La recherche scientifique et l'authenticité de la Bible. Est-il possible que des textes aussi anciens que ceux de la Bible aient pu parvenir jusqu'à nous sans altération ? Nos Bibles modernes correspondent-elles vraiment aux textes originaux ? Dès le 15e siècle, les premiers humanistes ont ouvert un vaste chantier, celui de la critique textuelle de la Bible, pour s'assurer que le texte n'avait pas été corrompu. De très nombreuses découvertes, résultat de recherches passionnées du texte original de la Bible, ou fortuites, principalement en Égypte et sur les rives de la mer Morte, nous permettront de faire le point sur l'authenticité du texte de la Bible.

Fragment de papyrus le plus ancien de l'Évangile de Jean 18.31-33 (année 125) provenant d'Égypte. Papyrus 457 recto - Bibliothèque John Rylands

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Résumé de la conférence

LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE ET L’AUTHENTICITÉ DE LA BIBLE

Réalisation : Bernard Cassard

NOS BIBLES SONT-ELLES FIDÈLES AUX TEXTES ORIGINAUX ?

Les textes originaux de la Exode 17.14

Exode 17.14
L'Eternel dit à Moïse : Consigne cela par écrit pour qu'on en garde le souvenir et déclare à Josué que j'effacerai le souvenir d'Amalec de sous le ciel.
n’ont jamais été retrouvés. Les textes de la Bible ont été recopiés par des copistes pendant des siècles. Ces textes auraient pu être corrompus, soit involontairement par des erreurs de copies ou par des oublis, soit intentionnellement par des ajouts ou des falsifications. Est-il possible de vérifier aujourd’hui que les textes de nos Bibles actuelles correspondent bien aux écrits originels ?

LES HUMANISTES ET LA TRANSMISSION DE LA BIBLE

Avec la Renaissance, la Bible entre dans une nouvelle phase de son histoire, celle de la critique textuelle.

Lorenzo Valla (1407-1457)

Lorenzo Valla est le premier à avoir mis en évidence que la Vulgate n’était qu’une traduction. Dans le « Collatio de Valla » écrit en 1442, il compara d’une manière scientifique le texte du Nouveau Testament de la Vulgate avec le texte grec. Il souligna plusieurs faux-sens ou contresens qui obscurcissaient la compréhension du message biblique en introduisant des interprétations erronées.

Son livre fut publié en 1505 par Érasme, qui avait découvert le manuscrit de Valla dans la Bibliothèque de l’abbaye du Parc, près de Louvain.

Didier Érasme de Rotterdam (vers 1469-1536)

Didier Érasme publia en 1516 une édition du Nouveau Testament où il comparait le texte de la Vulgate en latin avec le texte grec, et il proposait dans sa traduction latine plus de mille améliorations par rapport au texte de Jérôme.

Avec Érasme, la critique textuelle était née. Lui-même, et tous les savants qui lui succédèrent, s’efforcèrent de s’approcher le plus près possible du texte original en comparant le texte connu avec des manuscrits toujours plus anciens et en le corrigeant.

Franscico Jimenès de Cisneros (1436-1517)

Franscico Jimenès fonda en 1506 une université à Alcalá de Henares, à trente kilomètres de Madrid. Les trois langues de la Bible, l’hébreu, le grec et le latin, y étaient enseignées pour l’étude de la théologie. Pour une étude approfondie de l’Ancien Testament, on y ajoutait l’arabe et le chaldéen.

Jimenès fit imprimer à Madrid, en 1513, un Nouveau Testament bilingue en grec et en latin d’après la traduction de la Vulgate.

De 1514 à 1517, il fit imprimer une Bible polyglotte sur le modèle des Hexaples d’Origène du IIIe siècle en six volumes : quatre volumes pour l’Ancien Testament, un volume pour le Nouveau Testament et un volume de dictionnaires, grammaires et autres aides pour le lecteur. Pour l’Ancien Testament, le lecteur pouvait comparer le texte latin de la Vulgate avec le texte grec de la Septante et avec le texte hébreu. Pour les cinq premiers livres de la Bible, la version araméenne du Targum d’Onkelos fut ajoutée avec une traduction littérale latine.

Cette Bible est connue sous le nom de « Bible polyglotte de Complutum » (Complutum est le nom latin d’Alcalá). C’est l’une des Bibles les plus révolutionnaires de la Renaissance pour la comparaison des différentes versions de la Bible.

Pour des raisons ecclésiastiques, la diffusion ne commença qu’en 1520 pour le Nouveau Testament, sept ans après l’impression, et en 1522 pour la Bible polyglotte, huit ans après le début de l’impression.

Lefèvre d’Étaples (1435-1537)

En 1509 en France, Jacques Lefèvre d’Étaples commença par publier un Psautier en latin où il comparait cinq versions des Psaumes. Cette édition est complétée par des commentaires et des parallèles indiquant des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament.

La publication d’une traduction et d’un commentaire sur les épîtres de Paul par Lefèvre d’Étaples, en 1512, fut l’objet d’une condamnation par les docteurs de l’université de la Sorbonne et d’une mise à l’index par l’autorité du Vatican à Rome.

Pour avoir publié un commentaire des quatre Évangiles, Lefèvre d’Étaples fut condamné pour hérésie par la Sorbonne en 1521. Vu la difficulté de faire progresser la critique textuelle, il se réfugia à Meaux pour travailler à la traduction en français de la Bible entière. Il fit sa traduction à partir du texte latin de la Vulgate, tout en la comparant aux langues originales hébreu et grecque.

En juin 1523, son texte du Nouveau Testament fut publié. En fin de volume, il mentionnait les cinquante-neuf modifications qu’il avait apportées en suivant le texte grec. Ce travail de critique textuelle ouvrit la voie à une traduction directe en français d’après les textes originaux. En février 1526, la vente et la possession de ce Nouveau Testament furent interdites par un arrêté du Parlement de Paris.

En 1528, Lefèvre d’Étaples publia l’Ancien Testament à Anvers, car les traductions de la Bible en français ne pouvaient plus être imprimées en France à cause des interdits prononcés par les autorités.

La Bible complète en français fut publiée, toujours à Anvers, en 1530 et en 1534. Par fidélité aux textes originaux, Lefèvre d’Étaples prenait de plus en plus de distance par rapport au texte latin de la Bible de Jérôme. En 1541, après la mort de Jacques Lefèvre d’Étaples, une autre édition de cette Bible sortit de presse.

