Il faut remonter très loin dans le temps pour retrouver l'origine de la Bible. La tradition affirme que tout a commencé il y a 3500 ans. Quelles étaient les possibilités d'écrire à cette époque lointaine ? Comment la Bible a-t-elle traversé tant de siècles ? Comment s'est-elle adaptée au changement inéluctable de la vie des hommes ? Parfois, elle a été mise en péril. Quelle est son histoire ? Venez revivre ce parcours fantastique du Livre des livres classé patrimoine de l'humanité. Vous découvrirez aussi les plus beaux manuscrits enluminés qui ont été réalisés par des artistes qui ne manquaient pas de talent.

Saint Marc rédigeant son évangile © Ms 93.f.44 verso Bibliothèque municipale de Valenciennes photo I.R.H.T.

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Résumé de la conférence

LA BIBLE : 3 000 ANS DE MANUSCRITS

Réalisation : Bernard Cassard

« Mets tout cela par écrit dans un livre pour qu’on s’en souvienne » (Exode 17.14). Tel est l’ordre que Moïse reçut voilà trente-cinq siècles.

MOÏSE COMMENCE À ÉCRIRE LES PREMIERS TEXTES DE LA BIBLE

Le judaïsme et le christianisme traditionnels attribuent à Moïse la rédaction des cinq premiers livres de la Bible. D’après la Bible, Moïse vivait au XVe siècle av. J.-C. Avait-il, à cette époque très reculée dans le temps, la possibilité d’écrire ces cinq livres ?

L’INVENTION DE L’ÉCRITURE

L’archéologie a fourni la preuve aujourd’hui qu’en Mésopotamie, les Sumériens avaient mis au point un système d’écriture permettant de rédiger toutes sortes de compositions littéraires.

Tout commença par un système de signes utilisé dans les échanges commerciaux, il y a environ sept mille ans.

Ensuite, un premier système dit « pictographique » fut mis au point pour transmettre des messages simples.

Avec le temps, l’écriture se développa encore, pour donner naissance à l’écriture cunéiforme qui permit de mettre par écrit tous les styles littéraires, surtout lorsque cette écriture devint syllabique.

Cette écriture avait un inconvénient majeur : il fallait connaître plusieurs centaines de signes différents pour pouvoir écrire ! Seuls des spécialistes pouvaient avoir accès à ce savoir.

Les Égyptiens élaborèrent un système d’écriture avec les hiéroglyphes. Ce système partageait le même inconvénient que le système cunéiforme, à savoir le nombre impressionnant de signes qu’il fallait mémoriser pour pouvoir écrire.

Les hiéroglyphes se simplifièrent, devenant l’écriture « hiératique », vers 2500 av. J.-C. Elle était réservée uniquement à la rédaction des textes littéraires.

Les premières traces d’un système d’écriture révolutionnaire furent découvertes en 1905 par Flinders Petrie dans la région de Serabit El Kadim, dans le Sinaï. En 1916, Alan Gardiner découvrit le même type de signes dans la même région. Il s’agissait de caractères appelés « protosinaïtiques ». Le système d’écriture est de type alphabétique. Ces inscriptions ont été datées de l’an 1700 environ av. J.-C. L’archéologie a permis de découvrir d’autres signes du même type en Palestine, à Sichem, Guézer et Lakish.

La cité d’Ugarit, sur la côte phénicienne, a gardé le témoignage d’une série de signes datant du XIVe ou du XIIIe siècle av. J.-C., qui sont déjà classés par ordre alphabétique. Le roi phénicien Ithoba’al a réalisé pour son père, Ahiram, un sarcophage en pierre, de style égyptien, sur lequel une inscription a été gravée, utilisant presque toutes les lettres de l’alphabet.

Il est intéressant de noter que ces quelques témoignages sur la pratique d’une écriture alphabétique remontent, pour les plus anciens, au XVIIe siècle av. J.-C., et se situent entre le Sinaï et la Phénicie, région où le peuple d’Israël séjourna après l’Exode, lorsque Moïse reçut l’ordre de Dieu d’écrire dans un livre.

En 1993, des inscriptions du même type que celles découvertes dans le Sinaï ont été retrouvées dans le Wadi el-Hol, à l’ouest de Thèbes, en Égypte, et dateraient du XVIIIe siècle av. J.-C.

Cette écriture, avec moins de trente caractères, serait à l’origine de l’alphabet. Elle a été inventée pour faciliter les échanges entre les Sémites et les Égyptiens. Elle se serait répandue dans les lieux où des Sémites habitaient.

Moïse, né en Égypte, « fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens » (Actes 7.22). Il connaissait sans aucun doute cette écriture « proto-alphabétique ». Avec elle, il pouvait sans problème exécuter l’ordre qui lui avait été donné par Dieu.

LES SUPPORTS DE L’ÉCRITURE

L’argile et la pierre ont été les premiers supports de l’écriture. Avec ces matériaux, il n’était possible de transporter que des messages courts, sur des petites tablettes d’argile par exemple. Les textes longs, comme les œuvres littéraires, étaient intransportables.

Vers 3 000 avant notre ère, les Égyptiens mirent au point un support sur lequel il était facile d’écrire : le papyrus. Par collage, des rouleaux de sept à huit mètres étaient réalisés. Ce matériau extraordinaire avait un inconvénient : avec le temps, il devenait cassant et friable.

Vers 2 000, les Phéniciens, experts en commerce international, s’intéressèrent au commerce du papyrus. Pour remédier à la fragilité de ce matériau, les techniciens phéniciens fabriquèrent une huile dont ils imbibèrent les papyrus, augmentant ainsi considérablement la résistance des rouleaux.

Cette industrie eut une telle renommée que les Grecs donnèrent au rouleau de papyrus le nom « bublos » en référence à la ville phénicienne de Byblos qui en fit le commerce. Plus tard, un livre fut appelé en grec « biblion ».

Les chrétiens grecs désignèrent par « ta biblia », c’est-à-dire « les livres », l’ensemble des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament. « Biblia » fut compris par les chrétiens latins comme un féminin singulier et transmis comme tel. Reprenant le latin, le mot « Bible » est un féminin singulier en français, qui désigne l’ensemble des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Moïse bénéficiait d’une écriture simple et d’un support à la pointe du progrès pour consigner et conserver les paroles et les lois qu’il recevait de Dieu.

LES FEUILLES D’ARGENT DE LA NÉCROPOLE DE KETEF HINNOM

Dans une tombe au sud-ouest de Jérusalem, deux petits rouleaux de feuilles d’argent furent découverts en 1979 par le professeur Gabriel Barkay, de l’Institut d’archéologie de Tel-Aviv.

