jésus, cette parole n’était pas un simple commentaire mais une parole de Dieu.

On peut s’étonner que Dieu ait créé les humains en deux temps. L’humain « l’adam » dans un premier temps, puis l’homme (ish) et la femme (isha) dans un second temps. L’humain avait sans doute besoin de passer par l’étape de la solitude pour prendre conscience de son besoin de l’autre afin de l’accueillir et de partager pleinement sa vie avec lui (ou elle).

101/ Genèse 2.24 – 102/ Genèse 34.3 – 103/ Matthieu 19.5, 6.

ILS NE SE FAISAIENT PAS HONTE

« Tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, sans se faire mutuellement honte. »104

La traduction littérale de ce texte : « ils ne se faisaient pas honte », nous aidera à comprendre le sens de cette déclaration. Parler de la nudité à cet endroit ne pose à priori pas de problème. Pourquoi Moïse introduit-il la honte en conclusion de ce récit de la création de l’homme et de la femme. À ce stade, la honte n’a pas lieu d’être dans le jardin d’Eden et c’est bien ce que dit ce texte. Mais pourquoi l’évoquer ?

Dans la Bible, la nudité est très souvent associée à la honte. Quelques lignes plus loin, après la transgression, la nudité pose un problème à ce couple qui cherche à se couvrir avec des pagnes faits de feuilles de figuier.105

Dans un oracle, cité par le prophète Amos, la nudité symbolise la honte de celui qui a été vaincu : « le plus vaillant de ces héros s’enfuira, tout nu, ce jour-là – oracle du SEIGNEUR. »106

Dieu avait demandé au prophète Ésaïe de marcher nu et déchaussé pour annoncer le sort qui sera réservé aux prisonniers et aux déportés : « L’année où le généralissime, envoyé par Sargon, roi d’Assyrie, vint attaquer Ashdod et s’en empara… En ce temps-là, le SEIGNEUR avait parlé par le ministère d’Ésaïe, fils d’Amoç :  Va, lui avait-il dit, dénoue la toile de sac que tu as sur les reins, ôte les sandales que tu as aux pieds ; et il fit ainsi, allant nu et déchaussé. Le SEIGNEUR dit : Mon serviteur Ésaïe est allé nu et déchaussé pendant trois ans, signe et présage contre l’Égypte et contre la Nubie. De même, en effet, le roi d’Assyrie emmènera les prisonniers égyptiens et les déportés nubiens, jeunes gens et vieillards, nus et déchaussés, les fesses découvertes – nudité de l’Égypte ! »107

L’homme et la femme sont tous les deux nus mais ni l’un ni l’autre ne fait honte à son partenaire, aucune transgression n’a été commise, aucune défaite n’a été subie. Leur nudité ne pose aucun problème parce qu’elle n’est pas liée à une crise.

La Bible laisse entendre que lorsque l’être humain vit en communion intense avec Dieu son corps est resplendissant de lumière. Moïse lui-même a fait cette expérience : « Or, quand Moïse descendit du mont Sinaï, ayant à la main les deux tables de la charte, quand il descendit de la montagne, il ne savait pas, lui, Moïse, que la peau de son visage était devenue rayonnante en parlant avec le SEIGNEUR. Aaron et tous les fils d’Israël virent Moïse : la peau de son visage rayonnait ! Ils craignirent de s’approcher de lui. »108

Jésus a vécu une expérience similaire avec beaucoup plus d’intensité lors de sa transfiguration : « Il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. »109

Ce rayonnement de lumière sur les corps de Moïse et de Jésus symbolisait la communion avec Dieu qui est lumière.110 Leur état de communion avec Dieu était si intense qu’ils reflétaient la lumière de Dieu. Il est probable que les corps de l’homme et de la femme créés à l’image de Dieu reflétaient la même lumière et que la mention de leur nudité sans honte laisse entendre qu’ils étaient en communion avec Dieu.

104/ Genèse 2.25 – 105/ Genèse 3.7 – 106/Amos 2.16 – 107/ Ésaïe 20.2-4 – 108/ Exode 34.29-30 109/ Matthieu 17.2– 110/ 1 Jean 1.5.

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