Robert Estienne (1503-1559)

Robert Estienne, imprimeur du roi François 1er, était très érudit. Il connaissait le latin, le grec et l’hébreu. Il se spécialisa dans l’impression de textes anciens dans ces trois langues. Il mit ses connaissances au service de la Bible et publia son premier Nouveau Testament grec en 1549. Il fit un travail du niveau d’un universitaire d’aujourd’hui en publiant une édition critique du Nouveau Testament grec en 1550. Plusieurs « lectures » du texte étaient proposées, basées sur la quinzaine de manuscrits qu’il avait pu étudier. Cette traduction fut longtemps utilisée comme texte de référence pour traduire le Nouveau Testament dans les langues courantes de l’époque.

Robert Estienne fut l’objet de plusieurs condamnations par les docteurs de la Sorbonne à cause de ses éditions de la Bible et de sa sympathie pour les idées de la Réforme. En 1551, il choisit l’exil à Genève pour continuer son travail. Il publia plusieurs Bibles en latin, dans les langues originales (hébreu, grec) et en français. C’est à lui que nous devons la division des chapitres en versets.

LA PROCLAMATION DE LA SUPÉRIORITÉ DE LA VULGATE

Alors que le texte de la Vulgate était de plus en plus contesté, l’Église catholique accorda à la version latine de Jérôme le statut de texte authentique et incontestable lors du concile de Trente, en 1546, et elle en défendit la supériorité en la déclarant fidèle aux textes originaux.

Le travail des humanistes rendait cette position de plus en plus insoutenable. Il fallait bien admettre que les copistes n’avaient pas toujours été très rigoureux et que le texte était fautif. Le pape Sixte Quint (1585-1590) demanda la révision de l’ensemble du texte, afin d’éditer une nouvelle version, qui fut publiée au Vatican en 1590.

La « Bible Sixtine » fut très rapidement rejetée par l’Église catholique elle-même. Elle fut remaniée à la demande du pape Clément VIII (1592-1605), qui ordonna une révision monumentale du texte latin de la Vulgate. Pendant 350 ans encore, la Vulgate « Sixto-Clémentine » continua à être la Bible officielle de l’Église catholique.

LES NOUVELLES TRADUCTIONS EN LANGUES VULGAIRES

Les quelques traductions partielles ou totales de la Bible qui purent être faites à partir du XIIe siècle étaient des traductions de la version latine de la Vulgate.

À partir du XVIe siècle, les réformateurs traduisirent la Bible en langue vulgaire à partir des textes originaux hébreu et grec, en se basant sur les travaux des humanistes.

La Bible en allemand

En septembre 1522, le Nouveau Testament en allemand contemporain et courant de Luther (1483-1546) fut publié à Wittenberg. Luther avait utilisé l’édition critique du Nouveau Testament grec d’Érasme publié en 1519. Il s’était fait aider de son ami Philipp Melanchthon, un jeune et talentueux professeur de grec.

Entre 1522 et 1529, le Nouveau Testament de Luther connut une cinquantaine de réimpressions.

À partir de 1523, Luther travailla à la traduction de l’Ancien Testament, qui fut publié en 1534.

La Bible en anglais

Wyclif (v.1328-1384), avait traduit la Bible en anglais. Cette traduction fut contestée par l’Église d’Angleterre. Les autorités décrétèrent qu’il faudrait dorénavant une autorisation du diocèse local pour traduire la Bible.

Tyndale (v.1494-1536) s’adressa à l’évêque de Londres pour obtenir l’autorisation de traduire la Bible en anglais contemporain. Suite au refus de l’évêque, Tyndale s’exila en Allemagne en 1524 pour continuer son travail. S’appuyant sur l’édition critique du Nouveau Testament grec d’Érasme et s’aidant de la traduction allemande de Luther, Tyndale termina sa traduction en anglais contemporain en 1525.

Lorsque les magistrats catholiques de Cologne apprirent que cette traduction allait bientôt sortir de presse, ils saisirent le matériel typographique des imprimeurs pour empêcher son impression. Tyndale dut s’enfuir avec quelques feuillets déjà imprimés. Il reste trente et un feuillets de cette traduction de Tyndale, qui sont conservés à la British.

L’année suivante, en 1526, Tyndale fit imprimer un Nouveau Testament en version de poche facilement dissimulable, pour que ces Nouveaux Testaments puissent se répandre clandestinement en Angleterre. Puis il commença à traduire l’Ancien Testament à partir du texte original hébreu. La traduction du Pentateuque parut en 1530 à Anvers. En 1535, il fut arrêté et enfermé dans la prison du château de Vilvoorde, au nord de Bruxelles. Il demanda à pouvoir obtenir ses instruments de travail pour continuer sa traduction. En août 1536, il fut condamné pour hérésie, garrotté et brûlé sur un bûcher à Vilvoorde.

Les amis de Tyndale rassemblèrent et complétèrent sa traduction, puis la firent imprimer. En 1538, cette Bible fut remise à Henri VIII qui s’était converti au protestantisme. Sans s’arrêter aux décisions ecclésiastiques qui interdisaient la diffusion de la Bible, le roi d’Angleterre décréta que la Bible devait être lue par tous ses sujets.

En 1607, Jacques 1er, roi d’Angleterre, voulut aller plus loin pour soutenir la diffusion de la Bible. Il demanda à cinquante-quatre savants et ecclésiastiques de faire une révision de la Bible anglaise, qui pourrait être certifiée par le sceau royal. Cette nouvelle version de la Bible fut imprimée en 1611. Plus des trois quarts de son texte provenaient de la traduction de Tyndale. Pendant 350 ans, elle s’imposa sous le nom de « Version autorisée » ou « Version du roi Jacques ».

La Bible en français

La décision de financer une traduction de la Bible en français fut prise par les Vaudois réunis en synode à Chanforans, dans le Val d’Angrogne, au Piémont, le 12 septembre 1532.

Pierre Robert Olivétan (1506-1538), cousin de Calvin et originaire de Noyon, dans l’Oise, avait commencé la traduction de la Bible pour son usage personnel. Après bien des hésitations, il accepta de continuer à travailler pour la publication d’une Bible française d’après les textes originaux. La publication fut faite en juin 1535 chez Pierre de Wingle, imprimeur à Serrières, près de Neuchâtel, en Suisse. Pierre Olivétan fit deux révisions de sa traduction, en 1536 et en 1538. Il mourut à Rome dans des circonstances obscures, lors d’un voyage en Italie, en août 1538.

LA VULGARISATION DE LA BIBLE EN EUROPE

Avec le XVIe siècle, en Europe, la Bible entre dans une nouvelle phase de sa transmission, celle de la vulgarisation. Une large diffusion de la Bible est rendue possible grâce aux techniques de l’imprimerie et aux traductions dans les langues vulgaires. Accessible au plus grand nombre, la Bible contribue au développement des langues européennes et à l’alphabétisation.

La Bible complète traduite à partir de l’hébreu et du grec est diffusée en hollandais en 1526, en allemand en 1534, en français en 1535, en anglais en 1537, en suédois en 1541, en espagnol en 1569 et en italien en 1607. À noter que les traductions française, espagnole et italienne ont été publiées en Suisse, à cause de l’hostilité religieuse à la traduction de la Bible en langue vulgaire.