Lorsque les rouleaux furent déroulés, Gabriel Barkay reconnut immédiatement les caractères hébreux formant le nom de Dieu. Mais les rouleaux étaient trop fissurés pour que l’on puisse déchiffrer d’autres caractères.

En 1994, les techniques modernes du numérique permirent de reconstituer une partie du texte gravé sur ces feuilles d’argent, et il fut possible de lire une forme abrégée du texte de Nombres 6.24-26 : « Que Yahvé te bénisse et te garde. Que Yahvé fasse briller sa face sur toi et t’accorde la paix. »

La tombe se situe dans la nécropole de Ketef Hinnom. Elle avait probablement appartenu à une famille riche de l’époque du premier Temple d’Israël. Un effondrement d’une partie de la tombe, il y a bien longtemps, a protégé mille objets des pillages et parmi eux, les feuillets d’argent. Cette découverte est particulièrement importante pour le débat sur la date de la rédaction des premiers livres de la Bible.

Depuis les travaux de la haute critique, au XIXe siècle, la plupart des spécialistes pensent que la rédaction du Pentateuque est postérieure à l’exil à Babylone, au VIe siècle av. J.-C.

L’écriture archaïque utilisée pour ce texte du livre des Nombres montre que ce verset existait déjà au VIIe siècle. C’est un argument qui plaide en faveur de l’ancienneté du texte de la Bible.

Ce petit document est le plus ancien témoin d’un texte biblique découvert à ce jour.

LA RÉDACTION DES AUTRES LIVRES DE L’ANCIEN TESTAMENT

Á la suite de Moïse, d’autres écrivains restés anonymes rédigèrent les mémoires du peuple d’Israël conservés dans les livres historiques de la Bible.

Puis plusieurs prophètes mirent par écrit les oracles divins qu’ils avaient reçus.

LE PENTATEUQUE SAMARITAIN

Au VIIIe siècle av. J.-C., Israël devint la proie des Assyriens. Samarie et le territoire d’Israël furent annexés à l’Empire assyrien en 722 av. J.-C.

Cette conquête eut un impact incontestable sur l’histoire de la transmission de la Bible.

QUI SONT LES SAMARITAINS ?

En 720, le roi assyrien Sargon II (722-705) réprima la révolte d’une coalition syro-palestinienne dont faisaient partie les Israélites. D’après les chroniques de Sargon II, le monarque déporta 27 280 habitants de Samarie, probablement parmi l’élite du pays. Pour prévenir toute nouvelle révolte, ils furent vraisemblablement installés dans différentes villes et régions de l’Empire assyrien (2 Rois 17.6 et 18.10,11).

Le livre biblique d’Esdras nous rapporte que Assarhaddon (681-669) et Assourbanipal (668-626), rois d’Assyrie, installèrent dans la province de Samarie des déportés venant de différents pays composant leur Empire, ce qui était conforme aux pratiques des Assyriens (Esdras 4.2 et 9).

Avec le temps, les Israélites et les étrangers installés par les Assyriens sur le territoire de la Samarie se seraient unis par mariage. Les Samaritains seraient leurs descendants.

En 538 av. J.-C., lorsque les Perses permirent aux Judéens qui avaient été déportés à Babylone de revenir à Jérusalem pour y reconstruire le Temple de Yahvé, les Samaritains voulurent être associés à cette construction, mais les Judéens refusèrent (Esdras 4.1-5).

Ce rejet entraîna, entre les Juifs et les Samaritains, une tension qui dura plusieurs siècles. Finalement, vers 330 av. J.-C., les Samaritains construisirent un temple sur le mont Garizim, ce qui paracheva la rupture.

Aujourd’hui, les Samaritains se répartissent dans deux communautés, à Naplouse en Palestine, et à Holon en Israël, ce qui représente en tout un peu plus de sept cents personnes.

La religion des Samaritains est basée sur le Pentateuque, à l’exclusion de toute autre partie de la Bible hébraïque.

Le plus ancien manuscrit du Pentateuque samaritain connu aujourd’hui date du Xe-XIe siècle. Il est conservé à l’université de Cambridge. Il avait été ramené de Damas en 1616.

Le Pentateuque samaritain est écrit en hébreu préexilique avec des caractères propres aux Samaritains. Ce document est un précieux témoin. L’inimitié qui existait entre les Juifs et les Samaritains nous garantit que ce texte a été transmis de manière totalement indépendante par rapport au travail de copie effectué par les Juifs. La comparaison des deux textes permet de confirmer que ces écrits ont été recopiés fidèlement par les scribes de ces deux peuples.

ESDRAS ET LA FORMATION DE LA BIBLE HÉBRAÏQUE

La Loi de Moïse était considérée comme la Parole de Dieu. Avec le temps, d’autres écrits étaient venus s’ajouter à ceux de Moïse. Fallait-il les reconnaître, eux aussi, comme « Parole de Dieu » ?

La tradition juive et Flavius Josèphe rapportent que lorsque les Juifs revinrent de la captivité babylonienne, l’un des prêtres, Esdras, organisa une grande assemblée avec d’autres érudits pour déterminer les livres qui formeraient le canon des Écritures saintes. Á l’époque de Jésus, le canon de l’Ancien Testament était définitivement clos.

Dans son œuvre intitulée « Les Juifs », l’historien juif Flavius Josèphe, vivant au 1er siècle de notre ère, donne la liste des livres canoniques de l’Ancien Testament. Elle correspond aux livres que nous avons dans nos Bibles actuelles.

LA SEPTANTE

Une des conséquences très indirectes des conquêtes d’Alexandre le Grand fut la première traduction de la Bible. En Palestine, dans tous les lieux de culte, la lecture des textes de la Bible était toujours faite en hébreu. Pour permettre à tous les fidèles d’en comprendre le sens, les textes étaient ensuite traduits oralement en araméen. La Bible était plus qu’un livre religieux, elle représentait pour le peuple hébreu une identité nationale. Il n’était donc pas question de la remplacer par une traduction écrite, même si l’hébreu n’était plus pratiqué dans la vie courante.

D’après Flavius Josèphe, des Juifs immigrèrent à Alexandrie dès la fondation de la ville par Alexandre le Grand. Des inscriptions funéraires juives en grec et en araméen datant du début du IIIe siècle témoignent de cette présence dans la nécropole d’Ibrahimiga.

Sous les Ptolémées, plusieurs témoignages évoquent une importante immigration de Juifs en Égypte. Au IIe siècle av. J.-C., après l’assassinat du grand prêtre de Jérusalem Onias III, de nombreux Juifs quittèrent la Palestine pour s’installer dans le Delta. Ils fondèrent la ville de Léontopolis.

Le tell el-Yahudiyeh, « la colline des Juifs », marque l’emplacement de cette ancienne colonie juive. Les vestiges des murailles de la ville forment des monticules visibles sur le site.

Les Juifs s’installèrent un peu partout en Égypte, mais principalement à Alexandrie, où l’un des cinq quartiers de la ville leur avait été attribué par les Ptolémées, au Ier siècle de notre ère. D’après les papyrus juifs, une dizaine de synagogues et des maisons de prière étaient réparties sur l’ensemble de l’Égypte.

Pour continuer à pratiquer leur religion en Égypte, les Juifs avaient besoin de traduire la Bible en grec, langue pratiquée à Alexandrie et en Égypte à cette époque.

Le papyrus Rylands 458 conservé à Manchester, copie de la traduction grecque de la Bible appelée « la Septante », est le plus ancien témoin de cette traduction. Il lui est postérieur d’un siècle.

Chez les Juifs, la mise par écrit des traductions orales n’était pas acceptée. Une telle pratique aurait sans doute mis fin à l’usage de l’hébreu. Il est peu probable que les Juifs d’Égypte se soient affranchis de cette règle que s’étaient imposée les Juifs de Palestine.

Tous les témoignages de l’Antiquité et de la tradition rabbinique concordent pour dire que la communauté juive d’Égypte n’est pas à l’origine de la traduction grecque de la Septante. Unanimement, ils affirment que cette traduction a été demandée par le pouvoir officiel d’Alexandrie.

D’après les spécialistes, ce que nous connaissons de l’histoire de cette traduction semble plausible. Ptolémée Largos manifestait un grand intérêt pour les législations étrangères. Son bibliothécaire, Démétrios de Phalère, lui aurait proposé de traduire les écrits sacrés des Juifs, pour les compter parmi les collections de la Bibliothèque d’Alexandrie.

En 275, quelques années après la mort de Largos, son fils Philadelphe intégra la Torah à son système judiciaire.

Démétrios s’était adressé au grand prêtre du Temple de Jérusalem, Eléazar, pour faire une traduction exacte. Le grand prêtre choisit des traducteurs « maîtres dans les lettres judaïques, mais aussi adonnés à la culture hellénistique » et originaires de Palestine.

Soixante-douze traducteurs furent choisis. Symboliquement, ce nombre indique que la traduction avait été voulue par l’ensemble du peuple d’Israël, puisqu’il y eut six traducteurs par tribu.

Le texte fut traduit en soixante-douze jours. Les traducteurs déclarèrent que la traduction était bonne. En aucun cas, elle ne devait être modifiée.

Philon d’Alexandrie (milieu du Ier siècle) affirma que la traduction était valable une fois pour toutes, car les traducteurs, auxquels il donna le nom de « prophètes », avaient travaillé indépendamment, et toutes les traductions étaient identiques, utilisant les mêmes mots.

D’autres sources précisent que les traducteurs travaillèrent dans soixante-douze logements, et qu’ils furent guidés par un Esprit divin qui leur permit de réaliser une traduction unique.

Toutes ces précisions pourront étonner. Elles participent à un objectif très important. Un changement de mentalité était en train de s’opérer. Jusqu’alors, la Bible n’avait jamais été traduite. On imaginait qu’une traduction écrite ferait perdre la sacralité du texte. Il fallait donc que l’ensemble de la communauté juive accepte une telle traduction. Désormais, elle admettait que le texte de la Bible demeurerait la Parole de Dieu quand bien même il serait écrit dans une autre langue que l’hébreu. La traduction de la Septante fut reçue avec enthousiasme par les Juifs d’Alexandrie. Ceux de Palestine considérèrent qu’il s’agissait d’une bonne traduction, avec quelques réserves cependant.

Le papyrus Fouad est constitué par un ensemble de fragments de papyrus achetés en 1943 par la Société Fouad 1er à l’antiquaire Tano, au Caire. Ce manuscrit serait originaire de Crocodilopolis, une ville du Fayoum où il y avait une synagogue. Ce papyrus, retrouvé dans le cartonnage d’une momie, est un des rares témoins de la Septante d’avant l’ère chrétienne, il contient des fragments du Pentateuque.

Sur les cent quinze fragments de dimensions et de formes très variées du papyrus Fouad, trois appartiennent à la Genèse et les autres au Deutéronome. Ces fragments sont extrêmement clairs et lisibles, avec quelques altérations superficielles. Écrits par le même scribe, les fragments ont aussi la même texture, ce qui indique que nous sommes en présence des restes d’un ensemble de rouleaux contenant à l’origine la totalité de la Torah.

L’analyse des fragments et un travail méticuleux de recomposition ont permis de conclure que logiquement, le livre du Deutéronome était écrit sur deux rouleaux de taille exceptionnelle, avec une longueur de quinze mètres, les rouleaux mesurant habituellement dix mètres cinquante. De plus, il est écrit avec soin. Nous serions vraisemblablement en présence d’une édition de luxe. Chaque rouleau avait quatre-vingt-huit colonnes de seize centimètres de large comportant vingt-deux lignes.

Un détail du papyrus a permis de conclure que cette Torah avait été écrite par un Juif, pour l’usage de la communauté juive. En effet, dans ce texte grec, le nom de Dieu a été retranscrit en caractères hébraïques.

Après la Torah, les autres livres de l’Ancien Testament furent traduits à leur tour, ce qui prit plus d’un siècle. Ces traductions furent faites à la demande de la communauté juive d’Égypte. Suivant les livres, elles sont de qualité inégale.

L’ADOPTION DE LA SEPTANTE PAR LES CHRÉTIENS

Les premiers chrétiens trouvèrent dans la Septante des arguments en faveur de l’interprétation messianique en la personne de Jésus-Christ. Ceci provoqua le rejet de cette traduction par les Juifs qui adoptèrent d’autres traductions en grec.

Ce rejet se manifesta à l’époque du concile de Jamnia, dans les années 90 de notre ère, lorsque les rabbins juifs prirent d’importantes dispositions pour préserver le texte sacré de toute altération.

Les rabbins rejetèrent aussi d’une manière définitive les livres qui avaient été ajoutés à la Bible grecque par les Juifs d’Alexandrie.

Les chrétiens les ont conservés, tout en spécifiant qu’ils n’étaient pas revêtus de la même autorité que les livres venant du judaïsme palestinien, qui seuls étaient considérés comme la Parole de Dieu.

LES PREMIERS ÉCRITS CHRÉTIENS

Dès le IIe siècle de notre ère, les chrétiens considérèrent les lettres des Apôtres et les Évangiles comme Parole de Dieu au même titre que les livres de l’Ancien Testament.