LES PROGRÈS DE LA CRITIQUE TEXTUELLE

Après les travaux d’Érasme et de Robert Estienne, Théodore de Bèze (1519-1605), écrivain et théologien protestant français, apporta sa contribution pour l’élaboration d’un texte critique en grec, afin d’améliorer la traduction du Nouveau Testament dans les langues européennes. Il mit en évidence deux manuscrits bilingues du Nouveau Testament :

Le codex Claramontanus (VIe ou Ve siècle) qu’il acheta au monastère de Clermont en Beauvaisis, dans l’Oise. Ce codex est conservé aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de France (Paris, BnF, MSS Grec 107).

Le codex Bezae Cantabrigiensis (début du Ve siècle), qui est sans doute la copie d’un manuscrit du IIe siècle. Il fut acheté à Lyon en 1562 par Théodore de Bèze, qui le donna en 1581 à l’université de Cambridge où il se trouve toujours (Nn 2.41).

Après Théodore de Bèze, d’autres érudits continuèrent ce travail de critique textuelle. Ils permirent la publication en 1633 d’un texte grec du Nouveau Testament qui servit de base aux traductions du Nouveau Testament jusqu’au XIXe siècle.

À LA RECHERCHE DES PLUS VIEILLES BIBLES DU MONDE

Le XIXe siècle vit naître de nouvelles controverses au sujet de l’authenticité des textes de la Bible et de leur fiabilité. De nombreux travaux furent entrepris pour enlever doutes et suspicions. Les spécialistes recherchèrent et étudièrent tous les anciens manuscrits détenus par les bibliothèques européennes. Les premiers résultats de l’archéologie naissante au Proche-Orient donnèrent l’idée à plusieurs qu’il serait peut-être possible de découvrir des manuscrits plus anciens que ceux que l’on possédait en Europe.

Le codex Ephraemi Rescriptus

Constantin Von Tischendorf (1815-1874), jeune érudit allemand, s’est donné comme objectif de retrouver le texte original du Nouveau Testament. En 1842, il travaille à la Bibliothèque nationale de France, à Paris, sur le « Ephraemi Rescriptus ». Ce manuscrit est un palimpseste reproduisant le texte d’une partie d’une Bible grecque du Ve siècle, 64 feuillets pour l’Ancien Testament et 145 pour le Nouveau (Paris, Bnf, Ms Grec 9).

Malheureusement, au XIIe siècle, le parchemin avait été gratté et réutilisé pour écrire les œuvres de saint Ephrem en grec. Dès le XVIIe siècle, on s’était aperçu que ce manuscrit était un palimpseste car l’encre du texte biblique réapparaissait, mais personne n’avait été capable de lire le texte original. Après deux ans d’efforts, Constantin Tischendorf réussit l’exploit de déchiffrer et de reconstituer le texte biblique.

Le codex Sinaïticus

Tischendorf se rend au Proche Orient dès 1844, avec l’espoir de découvrir d’autres manuscrits. Ses recherches en Syrie, en Palestine et en Égypte ne lui permettent pas de trouver ce qu’il cherche. Alors qu’il s’est décidé à rentrer en Europe, il apprend qu’un monastère dans le Sinaï possède de très anciens manuscrits. Il se rend donc au pied du mont Sinaï, au monastère Sainte-Catherine datant du IVe siècle, où la tradition chrétienne a situé le don des dix commandements à Moïse.

La bibliothèque renferme d’innombrables trésors : des manuscrits anciens, des rouleaux de parchemins, des icônes. L’intérêt de Tischendorf se porte sur le contenu d’une corbeille à papier où les moines ont jeté des feuillets d’un manuscrit écrit en caractères grecs. En lisant le texte, Tischendorf comprend rapidement qu’il est en présence d’une partie d’un manuscrit de la Bible en langue grecque de la version des Septante, écrit sur quatre colonnes.

Tischendorf demande aux moines la permission d’emporter en Europe les 129 feuillets récupérés dans la corbeille. Après bien des discussions, les moines acceptent de lui remettre le tiers des manuscrits, soit 43 feuillets, qu’il dépose à la Bibliothèque universitaire de Leipzig, en Allemagne.

En 1853, Constantin Tischendorf retourne au monastère Sainte-Catherine. Il espère récupérer les feuillets qu’il a laissés avec regret neuf ans plus tôt. Aucun moine ne se souvient de ces manuscrits ! Notre savant entreprend donc de nouvelles recherches dans le monastère. Il découvre un morceau de parchemin avec quelques versets du livre de la Genèse, ce qui lui permet de penser que la Bible qu’il recherche est probablement complète.

Six ans plus tard, en 1859, Tischendorf retourne une troisième fois au monastère Sainte-Catherine, mais cette fois avec l’appui du Tsar de Russie qui est aussi le protecteur de l’Église orthodoxe dont dépend le monastère. Tischendorf l’a convaincu d’organiser et de financer une expédition au Proche-Orient pour retrouver d’anciens manuscrits bibliques.

Après douze jours de recherches, Tischendorf s’apprête à repartir en Europe. Les moines ne savent toujours rien sur cette Bible et sur les manuscrits découverts quinze ans plus tôt. La veille de son départ, l’économe du monastère l’invite dans sa cellule et lui montre une pile de feuillets. Tischendorf reconnaît immédiatement les manuscrits de sa première découverte, auxquels sont venus s’ajouter d’autres feuillets, en tout 390 sur les 720 que formait la Bible complète. 330 feuillets ont été perdus par l’ignorance et la négligence des moines.

Après des mois de négociations, Tischendorf peut présenter le codex au Tsar de Russie. En échange, le monastère reçoit neuf mille roubles du trésor impérial.

Le codex Sinaïticus est resté à la Bibliothèque impériale de Russie jusqu’en 1933, date à laquelle il a été acheté par le British Museum au gouvernement soviétique qui n’était guère intéressé par les manuscrits bibliques.

Aujourd’hui, la plus vieille Bible du monde est conservée dans quatre bibliothèques et pays différents : à la bibliothèque du monastère Sainte-Catherine, qui a conservé quelques feuillets, à la Bibliothèque nationale de Russie qui possède encore quelques fragments (Saint-Pétersbourg, Bibliothèque nationale de Russie, MS gr. 259), à la Bibliothèque universitaire de Leipzig (Leipzig, Universitätsbibliothek MS gr. 1) qui conserve les quarante-trois premiers feuillets amenés en Europe, et à la British Library (Londres, British Library, Add. MS 43725) qui possède la plus grosse partie de cette Bible.