LA BIBLE EN DIFFICULTÉ

Les empereurs Néron et Dioclétien organisèrent des persécutions d’une extrême violence contre les chrétiens. Dioclétien alla même jusqu’à décréter la destruction du christianisme et des écrits chrétiens. Seule l’intervention miraculeuse de la Providence l’empêcha de parvenir à ses fins.

UNE COMMANDE DE BIBLE IMPÉRIALE

En 313, l’édit de Milan mit fin aux persécutions contre les chrétiens. L’empereur Constantin prit alors une décision particulièrement importante pour la diffusion de la Bible. Il commanda à Eusèbe de Césarée cinquante copies de la Bible, tout en spécifiant que ces exemplaires devaient être copiés par des professionnels, afin qu’ils soient faciles à lire. Certains savants pensent que le codex Sinaïticus pourrait être une de ces copies.

L’intérêt de ce codex est de la plus haute importance. Pour la première fois, les chrétiens regroupèrent en un seul volume l’ensemble des livres qu’ils reconnaissaient comme utiles à la foi chrétienne, en laissant de côté d’autres textes qu’ils considéraient comme hérétiques ou apocryphes.

Les codex ont été utilisés dès le IIe siècle par les chrétiens, qui ont vulgarisé ce nouveau support de l’écriture à la place des rouleaux. Mais les codex sont de petite taille, avec peu de pages. Avec 1 460 pages de 38 cm sur 33, le codex Sinaïticus est le plus gros codex de l’histoire et le plus ancien témoin des livres et des Bibles modernes. Replacé dans le contexte de son époque, il s’agit d’une prouesse technologique comparable à l’invention des caractères mobiles pour l’imprimerie, ou de l’ordinateur personnel.

En comparant les trois grandes Bibles qui nous sont parvenues sur codex, on s’aperçoit que les scribes s’éloignèrent de plus en plus de l’habitude d’écrire sur des rouleaux avec de multiples colonnes, en réduisant le nombre de colonnes par page. Le codex Sinaïticus du IVe siècle a quatre colonnes par page, le codex Vaticanus du IVe siècle n’a plus que trois colonnes par page, et le codex Alexandrinus du Ve siècle n’a que deux colonnes par page.

LA TRADUCTION DE LA SEPTANTE EN LATIN

Pour que les chrétiens d’Occident puissent avoir accès au texte de la Bible, celle-ci a été traduite en latin sans que la transmission de la Bible en grec n’ait cessé pour autant, car dans de nombreux territoires, le grec était toujours utilisé. Plusieurs traductions en latin circulaient, elles n’étaient pas toujours de très bonne qualité. Ces premières traductions latines sont regroupées aujourd’hui sous le nom de versions dites « vieilles latines ».

LA TRADUCTION DE JÉRÔME

L’évêque de Rome Damase 1er (366-384) demanda à Jérôme (v. 347-420) de réaliser une nouvelle traduction de la Bible en latin, pour les besoins de la communauté chrétienne de Rome qui accueillait, à cette époque, de nouveaux convertis très cultivés.

Jérôme était un prêtre extrêmement érudit. Il connaissait parfaitement le latin, le grec et l’hébreu. Par souci de fidélité au texte original, il décida de traduire l’Ancien Testament à partir des textes hébreux.

Pour remplir sa mission, Jérôme se rendit à Bethléem où il pouvait être en relation avec des Juifs et leur demander leur avis sur des questions touchant à la traduction des textes hébreux.

L’Église n’a pas reçu avec beaucoup d’enthousiasme la traduction de Jérôme, pourtant d’excellente qualité. Les nouvelles formulations qu’il proposait, directement traduites de l’hébreu, étaient sans doute perçues comme trop modernes pour les personnes qui connaissaient déjà la Bible dans une autre version latine traduite à partir du grec.

LES TRADUCTIONS EN LANGUES VULGAIRES

Au fur et à mesure que le christianisme a gagné de nouveaux territoires, la Bible été traduite dans leurs différentes langues, afin que les nouveaux convertis puissent la lire couramment.

La Bible a été traduite en copte pour les chrétiens d’Égypte.

Pour les chrétiens de Syrie, la Bible a été traduite en syriaque, une langue proche de la langue parlée par Jésus quand il était en Palestine.

Au Ve siècle, les Arméniens inventèrent un alphabet pour effectuer leur traduction. L’arménien est ainsi devenu une langue écrite grâce à la traduction de la Bible.

L’Éthiopie a une très longue tradition chrétienne, puisqu’un ministre d’une reine éthiopienne était venu à Jérusalem aux premiers jours du christianisme. Les premières traductions en éthiopien apparaissent au Ve siècle.

Á partir du VIIe siècle, la langue arabe se répandit au Moyen-Orient, et la Bible fut aussi traduite en arabe.

Au IIIe siècle, lorsque le christianisme pénétra en Gaule, les premières traductions de la Bible en gaulois apparurent et se répandirent avec beaucoup de succès. Saint Avit, archevêque de Vienne, mort en 517, cita le Nouveau Testament en gaulois. Pour l’Ancien Testament, il employa la Vulgate, la traduction latine de Jérôme.

L’ARRÊT DES TRADUCTIONS EN OCCIDENT

On demanda aux nouveaux convertis francs, celtes et lombards d’apprendre le « Pater noster » et le « Credo » pour pouvoir au moins les réciter en latin. Mais l’Église n’entreprit aucune traduction de la Bible dans leurs langues !

Une minorité de ces nouveaux chrétiens apprirent le latin et bénéficièrent de l’abondante culture latine, mais la grande majorité des nouveaux convertis perdit la possibilité de comprendre les textes de la Bible.

LA BIBLE AU MOYEN ÂGE

Á la fin du VIe siècle, une nouvelle pratique commence à se répandre : la Bible est illustrée. Le plus ancien témoin parvenu jusqu’à notre époque est le Pentateuque de Tours. Il s’agit d’un manuscrit enluminé sur parchemin (Paris, BnF, MSS NAL 2334).

Les Évangiles d’Echternach (Paris, BnF, MSS LATIN 9389), réalisés en Angleterre au début des années 700, portent une inscription affirmant que le texte a été corrigé à partir d’un codex ayant appartenu à Jérôme. Cette mention est très importante. Il s’agit de la plus ancienne critique textuelle. Les scribes prenaient conscience que le texte des Évangiles avait été corrompu par les copies successives et qu’il fallait revenir à la pureté du texte ancien.

CHARLEMAGNE ET LA BIBLE

Au VIIIe siècle, Charlemagne fit de la Vulgate latine la version officielle de l’Église. Il rencontra à Parme le savant Alcuin (735-804), chef de l’école de la cathédrale d’York, et il l’invita à venir à Aix-la-Chapelle pour relever le niveau de connaissance extrêmement bas du clergé et de la nation. Charlemagne était bien conscient que les manuscrits qu’il possédait de la Bible étaient fautifs. Dès 798, il demanda à Alcuin de réviser le texte de la Vulgate. Le travail fut terminé en l’an 800. Cette Bible révisée fut offerte à Charlemagne le jour de son sacre à Rome, en 801. Un travail de révision du texte avait commencé avec l’abbé de Corbie Maurdramne et avec Angilram, évêque de Metz, mort en 791. Mais le travail d’Alcuin est la première révision d’envergure de l’histoire du christianisme.

Charlemagne voulait que les enfants puissent lire et copier des textes de la Bible. Il demanda que les homélies et les textes bibliques qui étaient lus au moment des offices soient traduits en langue vulgaire.

L’intérêt de Charlemagne pour la Bible incita plusieurs monastères à se transformer en ateliers, où les moines se consacrèrent à la publication de nouvelles Bibles. Deux de ces Bibles ont été conservées. Deux de ces Bibles ont été conservées. La première est l’une des pièces les plus précieuses du trésor de la cathédrale du Puy, la seconde se trouve à la Bibliothèque nationale de France (Paris, BnF, MSS LAT 9380). Elles sont le résultat du travail de Théodulfe, qui avait participé, avec Alcuin, à la révision des textes de la Bible. Théodulfe s’était illustré en cherchant à se rapprocher du texte hébreu.

L’époque carolingienne est également marquée par un prodigieux renouvellement des Bibles illustrées, avec des réalisations exceptionnelles produites par les artistes de l’École du palais de Charlemagne à Aix-la-Chapelle, par les moines des abbayes avec le scriptorium de Saint-Martin de Tours et celui de Saint-Amand, et par les artistes de l’École du palais de Charles le Chauve (823-877), roi de Francie occidentale.

LES DIFFÉRENTS MODES DE TRANSMISSION DE LA BIBLE AU MOYEN ÂGE

Pendant le Moyen Âge, en dehors de ces magnifiques manuscrits enluminés de la Bible, réservés à quelques privilégiés, d’autres livres furent confectionnés pour satisfaire aux besoins liturgiques de l’Église. Parmi eux, les lectionnaires, les évangéliaires et les psautiers furent produits en grand nombre.

Le lectionnaire réunissait tous les textes de la Bible qui étaient lus lors de la messe.

L’évangéliaire était une compilation des extraits des Évangiles classés dans l’ordre de l’année liturgique.

Le livre biblique des Psaumes était utilisé comme un livre de prières. Les psautiers enluminés étaient destinés à l’éducation religieuse et au plaisir des gens fortunés ou des membres de la famille royale. La Bibliothèque de l’université de Médecine de Montpellier conserve un des plus anciens de ces psautiers, le Psautier dit de Charlemagne, datant de l’an 800.

Dans les psautiers, des illustrations pleine page mettaient en évidence le rapport étroit qu’il y avait entre le roi David, auteur de nombreux Psaumes, et le Christ qui avait réalisé les prophéties écrites par David.

Il faut encore ajouter qu’entre le VIIe et le XIe siècle, la Bible a été retransmise par des citations fragmentaires dans les commentaires des premiers théologiens chrétiens.

Jérôme (v.347-v.419/20), Ambroise (339-397), Augustin (354-430) et Grégoire (540-604) sont les auteurs les plus fréquemment étudiés. Au XIIe siècle, l’Église leur donna le statut de docteur de l’Église. Leur autorité égalait celle des quatre évangélistes. Le tableau peint pour l’église San Giovanni di Pré, à Gênes, est très significatif pour souligner ce nouveau statut. Les quatre docteurs sont peints avec les symboles des évangélistes, et le symbole du Saint-Esprit est placé à côté de Grégoire. Les images symboliques des commentaires comme celle de Grégoire avec une colombe, symbole du Saint-Esprit qui semble lui dicter ce qu’il doit écrire, entretenaient cette conception.

Cette méthode de transmission de la Bible, citée par des commentateurs, représentait un risque de confusion, car le lecteur ne faisait pas toujours la différence entre le texte biblique et le commentaire lui-même.

Plusieurs procédés ont été utilisés pour faire la différence entre le texte biblique et le commentaire. Le scribe employait quelquefois l’encre rouge pour écrire les textes bibliques, et l’encre noire pour le commentaire, mais ce procédé n’était parfois utilisé qu’au début du manuscrit. Dans le Psautier d’Autun, les citations bibliques sont en retrait et les premiers mots sont écrits en rouge vif. Dans quelques manuscrits, les citations de la Bible étaient écrites en caractères plus gros que ceux adoptés pour le commentaire. Dans certains commentaires, une marque dans la marge appelée diple, l’ancêtre de nos guillemets, signalait la présence du texte biblique.

Sur les vingt plus anciens commentaires sur les Psaumes de saint Augustin, antérieur à l’an 800, cinq utilisent la diple, trois emploient l’encre rouge, deux marquent la différence avec deux types de caractères, et pour les dix autres, il n’y a aucune distinction entre le commentaire de saint Augustin et les citations des textes bibliques. Une fois sur deux, le lecteur ne pouvait pas faire la différence entre les textes de la Bible et le commentaire de saint Augustin. Ce mode de transmission de la Bible était très confus. De plus, le commentaire était souvent allégorique ou mystique, ce qui éloignait le lecteur du véritable sens de la Bible.

L’ÉPOQUE ROMANE

Avec l’art roman, les XIe et XIIe siècles connaissent un renouvellement artistique et intellectuel. Les églises sont construites en s’inspirant des constructions romaines, embellies par les premiers vitraux et de nombreuses œuvres d’art qui prennent place à l’intérieur.

Sur le plan littéraire et religieux, la Bible revient au premier plan, elle est à nouveau reconnue comme le livre par excellence. Pour provoquer un réveil chez les religieux, le pape Grégoire VII (1073-1085) demande que la Bible devienne le guide de la vie religieuse du clergé et qu’elle fasse partie du culte quotidien.

LA BIBLE REDEVIENT LE LIVRE DE TOUS

Depuis que la Bible n’avait plus été traduite en langue vulgaire jusqu’à la fin du XIe siècle, seuls les moines et les religieuses avaient accès au texte sacré. Le renouveau du XIIe siècle permit aux non-religieux d’avoir de nouveau accès aux Saintes Écritures.

Pour accompagner ce mouvement, plusieurs types de Bibles font leur apparition : Les Bibles géantes, les Bibles historiales, les Bibles historiées, les Bibles glosées, les Bibles portables et les Bibles moralisées.