Le codex Vaticanus

En 1866, Tischendorf travaille sur une autre ancienne Bible, le codex Vaticanus, qui date de l’année 350 environ. Le texte est écrit sur trois colonnes. La version de la Septante a été utilisée pour l’Ancien Testament dont il manque des parties importantes de la Genèse et des Psaumes. Le texte du Nouveau Testament est complet jusqu’au verset 14 du chapitre 9 de l’épître aux Hébreux, le texte a été complété par un copiste du XVe siècle.

Ce parchemin entre à la Bibliothèque apostolique du Vatican entre 1475 et 1481. Comme d’autres manuscrits, ce codex est arrivé en Europe occidentale avec les chrétiens hellénistes qui se sont exilés suite à la prise de la ville de Constantinople en 1453 par les musulmans (Vatican, Biblioteca apostolica Vaticana, MS grec 1209).

Le codex Alexandrinus

Le codex Alexandrinus est une Bible écrite en grec sur deux colonnes et datant de l’an 450 environ. Cette Bible est originaire d’Alexandrie, en Égypte, d’où le nom du codex. Le codex Alexandrinus a été conservé à Constantinople de 1098 à 1624 ou 1628, époque où le patriarche de Constantinople Cyrille Loukaris l’a offert à Jacques 1er d’Angleterre. Il est aujourd’hui à la British Library (Londres, British Library, Royal 1 D. VIII).

Cette Bible contient l’Ancien Testament dans la version des Septante, et le Nouveau Testament avec de grandes lacunes. Ainsi, pour l’Évangile de Matthieu, nous n’avons que les chapitres 27 et 28. Mais c’est le meilleur témoin dont nous disposons pour le livre de l’Apocalypse.

Pour permettre à tous les chercheurs qui le souhaitaient d’accéder à une copie exacte d’une Bible ancienne, le British Museum fit réaliser un fac-similé photographique du codex Alexandrinus qui fut publié en quatre volumes de 1879-1883. Quelques années plus tard, des fac-similés des autres anciens manuscrits bibliques furent publiés : le codex Vaticanus en 1889-1890 ; le codex Bezae en 1899, et le codex Sinaïticus en 1911-1922.

La production de ces fac-similés montre tout l’intérêt qu’avaient ces plus vieilles Bibles du monde pour la recherche du texte biblique originel, durant la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Cet intérêt n’a pas diminué puisqu’en juillet 2008, les premières recherches scientifiques pouvaient être effectuées en consultant les feuillets du codex Sinaïticus sur le site http://www.codexsinaiticus.org.

QUAND LES FOUILLES ARCHÉOLOGIQUE APPORTENT LEUR CONTRIBUTION À LA RECHERCHE BIBLIQUE

Plusieurs critiques du XIXe siècle émettaient des doutes quant à la date de rédaction des Évangiles.

Le Diatessaron

Pour répondre à ce nouveau courant de scepticisme, il fallait prouver que les quatre Évangiles existaient déjà au IIe siècle. Plusieurs savants recherchèrent alors des témoins du Diatessaron. Ce document, réalisé par Tatien, était une compilation des quatre Évangiles utilisée dans les communautés chrétiennes en 172.

En 1880, le théologien américain Ezra Abbot comprit, à partir de l’étude des citations du Diatessaron dans les œuvres latines d’Ephraïm (306-373), qu’un manuscrit oriental médiéval de la Bibliothèque du Vatican était une copie intégrale du Diatessaron en langue arabe (Vatican, Biblioteca apostolica Vaticana, Cod. Arab. 14). Cette découverte apportait la preuve que le Diatessaron avait bien existé et que, par conséquent, la rédaction des quatre Évangiles était antérieure à 172.

En 1933, sur le site de la ville de Doura Europos, en Syrie, sur le bord de l’Euphrate, les archéologues découvrirent un fragment du Diatessaron écrit en grec. Ce parchemin de quinze lignes est une citation de Matthieu 27.56 complétée par les trois autres Évangiles. Ce fragment est actuellement conservé à la Bibliothèque de l’université de Yale (Yale, Beinecke Library, Dura Parch 24). L’ancienneté du parchemin est attestée par la disparition totale de la ville de Doura Europos en 256 et 257, et par la forme de l’écriture qui a été datée du IIe siècle.

En 1957, Chester Beatty acheta un manuscrit avec la traduction en syriaque de plus de la moitié du Diatessaron (Dublin, Chester Beatty Library, MS Syc 709).

Ces découvertes apportèrent la certitude que les quatre Évangiles avaient bien été rédigés dès le début du IIe siècle.

Les manuscrits des bibliothèques des monastères égyptiens

Le XIXe siècle et le début du XXe furent particulièrement riches en découvertes de papyrus datant du IIe au IVe siècle.

Plusieurs universités et quelques grandes bibliothèques de l’Europe occidentale et des États-Unis entreprirent des expéditions à la recherche d’anciens papyrus dans les monastères coptes en Égypte.

Monastère de Sainte-Marie Deipara dans le désert de Nitri

Le révérend Henry Tattam (1789-1868), archidiacre de Bedford, découvre en 1842 des centaines de manuscrits dans le monastère abandonné de Sainte-Marie Deipara, dont l’une des plus anciennes Bibles syriaques (Londres British Library, Add. MS. 14425).

Monastère Bishoi dans le Ouadi Natroum

Ce monastère a été fouillé en 1842 par Henry Tattam. Ces papyrus sont aujourd’hui à la John Rylands Library, à Manchester. Les fouilles furent poursuivies en 1870 par la Bibliothèque de l’université de Göttingen, en 1873 par la British Library, et en 1959 par la Bibliothèque universitaire de Hambourg.

Monastère blanc près de Sohag

En 1883, 9 000 fragments de manuscrits en copte furent extraits des ruines du monastère Blanc près de Sohag, pour le compte de la Bibliothèque nationale de France.

Les découvertes du Fayoum

Vers 1887, un lot important de papyrus venant de l’ancienne ville d’Arsinoé, dans le Fayoum, relança la chasse aux papyrus en Égypte. Tanis, Hermopolis et Éléphantine furent aussi l’objet de fouilles.

Des fouilles furent organisées par l’université d’Oxford en 1896 et en 1897 à Oxyrhinque, célèbre pour ses églises et ses monastères du IVe et du Ve siècle. Bernard Grenfell et Arthur Hunt dirigèrent ces fouilles. Une centaine d’ouvriers furent employés pour creuser et dégager les manuscrits qui étaient ensuite stockés, chaque jour, dans trente-six paniers. Les manuscrits rassemblés étaient pour la plupart des copies de textes bibliques datant de 200 à 400. Ils furent envoyés à l’Ashmolean Museum d’Oxford et au British Museum. Le plus ancien est un texte de Matthieu 23.30-39 datant des années 200 environ (Oxford, Ashmolean Museum, P. Oxy. 2683).