LES BIBLES GÉANTES

Les Bibles géantes sont symboliques. Elles doivent être plus imposantes que tous les autres livres, leur taille doit faire prendre conscience de l’importance de leur contenu.

Beaucoup de ces Bibles furent fabriquées en Normandie. Celle de l’abbaye de Fécamp (avant 1079) et celle de l’abbaye de Jumièges (avant 1072) ont été conservées jusqu’à aujourd’hui.

Á l’époque carolingienne, la première Bible de Charles le Chauve avait déjà une taille monumentale (49,5 cm x 37,5). Mais cette fois, plusieurs indices permettent de conclure que la taille de la Bible était en relation avec un projet pédagogique.

1° Dans la grande majorité des cas, ces Bibles étaient offertes par l’évêque. Cette Bible, symbolique par sa taille, donnait une autorité au texte qu’elle transmettait.

2° La plupart de ces Bibles ne contiennent pas les quatre Évangiles, et parfois pas le psautier, car les communautés chrétiennes possédaient déjà ces livres.

3° Plusieurs de ces Bibles contiennent des indications pour faire une lecture suivie de la Bible pendant l’année liturgique, et indiquent les livres qu’il faut lire entre chaque fête.

4° Dans certaines de ces Bibles, des notes spéciales donnent des directives aux futurs copistes.

La Bible d’Étienne Harding, abbé de Cîteaux (1109-1134) est l’une de ces Bibles modèles pour copistes (Bibliothèque municipale de Dijon, Ms 12 à 15). Le premier volume fut terminé en 1109. En comparant le texte qu’il recopiait à un ancien manuscrit, il se rendit compte qu’il y avait de nombreuses anomalies et des ajouts par rapport aux textes plus anciens. Il se fit confirmer ces divergences par des Juifs experts en écritures hébraïques, et il corrigea son texte en effaçant de sa Bible tous les mots qui n’étaient pas authentifiés par le texte hébreu, ce qui représentait un remarquable travail de critique textuelle.

Dans le colophon placé à la fin du premier volume, là où l’on notait les indications relatives à la fabrication du manuscrit, titre, auteur, date, Etienne Harding interdit expressément de réintroduire les passages supprimés, et il demande de ne faire aucun ajout dans le texte ou dans les marges. L’examen des Bibles produites après celle de l’abbé Étienne prouve que ses recommandations n’ont pas été suivies.

L’intérêt des Bibles géantes se développa au point que toutes les bibliothèques et toutes les églises voulurent avoir chacune son propre exemplaire, ce qui contribua à faire de ce type de Bible, dans toute l’Europe, un phénomène culturel majeur du XIIe siècle.

Parmi les plus remarquables de ces Bibles qui sont conservées en France, on peut citer :

– La Bible de Manerius (Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, mss 8-10) fut peut-être réalisée à Troyes vers 1180 pour l’abbaye de Saint-Loup.

– La Bible de Pontigny (fragments à Paris, BnF, ms.lat 8823).

– La Bible de Souvigny (Moulins, Bibliothèque municipale, ms 001) a été copiée vers la fin du XIIe siècle par deux copistes qui ont réalisé ce travail en un an et demi, à raison de cent soixante-dix à deux cents lignes par jour. C’est un manuscrit sur parchemin. Deux cents peaux de moutons ont été nécessaires pour confectionner cette Bible qui pèse trente-deux kilogrammes.

– La Bible de Notre-Dame de Foigny  (Paris, BnF, mss. lat. 15177).

– La Bible de Fressac, fin XIIe siècle (Paris, BnF, mss. lat. 58).

– La Bible des Capucins en quatre volumes (Paris, BnF, mss. lat. 16743-6).

Lorsqu’une Bible était répartie en plusieurs volumes, souvent, il était spécifié au début de celle-ci qu’il s’agissait d’une Bible complète divisée en plusieurs volumes. Parfois, le terme « bibliotheca » était utilisé pour attirer l’attention sur le fait qu’il s’agissait d’une unité en plusieurs volumes. Ces annotations rappellent que la Bible était considérée comme un tout unique et indivisible.

Les Bibles géantes étaient, à l’origine, le cadeau d’un évêque pour inciter à lire et méditer la Parole de Dieu grâce à un manuscrit de bonne qualité. En cent ans, ces Bibles sont devenues des livres de luxe à cause de la rivalité entre monastères pour produire le plus beau manuscrit.

LES BIBLES HISTORIALES

Les Bibles historiales étaient plus un résumé de la Bible, qu’une Bible. La première de ce genre, « l’Historia Scholastica » de Pierre Comestor, a été commencée en 1169 et achevée vers 1180 (Paris, BnF, mss lat. 16943). Cette histoire sainte ressemble à une encyclopédie biblique.

Les parties historiques de la Bible ont été agrémentées de toutes sortes de commentaires puisés dans les littératures chrétiennes et profanes. Pierre Comestor cite Flavius Josèphe et les philosophes grecs, il réfute Platon. Il fait référence aux mythologies égyptienne et grecque. Il rapporte des éléments de l’histoire de l’Antiquité et il introduit une partie de l’histoire contemporaine de son temps, le tout en un seul volume.

L’Historia Scholastica eut un très grand succès jusqu’à l’époque de l’imprimerie, puisqu’elle fut l’un des premiers livres imprimés.

En 1289, Guiart des Moulins, chanoine de Saint-Pierre d’Aire-en-Artois (Pas-de-Calais), traduisit une Bible historiale en français, afin que les laïques aient accès à son texte et que les clercs puissent l’étudier (Paris, BnF, MSS FR 152).

LES BIBLES HISTORIÉES

Les Bibles historiées contiennent beaucoup d’illustrations avec une courte légende, dans le but de raconter les histoires contenues dans la Bible.

La Bible de Pampelune est composée d’un millier de petits tableaux de style roman. Elle a été conçue, en 1197, par Petrus Ferrandus de Funes (v.1150-v.1238), chancelier de Sanche VI, roi de Navarre (Bibliothèque municipale d’Amiens, Ms lat. 108).

LES PSAUTIERS

Dans le même style que les Bibles historiées, les psautiers avaient une série d’images pleine page qui résumaient une partie de l’histoire biblique.

Un des plus remarquables de ces psautiers est sans aucun doute celui d’Ingeburge, appartenant à la reine Isambour du Danemark, reine de France, femme du roi de France Philippe II Auguste (1165, 1180-1223). Ce psautier est conservé au Musée de Condé, à Chantilly (Ms 9).

Le psautier de Blanche de Castille (1188-1252) mère de Saint-Louis, est embelli par de très belles images (Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, RES MS 1186). D’après une tradition médiévale, Saint-Louis, lorsqu’il était enfant, aurait appris à lire avec les légendes de ce psautier.

Les soixante-dix-huit miniatures placées au début du psautier de Saint-Louis résument les principaux épisodes de l’histoire de l’Ancien Testament. Le psautier de Saint-Louis est conservé à la Bibliothèque Nationale de France (Paris, BnF, MSS LAT. 10525).

LES BIBLES GLOSÉES

Dans les Bibles glosées, le texte biblique était accompagné d’un commentaire, la glose, réalisé à partir de citations des principaux Pères latins de l’Église.

Le texte de la Bible était mis en valeur et recopié dans son intégralité. Les commentaires étaient cette fois très nettement différenciés. Ils mettaient l’accent sur la lecture littérale en rapport avec l’histoire, en délaissant les interprétations allégoriques.

Ces Bibles commentées prenaient une place énorme, puisqu’il fallait vingt volumes pour contenir la totalité du texte de la Bible et de la glose.

LES BIBLES MORALISÉES

Les illustrations des Bibles moralisées s’inspiraient des vitraux des églises gothiques. Sur une même page, on peut compter jusqu’à huit cercles dans lesquels sont représentées des scènes de l’Ancien Testament, interprétées à la lumière d’une scène du Nouveau Testament ou par une représentation de la vie au XIIIe siècle.

Les Bibles moralisées ne reproduisaient pas le texte biblique intégralement. Des légendes en latin ou en français commentaient les milliers d’images. Il fallait avoir une très bonne connaissance de la Bible pour pouvoir utiliser ces Bibles d’images, car elles ne mentionnaient aucune référence directe au texte biblique.

LES BIBLES PORTABLES SANS COMMENTAIRES

Dans les années 1220, un nouveau modèle de Bible apparaît à Paris. La Bible se modernise avec plusieurs nouveautés, même si le texte est toujours en latin d’après la Vulgate de Jérôme. Une numérotation normalisée des chapitres est introduite et adoptée dans toute l’Europe. Les titres des livres sont ajoutés en haut des pages. Le texte est souvent sur deux colonnes. Un index des noms hébreux est inséré en fin de volume. Un court prologue introduit chaque livre dont l’ordre a été remanié. Cet ordre est encore utilisé dans les Bibles chrétiennes d’aujourd’hui.

La taille de la Bible est réduite, elle varie de vingt à vingt-cinq centimètres. Le parchemin employé est extrêmement fin. Les grosses lettrines sont abandonnées, les illustrations sont sobres. Un seul volume est nécessaire pour écrire toute la Bible en minuscules. La Bible est devenue portable, elle a le même format qu’une Bible actuelle.

Comme le faisaient les Apôtres, les Franciscains et les Dominicains prêchaient la Parole de Dieu dans les villes et les villages. Ils s’installèrent à Paris vers 1230 et ils achetèrent la Bible de Paris en grand nombre. Ils contribuèrent ainsi au développement commercial de cette Bible, qui correspondait en tous points à leur besoin de prédicateurs itinérants. La demande de ces deux communautés fut si importante qu’elle provoqua l’ouverture de plusieurs ateliers de fabrication de Bibles à Paris, mais aussi à Bologne en Italie, et en Angleterre.

Grâce à la prédication de ces deux ordres religieux, la Bible de Paris se répandit partout en Europe, et elle atteignit également l’Afrique du Nord et la Chine.

LA BIBLE EN HÉBREU

Les Bibles en latin n’étaient pas les seules à être produites au Moyen Âge. Les rabbins et leurs scribes recopiaient inlassablement les textes de l’Ancien Testament en hébreu. Leur préoccupation principale était de transmettre le texte de la Bible exactement comme ils l’avaient reçu.

Les Bibles hébraïques du Moyen Âge sont illustrées avec des figures géométriques, des animaux ou des personnages, formés avec les lettres des notes massorétiques disposées dans les marges. Quelques Bibles ont de très belles enluminures.

LES PREMIÈRES TRADUCTIONS EN LANGUES VULGAIRES

Vers 1170, un riche Lyonnais, Pierre Valdès, vendit tous ses biens. Le revenu fut consacré en partie pour satisfaire aux besoins des pauvres, et en partie pour traduire quelques livres de l’Ancien et du Nouveau Testament en provençal.

Sa traduction fut largement diffusée dans la vallée du Rhône et dans la région de Metz, transcrite en dialecte messin (Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, MS 2083).

Les Cathares diffusèrent également la traduction de la Bible en langue vulgaire dans toute la région s’étendant du Rhône aux Pyrénées, englobant tout le pays des Cévennes. Cette diffusion atteignit le Nord-Est de l’Espagne (Nouveau Testament cathare à Lyon, Bibliothèque municipale du palais de Saint-Pierre, MS PA 36).

Les bibliothèques françaises possèdent un nombre important de traductions partielles de la Bible en français ou en dialectes régionaux. Ces traductions sont toujours faites d’après la Vulgate. Aux XIIIe et XIVe siècles, la France est le pays où la Bible est le plus diffusée.

L’influence des traductions françaises franchit les frontières, car les premières traductions italiennes, et en catalan pour l’Espagne occidentale, sont faites en partie d’après la Vulgate et en partie d’après les traductions françaises.

OPPOSITION AUX TRADUCTIONS DE LA BIBLE EN LANGUES VULGAIRES

Parallèlement à la diffusion de la Bible en langues vulgaires, l’Église de Rome réagit d’une manière inattendue. Par toute une série de décisions, elle tente de stopper le succès obtenu par ces traductions.

Pierre Valdès et le mouvement des pauvres de Lyon sont bientôt rejetés. Pierre Valdès doit fuir dans les vallées du Piémont où l’on trouve encore aujourd’hui les traces de ses successeurs.

En 1199, une première lettre du pape Innocent III encourage l’évêque de Metz à réprimer ceux qui traduisent et lisent la Bible en français.

En 1211, le pape demande à l’évêque de Metz d’organiser une véritable croisade contre ceux qui possèdent des Bibles en français. Des abbés missionnaires envoyés par le pape prêchent contre les traductions françaises et brûlent les Bibles en français.

En 1229, le concile de Toulouse promulgue un canon interdisant aux laïques de posséder les livres de l’Ancien ou du Nouveau Testament, mais il tolère la possession d’un psautier ou d’un bréviaire, à condition qu’ils ne soient pas en langue vulgaire.

Vers 1230, un synode de Reims interdit de traduire la Bible en français.

En 1234, le concile de Tarascon décrète de brûler tous les livres de l’Ancien ou du Nouveau Testament traduits en langue romane.