Les papyrus des collectionneurs privés

Les marchands d’antiquités égyptiens comprirent que les manuscrits pouvaient devenir pour eux une grande source de gain. Ils organisèrent leurs propres fouilles pour pouvoir revendre ces manuscrits à des collectionneurs. Inconvénients majeurs de ce nouveau commerce : le prix des manuscrits était élevé et leur origine exacte restait inconnue, les antiquaires voulant préserver leurs sources.

L’épître de Tite

L’archéologue Arthur Hunt acheta, pour le compte de la Bibliothèque John Rylands, un papyrus datant du IIe siècle qui contient le 1er et le 2e chapitre de l’Épître de Tite en langue grecque (Manchester, The John Rylands University Library, Greek Papyrus 5).

Le fragment de l’Évangile de Jean 18.31-33 ; 37-38

La Bibliothèque John Rylands acheta au Caire, en 1920, plusieurs centaines de fragments de papyrus. Parmi ces fragments, un tout petit fragment (7 cm x 9 cm) qui est un témoin extrêmement précieux pour la datation de la rédaction de l’Évangile de Jean. Le fragment est écrit des deux côtés, ce qui indique qu’il s’agit d’un morceau de feuille d’un codex. On peut y lire sur sept lignes le texte de Jean 18.31-33 sur le recto, et Jean 18.37-38 sur le verso. Les spécialistes l’ont daté de l’année 125.

Si l’Évangile de Jean était connu dans la vallée du Nil aux environs de l’année 125 alors qu’il a été écrit en Asie, cela prouve que le quatrième Évangile a bien été composé avant la fin du 1er siècle. La date de 95 traditionnellement proposée semble correcte. Ce fragment est le plus ancien témoin d’un texte du Nouveau Testament (Manchester, The John Rylands University Library, Greek Papyrus 457).

Le codex des lettres de Paul

En 1931, l’ingénieur des mines américain Chester Beatty (1875-1968) acheta douze codex chrétiens partiels ou complets, dont le plus grand nombre est plus ancien que le codex Sinaïticus. Les notes marginales sont rédigées dans le dialecte copte parlé dans le Fayoum. Cet indice pourrait dévoiler l’origine des manuscrits. L’un des codex a pu être daté de l’an 200. Écrit en grec, il contient la plus ancienne collection des épîtres de l’apôtre Paul. Malheureusement, il manque la Deuxième Épître aux Thessaloniciens et l’Épître à Philémon (Dublin, Chester Beatty Library, BP II, P46).

Le codex des quatre Évangiles et du livre des Actes

Un codex de la collection de Chester Beatty daté des années 250, contenant les quatre Évangiles et le livre des Actes des apôtres, prouve que ces livres ont été compilés bien avant ce qu’avaient imaginé les spécialistes (Dublin, Chester Beatty Library, BP I, P 45).

Les papyrus de la collection de Martin Bodmer

Le Docteur Martin Bodmer, un collectionneur suisse d’origine zurichoise, constitua une bibliothèque privée à proximité de Genève pour présenter les œuvres les plus remarquables de la littérature universelle mondiale. En 1953, il acquit 1 800 pages de manuscrits comprenant neuf rouleaux et vingt-neuf codex. Les spécialistes purent établir que les plus anciens documents dataient du IIe siècle, et les plus récents du VIIe siècle.

Plusieurs hypothèses ont été émises pour expliquer l’origine de ces papyrus :

– Pressé de vendre ses manuscrits et pour être certain de vendre le tout, l’antiquaire aurait pu regrouper une collection d’écrits classiques et profanes et une collection de textes bibliques.

– L’ensemble de la collection aurait appartenu à un lettré égyptien converti au christianisme. Il s’agirait d’une bibliothèque privée.

– Une troisième suggestion a été faite : Constatant que les dialectes employés couvrent la presque totalité de la vallée du Nil et que l’un d’eux est particulièrement archaïque, l’idée a été émise que ces manuscrits seraient des originaux d’un scriptorium, utilisés pour produire des copies. Ils auraient été enfouis parce que devenus hors d’usage.

Les papyrus écrits en langue grecque de la collection Bodmer sont particulièrement importants pour la recherche biblique car ils sont très anciens.

Le codex de l’Évangile de Jean

Le plus remarquable de ces codex est un Évangile de Jean pratiquement complet avec 75 folios conservés sur 78 et datant de l’an 200 environ (Cologny, Fondation Martin Bodmer, P.B II).

Les autres codex grecs

Le codex contenant une partie des Évangiles de Luc et de Jean, soit 51 folios sur 72, date du début du IIIe siècle (Cologny, Fondation Martin Bodmer, P.B. XIV-XV).

La Fondation Bodmer possède le plus ancien manuscrit connu des deux Épîtres de Pierre et de l’Épître de Jude. Il date de la fin du IIIe siècle ou du IVe siècle. (Cologny, Fondation Martin Bodmer, P.B. VIII).

Les manuscrits coptes

Dans sa collection de manuscrits coptes, la Fondation Martin Bodmer possède une excellente copie d’une partie de l’Évangile de Matthieu sur parchemin datant du IVe ou du Ve siècle (Cologny, Fondation Martin Bodmer, P.B. XIX).

L’apport des papyrus pour la critique textuelle

Alors que pendant des siècles, la Bible a été transmise par copies manuelles, des divergences minimes apparaissent entre les manuscrits des différentes époques. Les spécialistes de la transmission du texte arrivent à repérer les manuscrits fautifs et apportent les corrections nécessaires.

Les manuscrits récupérés des ruines des monastères égyptiens ou extraits du sol des déserts ont permis de nous rapprocher un peu plus de l’époque où les autographes ont été rédigés.

Nous pouvons être tout à fait certains que le texte du Nouveau Testament que nous avons reçu est sans faille depuis le IIe siècle. Il est au plus près du texte original. Dans le cas peu probable où nous serions par hasard en possession d’un manuscrit écrit de la main de l’un des auteurs du Nouveau Testament, nous ne serions pas capables de le reconnaître en tant que tel !

LES GRANDES DÉCOUVERTES POUR L’ANCIEN TESTAMENT

Le papyrus Nash

Le papyrus Nash a été daté du IIe ou du Ier siècle av. J.-C. Il est probablement originaire du Fayoum. Monsieur W.L. Nash, secrétaire de la Société Biblique et Archéologique, l’a acheté à un antiquaire égyptien en 1902. Ce papyrus est considéré comme étant le plus ancien témoin de la Bible hébraïque sur papyrus.

Ce manuscrit contient deux textes particulièrement importants de l’Ancien Testament : le décalogue (Exode 20.1-17) et le texte connu sous le nom de « Shéma Israël » (Deutéronome 6.4-9) auxquels il faut ajouter quelques versets de Deutéronome 5.6-21. Ce document exceptionnel est conservé aujourd’hui à la Bibliothèque de l’université de Cambridge (Cambridge University Library, Or.233).

Ce remarquable manuscrit ne confirme que quelques phrases de l’Ancien Testament, mais il a permis de faire un grand saut dans le temps, car jusqu’au début du XXe siècle, les seuls manuscrits hébreux complets ou relativement importants en notre possession dataient du Xe siècle de notre ère. Ces grands manuscrits sont appelés « manuscrits massorétiques ».

Les grands manuscrits massorétiques

Le manuscrit de Léningrad daté de 1009

Ce manuscrit contient l’ensemble du texte de l’Ancien Testament. La date 1008-1009 et le nom du copiste Aaron ben Moïse Ben Asher sont indiqués sur le colophon. La famille Ben Asher est l’une des grandes familles de copistes qui a transmis le texte biblique pendant plusieurs générations. Ce texte est encore utilisé aujourd’hui comme texte de référence pour les traductions de l’Ancien Testament. Le codex de Léningrad contient quelques feuillets enluminés (Saint-Pétersbourg, Bibliothèque nationale de Russie, MS B19a).

Le Codex d’Alep daté de 930

Pendant longtemps, le codex d’Alep fut conservé dans la crypte d’Élie de la grande synagogue sépharade d’Alep. Ce manuscrit aurait été aux mains des croisés et aurait séjourné au Caire et à Cordoue. Aujourd’hui, il est déposé au Musée d’Israël à Jérusalem. Complet à l’origine, le manuscrit a été endommagé par un incendie dans des émeutes antijuives à Alep en 1947. 294 folios ont été préservés sur les 380 à l’origine (les livres de la Genèse au Deutéronome et du Cantique des Cantiques à Esaïe ont été perdus). Ce manuscrit est considéré par les savants comme le manuscrit le plus fidèle à la tradition des Ben Asher. On peut le dater de 910-930.

Autres manuscrits massorétiques

Le Pentateuque de Londres

Le Pentateuque conservé à Londres et datant du début du Xe siècle est un autre témoin des manuscrits massorétiques (Londres, British Library, Or. MS 4445).

L’adjectif « massorétique » a été construit de l’hébreu « masar » qui signifie transmettre, enseigner. La Massore est un ensemble de règles de prononciation, d’épellation et d’intonation qui a été élaboré pour préserver et transmettre correctement le texte biblique. Les docteurs juifs appelés massorètes étaient soucieux de transmettre le texte biblique en hébreu selon la tradition qu’ils avaient reçue. Les premiers massorètes sont apparus au VIIe siècle. Plusieurs générations de copistes se sont succédé jusqu’au XIe siècle pour recopier le texte biblique. La première tâche des massorètes a consisté à travailler à l’établissement d’un texte unique de la Bible hébraïque, en recherchant les meilleurs manuscrits existant à leur époque.

À l’origine, les textes bibliques étaient rédigés uniquement avec des consonnes et sans ponctuation, comme nous pouvons encore le voir sur les manuscrits retrouvés à Qumrân. Lorsque le texte était lu, les voyelles étaient réintroduites oralement par le lecteur. Une même association de consonnes pouvait être prononcée différemment, ce qui avait pour conséquence de rendre le texte ambigu par l’introduction de sens différents.

Sans modifier le texte consonantique mais en ajoutant des signes au-dessus, au-dessous ou dans les consonnes, les massorètes ont indiqué d’une manière définitive la prononciation qu’ils avaient reçue, imposant une seule lecture possible. Ils ont noté dans les massores, en marge du texte biblique, plusieurs informations destinées à éviter des erreurs lors des futures copies. Les petites massores, dans les marges de côtés, signalent d’une manière très précise les anomalies graphiques ou grammaticales contenues dans le texte. Pour permettre des vérifications, les grandes massores, en haut et en bas de chaque page, indiquent le décompte des mots et des lettres.

Le codex des Prophètes de Saint-Pétersbourg

Le codex des Prophètes de Saint-Pétersbourg est un manuscrit massorétique qui contient uniquement une partie des livres prophétiques de la Bible hébraïque d’Isaïe à Malachie, d’où son nom (Saint-Pétersbourg, Bibliothèque nationale de Russie).

Ce manuscrit est aussi connu sous le nom de codex de Firkowich, rappelant le nom de celui qui l’a découvert, dans une synagogue de Crimée en 1839, et qui l’a apporté à Saint-Pétersbourg en 1839. Ce manuscrit porte un troisième nom, le codex Babylonicus, parce qu’il est ponctué avec la méthode dite babylonienne. Le colophon précise que le manuscrit a été écrit, ponctué et muni d’une massore par Samuel ben Jacob, à partir des livres corrigés et copiés par le maître Aaron ben Moïse Ben Asher, avec l’indication de la date 916.

Le codex du Caire

Le plus ancien manuscrit massorétique connu est le codex du Caire, daté de 896. Il contient les Prophètes, selon l’acception du terme dans le canon palestinien, ce qui inclut les livres historiques de Josué à 2 Rois. Il a été copié par Moïse Ben Asher. En 1099, ce manuscrit a été confisqué par les croisés aux Juifs qaraïtes de Jérusalem. Ensuite, il est devenu la propriété des Juifs qaraïtes du Caire. Il est conservé aujourd’hui dans la synagogue qaraïte du Caire.

L’ABSENCE DE MANUSCRITS HÉBREUX PLUS ANCIENS

Les textes de la Bible ont été copiés sur du papyrus ou du parchemin, matériaux ayant une excellente tenue mais ne résistant pas à l’usure du temps, suite aux multiples manipulations pour la lecture publique ou l’étude des textes. Ces Bibles finissent par être endommagées et il faut les remplacer par de nouvelles copies.

Les Massorètes ont fait un travail remarquable pour la conservation du texte biblique et nous devons les admirer pour cela. Cependant, pour mieux imposer leur travail, ils ont détruit massivement des manuscrits antérieurs qui n’étaient pas de leur école.

Pour les Hébreux, le nom de Dieu est sacré. Jeter les manuscrits portant le nom de Dieu constitue une profanation. Lorsque les manuscrits étaient hors d’usage, ils étaient stockés dans une « genizah » avant d’être enterrés dans un cimetière, avec les mêmes égards que pour un être humain. Parfois, ils étaient brûlés.

Le mot « genizah » est la transcription d’un terme araméen qui peut être traduit par « cacher » ou « être précieux ». C’était un local attenant à la synagogue.