En 1236, le concile de Béziers interdit la possession de livres théologiques, même en latin, pour les laïques, et en langue vulgaire pour les clercs.

LES BIBLES DES ROIS DE FRANCE

Plusieurs rois de France possédaient la Bible. Ils contribuèrent à sa diffusion en langue française.

Saint-Louis (1215-1270) possédait une Bible de poche qu’il emportait lors de ses expéditions en terres étrangères.

Sous le règne de Saint-Louis, entre 1226 et 1250, l’université de Paris fit une traduction partielle de la Bible en français. Les traducteurs sont restés anonymes et inconnus (Paris, BnF, MS FR 899, copie datant de 1250).

La fille de Charles Martel, Clémence de Hongrie, reine de France et de Navarre, (1315-1316) possédait une Bible en français.

Une autre reine de France, Jeanne de Bourgogne (1293-1349), femme de Philippe VI de Valois, prit l’initiative de faire traduire en français les Évangiles et les Épîtres (Paris, BnF, MS FR 22890).

Son fils, le roi Jean le Bon (1319-1364), est le premier roi de France qui manifesta son attachement pour la Bible française. Il commanda une traduction de la Bible en français.

Lors de la guerre contre les Anglais en 1356, le roi Jean le Bon avait une Bible dans sa tente à Poitiers, preuve de son attachement pour le Livre sacré. Cette Bible fut prise avec le butin par les Anglais. Elle est aujourd’hui à la British Library (Londres, BL 19 D II).

Le fils de Jean le Bon, Charles V (1337-1380), manifesta comme son père un grand intérêt pour la Bible. Il lisait la Bible entière dans l’année à raison de quelques pages chaque jour. Il fit réviser la traduction de la Bible en français. Il distribua des exemplaires de la Bible dans différents dialectes à plusieurs de ses seigneurs, afin que la Bible soit répandue dans les provinces de France.

Ses successeurs conservèrent la Bible dont il se servait, et elle fut transmise pendant plusieurs générations, les rois de France inscrivant leur nom à la suite les uns des autres, sur la dernière page (Paris, BnF, MS FR 5707).

Le frère de Charles V, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, possédait une Bible moralisée qui compte parmi les plus beaux trésors de la Bibliothèque Nationale (Paris, BnF, MS FR 166).

Citons encore deux membres de la famille royale qui encouragèrent la traduction de la Bible, alors que l’imprimerie était à ses débuts. Charles VIII (1470-1498), encore adolescent en 1487 (il avait 17 ans), fit réviser la traduction française de la Bible complète et la fit imprimer en 1496. Marguerite de Navarre (1492-1549), sœur de François 1er, intervint personnellement pour permettre l’impression du Nouveau Testament en français de Lefèvre d’Étaples, en 1524, alors que les docteurs de la Sorbonne s’y opposaient.

LA BIBLE COMPLÈTE ENFIN TRADUITE POUR LE PEUPLE

Au XIVe siècle, au moment où l’on aurait pu célébrer le millénaire de la traduction latine de Jérôme, la Vulgate, un mouvement dont les effets furent irréversibles prit naissance en Angleterre, avec la première traduction complète de la Bible dans la langue du peuple, l’anglais en usage chez les paysans.

John Wyclif (1328-1384), théologien et philosophe de l’université d’Oxford aux idées réformistes, entreprit cette traduction complète de la Bible en anglais avec le cercle de ses disciples.

Faite d’après la Vulgate, elle fut officiellement interdite par l’archevêque de Cantorbéry et par d’autres décrets, ce qui n’a pas empêché qu’elle soit copiée et transmise dans la clandestinité pendant plus de cent vingt-cinq ans. Les personnes qui étaient en possession de ces Bibles pouvaient être jugées pour hérésie et condamnées à de lourdes peines, allant parfois jusqu’à la condamnation au bûcher. Dans les faits, les propriétaires de ces Bibles qui en faisaient un usage privé n’étaient pas inquiétés. Cette traduction leur permettait de comprendre les textes de la Bible qui étaient lus en latin à l’église.

LES PREMIÈRES BIBLES IMPRIMÉES

Au XIVe siècle, un renouveau culturel prend naissance à Florence, en Italie. Les arts, la littérature, la pensée philosophique, les sciences et les techniques sont transformés par ce mouvement prodigieux qui sera appelé « Renaissance ». Ces progrès eurent un impact direct sur la transmission de la Bible.

Sur le plan technique, l’invention de l’imprimerie, au milieu du XVe siècle, avec l’emploi de caractères métalliques mobiles, est à l’origine d’un renouveau littéraire sans précédent dans l’histoire. Après quelques travaux secondaires dont ont ne sait pas grand-chose, Johannes Gensfleish dit Gutenberg (1397-1468) imprima, pour sa première grande réalisation, la « Biblia Latina » de 1454-1455, connue sous le nom de « Bible à quarante-deux lignes », appelée ainsi parce qu’il y avait quarante-deux lignes par page.

Barthélemy Buyer imprima le premier Nouveau Testament en français en 1474, à Lyon.

CONCLUSION

La Bible de Gutenberg mit fin à trois mille ans de transmission manuscrite de la Bible. Pendant ces trois mille ans, des hommes se relayèrent pour copier le texte sacré en l’étudiant et en le méditant. Leur travail permit à la génération suivante d’avoir connaissance de la Parole de Dieu.

Pendant une histoire aussi longue, trente siècles, la Bible aurait pu être altérée ou falsifiée, ou elle aurait pu disparaître, mais il s’est toujours trouvé des hommes qui se sont impliqués dans cette transmission, par leur travail ou par leurs réformes, pour que le texte soit conservé et transmis malgré les difficultés.

Un grand nombre de copistes et d’artistes ont mis leur foi et leur talent dans la transmission du texte sacré, avec le souci de rendre gloire à Dieu, permettant à ceux qui le cherchent de découvrir sa Parole. Mais il faut bien admettre que, pendant le Moyen Âge, la connaissance de la Bible est restée le privilège d’un petit nombre de lettrés, la plupart des croyants n’ayant pas eu un accès direct à la Bible, même s’ils connaissaient l’Histoire Sainte.

Après cette longue période médiévale, apparaissent les premières traductions de la Bible dans les langues courantes. Á partir de la Renaissance, la fiabilité du texte de la Bible sera au centre des préoccupations des humanistes, qui commencent un travail de recherche pour s’approcher le plus près possible du texte original des Saintes Écritures.

La traduction dans les langues courantes, l’invention de l’imprimerie et la recherche du texte original vont susciter un nouvel intérêt pour la Bible et permettre à tous d’avoir accès à son texte.

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