LA DÉCOUVERTE DE LA GENIZAH DU CAIRE

En 1890, lors de travaux de réfection de la synagogue Ben Ezra du vieux Caire, les ouvriers découvrirent une genizah qui avait été murée et oubliée. La synagogue Ben Ezra du vieux Caire est une ancienne église copte dédiée à saint Michel, achetée en 882 par les Juifs qaraïtes et transformée en synagogue, époque à laquelle la genizah fut construite. Il est possible qu’avant la construction de l’église chrétienne, l’emplacement ait été occupé par une synagogue rattachée par la tradition à Élie et à Moïse. Cette synagogue aurait été détruite par les Romains.

Après la découverte de la genizah, dès 1891, des marchands d’antiquité la fouillèrent. Il fallut attendre 1896 pour qu’un travail scientifique soit entrepris. Il dura jusqu’en 1898. Deux universitaires de Cambridge rassemblèrent des dizaines de milliers de fragments de manuscrits pour le compte de la bibliothèque de leur université.

La genizah, qui semble n’avoir jamais été vidée de son contenu, couvre une période de dix siècles environ, allant de l’an 871, pour le plus ancien manuscrit, au XIXe siècle, pour les trois documents les plus récents.

En tout, 200 000 fragments de manuscrits furent dénombrés, parmi lesquels des textes bibliques en hébreu, en araméen et en arabe : un véritable trésor ! Le contenu de cette mine extraordinaire peut-être comparée aux célèbres manuscrits de la mer Morte.

LES MANUSCRITS DE LA MER MORTE

La révolte des zélotes contre l’occupant romain en 66 se termina par une répression d’une extrême violence qui entraîna la destruction de Jérusalem et de son Temple en 70, et s’acheva par le tragique siège, en 73, de la forteresse de Massada installée sur un rocher au sud de la mer Morte.

Environ dix-neuf siècles plus tard, en 1947, une découverte archéologique exceptionnelle se produisit sur le bord de la mer Morte. Des jarres remplies de manuscrits furent trouvées dans une grotte du désert de Juda. Ces documents exceptionnels sont en lien direct avec la révolte de 66.

Plusieurs versions rapportant la découverte de la grotte à manuscrits ont été données, si bien que l’on ne connaît pas exactement les circonstances de cette découverte. Ce qui est sûr, c’est que les bédouins de la tribu des Ta’âmireh découvrirent cette fameuse grotte en 1947, et que huit jarres complètes avec couvercle jonchaient le sol, entourées des restes d’une cinquantaine d’autres qui étaient cassées.

Les bédouins emportèrent avec eux trois rouleaux de cuir couverts de signes étranges. Ils vendirent leur butin pour quelques dollars à un cordonnier antiquaire de Bethléem, Khalîl Iskandar Sahîn dit ‘Kando’. Chrétien d’origine syrienne, l’antiquaire apporta les rouleaux au couvent Saint-Marc de Jérusalem pour essayer d’en percer les mystères et pour les vendre.

Le 23 novembre 1947, par l’intermédiaire d’un antiquaire arménien, une rencontre eut lieu à la porte de Jaffa, avec le professeur Eléazar Sukenik, de l’université hébraïque, pour expertiser les manuscrits. Cette première rencontre eut lieu par-dessus les barbelés, la région étant en guerre. Une semaine plus tard, après plusieurs rencontres et expertises, les trois rouleaux étaient achetés pour le compte de l’université hébraïque.

L’un des rouleaux fragmentaire contenait une partie du texte du prophète Isaïe. Quatre autres rouleaux de manuscrits furent achetés aux bédouins par Mar Samuel, l’archevêque du monastère syrien de Jérusalem, qui les fit expertiser par l’université hébraïque pour en connaître la valeur. L’université hébraïque proposa à Mar Samuel d’acheter les manuscrits, mais il refusa et préféra confier les rouleaux, pour une nouvelle expertise, à l’École américaine de recherche orientale. Au mois de février 1948, les manuscrits furent photographiés et les photos furent envoyées aux États-Unis.

Avec la création de l’État d’Israël le 14 mai 1948, la guerre redoubla et Mar Samuel partit s’installer aux États-Unis où il pensait vendre ses rouleaux à un bien meilleur prix. Finalement, six ans plus tard, l’archevêque était toujours en possession de ses rouleaux. Pour les vendre, il passa anonymement une petite annonce dans le « Wall street journal » du 1er juin 1954. On pouvait lire : « Collection à vendre, manuscrits bibliques datant d’au moins 200 ans av. J.-C. », entre une annonce pour des fourneaux et une autre pour des postes à souder !

Grâce à un intermédiaire, Yigael Yadin, fils du professeur Sukenik, réussit à acheter les quatre rouleaux pour l’État d’Israël, pour la somme de 250 000 dollars. Parmi ces rouleaux, il y avait un commentaire du livre du prophète Habacuc, un manuel de discipline appelé aussi la Règle de la communauté, un apocryphe de la Genèse et surtout un rouleau complet du livre du prophète Ésaïe. Le texte était écrit sur 54 colonnes, 17 feuilles de cuir étaient cousues ensemble bout à bout, d’une longueur totale d’environ 7,30 m.

Lorsque la guerre judéo-arabe prit fin en juillet 1948, la région de Qumrân fut prospectée et la grotte aux manuscrits fut repérée. Les fouilles permirent de rassembler 600 fragments de manuscrits. Le site de Khirbet Qumrân à proximité de la grotte fut fouillé de 1951 à 1956 sous la conduite du père dominicain Roland de Vaux de l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem. Ces fouilles permirent de découvrir, parmi différents objets de la vie domestique, des encriers et des éléments d’un scriptorium.

Pendant que les archéologues travaillaient à Qumrân, les bédouins découvrirent d’autres grottes contenant des manuscrits qu’ils vendirent aux antiquaires de Jérusalem, ce qui incita les archéologues à étendre leurs recherches et à fouiller de nouvelles grottes : 180 grottes furent fouillées, 11 contenaient des manuscrits.

L’expression « les manuscrits de la mer Morte » recouvre l’ensemble des manuscrits retrouvés dans les grottes près de Qumrân, dans celles du Wadi Murabba’at ainsi que dans les grottes du Nahal Hever, et sur le site de la forteresse de Massada. Deux des manuscrits trouvés dans la forteresse de Massada étaient cachés dans le sol de la synagogue.

Dans la grotte n° 3, les archéologues découvrirent un rouleau cassé en deux fait d’une feuille de métal. Très oxydé, le rouleau portait des traces d’inscriptions. Des années après, ce rouleau se révéla être le plus mystérieux des manuscrits découverts. Il relate la description et la localisation d’un trésor caché en différents lieux du pays d’Israël.

La grotte n° 4, explorée également par les bédouins, révéla les plus importantes découvertes. Cette cavité est artificielle, elle a été creusée à la main dans les marnes de la terrasse, à une centaine de mètres du site de Qumrân. La diversité des 15 000 fragments qui ont été récupérés dans cette grotte démontre que celle-ci avait été utilisée pour entreposer environ 600 rouleaux provenant peut-être d’une bibliothèque. Ou bien était-ce une sorte de Genizah pour manuscrits endommagés ? Cette grotte contenait des fragments de livres de la Bible, des fragments de commentaires de livres bibliques, des fragments de livres apocryphes et des livres propres à la communauté religieuse qui vivait à Qumrân.

Dans la grotte n° 11, les bédouins semblent avoir découvert deux manuscrits importants. Le rouleau du Temple est le plus long des rouleaux retrouvés, avec 67 colonnes d’écriture, soit 8,75m. Il décrit le temple idéal avec ses règles de fonctionnement, concernant en particulier la pureté, les sacrifices et la liturgie. Le second manuscrit est un rouleau des Psaumes.

À Jérusalem, un musée, la maison du Livre, a été créé pour souligner l’importance de cette découverte extraordinaire et pour conserver les principaux rouleaux qui ont traversé les siècles tout en restant dans un état de conservation exceptionnelle.

Tous les livres de la Bible hébraïque, excepté le livre d’Esther, étaient représentés dans les grottes de Qumrân. Ces découvertes ont permis de contrôler la transmission du texte de la Bible sur une période de 1 000 ans entre l’époque de la rédaction de ces manuscrits et celle des codex massorétiques que nous possédons.

Des fragments des versions araméennes et grecques de la Bible, des citations de la Bible dans les œuvres de la communauté de Qumrân et les commentaires de certains livres bibliques contribuèrent également à une meilleure connaissance de la Bible.

La plupart de ces manuscrits sont des copies datant du IIIe siècle av. J-C jusqu’au Ier siècle apr. J.-C. Certains fragments pourraient être beaucoup plus anciens.

LA FIABILITÉ DU TEXTE

Même si des manuscrits très anciens ont été découverts, le texte que nous possédons aujourd’hui repose malgré tout sur des copies de copies de copies, les originaux n’ayant pas été retrouvés. Peut-on avoir complètement confiance dans une telle transmission ?

Pour répondre à cette question extrêmement importante, considérons quelques arguments supplémentaires.

Pendant des siècles, des érudits ont transmis les textes de la Bible avec le plus grand soin. En voici quelques exemples :

Tout texte transmis de génération en génération en le recopiant à la main n’est pas à l’abri d’altération. C’est la raison pour laquelle, à la fin du Ier siècle, le conseil de Jamnia avait pris des dispositions pour assurer une bonne transmission du texte en établissant des règles très précises et contraignantes.

Pour les Juifs, recopier les textes de la Bible est une tâche sacrée qui nécessite une grande attention et une pureté absolue. Ainsi, avant de se mettre au travail, le copiste prenait un bain rituel pour se purifier. Avant de copier le nom de Dieu, il changeait de plume et il se lavait les mains. Lorsqu’il avait fini son travail, il comptait le nombre de lettres pour vérifier qu’il n’avait rien oublié. Un manuscrit fautif était brûlé. Lorsqu’il rencontrait un mot douteux dans le manuscrit qu’il recopiait, le copiste ne corrigeait pas le texte mais il faisait un commentaire en marge.

Aucun texte ancien n’a été recopié avec autant de soin ! Pourtant, au XIXe siècle, des théologiens ont mis en doute l’authenticité des textes de la Bible.

Lorsque les plus anciens manuscrits en notre possession, sur lesquels sont basés nos traductions modernes de la Bible, purent être comparés avec les manuscrits découverts près de la mer Morte, on s’attendait à découvrir un grand nombre de différences, car plus de 1 000 ans s’étaient écoulés entre ces deux groupes de manuscrits. Mais ce ne fut pas le cas ! À quelques lettres près, les textes étaient les mêmes ! Les divergences étaient insignifiantes et n’affectaient pas la compréhension du texte : la Bible est restée la même avant et après cette découverte !

C’est vrai, les manuscrits conservés sont peu nombreux pour la première partie de la Bible, l’Ancien Testament. Ce n’est pas le cas pour la deuxième partie de la Bible, le Nouveau Testament, car nous avons plus de 5 000 manuscrits en grec, 10 000 en latin et 9 300 dans d’autres langues.

LA COMPARAISON AVEC LES ŒUVRES CLASSIQUES RECONNUES COMME AUTHENTIQUES

À titre de comparaison, nous possédons beaucoup moins de manuscrits pour les œuvres profanes, historiques ou littéraires, que pour la Bible. L’écart de temps entre les copies qui nous sont parvenues et les originaux est parfois plus grand pour les œuvres profanes que pour les textes bibliques, ce qui est particulièrement vrai pour le Nouveau Testament.

Voici quelques exemples :

Pour l’Illiade d’Homère composée vers 800 av. J.-C., nous possédons 643 manuscrits dont le plus ancien date de l’an 400 av. J.-C., soit 400 ans après l’original.

L’œuvre de Sophocle nous est parvenue par 193 manuscrits dont le plus ancien date de l’an 1 000, soit 1 400 ans après la rédaction de l’original.

Nous possédons huit manuscrits de l’histoire d’Hérodote dont le plus ancien est postérieur à la rédaction de l’original de 1 300 ans

Sept manuscrits du grand philosophe Platon sont parvenus jusqu’à nous avec un écart de 1 200 ans entre l’original et le plus ancien manuscrit.

La Guerre des Gaules de Jules César, composée entre 58 et 50 av. J.-C., nous est connue par dix manuscrits dont le plus ancien a été copié 950 ans après l’original.

La Vie des Douze Césars rédigée par Suétone, qui a vécu de 75 à 160 apr. J.-C., nous est parvenue par huit copies dont la plus ancienne date de l’année 950, soit 800 ans après la rédaction de l’original.

Malgré le temps considérable qui existe entre les copies que nous possédons et les originaux, et malgré le peu de manuscrits qui nous sont parvenus, personne ne conteste l’authenticité de ces œuvres historiques et littéraires !

CONCLUSION

Pourquoi douterions-nous de la bonne transmission des textes de la Bible et de leur authenticité ? Grâce à sa transmission régulière de génération en génération, grâce aux découvertes d’anciens manuscrits qui sont venus confirmer la bonne transmission de ces textes, grâce aux très nombreux manuscrits qui nous sont parvenus et qui ont permis à la critique textuelle de remonter le plus loin possible dans le temps pour trouver la forme originelle du texte en repérant les manuscrits fautifs, la Bible est devenue le livre de l’antiquité le plus attesté et donc le plus fiable.

Le doute n’est plus possible quant à l’authenticité de ses textes. Nous pouvons avoir l’assurance que les copies d’aujourd’hui sont conformes aux textes originaux.

Nous pouvons lire la Bible avec confiance !

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