Abraham se prosternant devant Dieu, dessin de Nicolaes Maes. ©© The Trustees of the British Museum. Partagé sous licence Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike 4.0 International (CC BY-NC-SA 4.0).

Résumé de la conférence

Abraham se prosternant devant Dieu

Description de l’œuvre :

Abraham se prosternant devant Dieu et les deux anges. Sara est cachée derrière l’arbre, en arrière-plan des bâtiments et un viaduc.

Dessin de Nicolaes Maes à la plume et à l’encre brune avec craie rouge et noire et lavis brun et gris, touché de blanc, les lignes d’encadrement à la plume et à l’encre brun foncé. Ce dessin a probablement été réalisé en 1650.

Nicolaes Maes (1634-1693) est un peintre hollandais, disciple de Rembrandt.

Commentaire biblique :

Parfois, le lecteur du texte biblique ne prête pas suffisamment attention aux détails du récit que Nicolaes Maes, par son dessin, a mis en évidence. Détails qui n’apparaissent pas dans d’autres œuvres, comme celle de Gérard de Lairesse

Gérard de Lairesse

Abraham et les trois anges de Gérard de Lairesse (1641-1711)

Huile sur toile peinte vers 1680/1685

Musée du Louvre

Crédit photo : © RMN/ Hervé Lewandowski

ou encore celle de Jan Provost
Jan Provost

Abraham, Sara et l'ange de Jan Provost (vers 1465 - 1529)

Huile sur bois peinte vers 1520

Musée du Louvre

Crédit photo : © R.M.N./F. Raux

. En effet, ces peintres n’ont pas donné un caractère divin au visiteur qui se tient en présence d’Abraham, contrairement au dessin de Nicolaes Maes.

La scène qui est décrite au chapitre 18 du livre de la Genèse et que Nicolaes Maes a illustrée par son dessin, présente une spécificité qu’il convient de faire ressortir. D’emblée, l’auteur annonce que le « SEIGNEUR » est apparu à Abraham : Le SEIGNEUR lui apparut aux térébinthes de Mamré, alors qu’il était assis à l’entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour.Genèse 18.1, Traduction la Nouvelle Bible Segond. Le mot « SEIGNEUR » n’est pas la traduction du mot utilisé par l’auteur du texte original hébreu qui a mentionné le nom propre de Dieu. Alors pourquoi ce choix de traduction ? Dans le judaïsme, depuis des siècles, l’habitude a été prise de ne pas prononcer le nom propre de Dieu, mais d’utiliser un mot de substitution lors de la lecture du texte biblique. Le plus souvent le mot « Adonaï (Seigneur) » est prononcé à la place du nom propre de Dieu qui est transcrit en français avec ces quatre lettres : YHWH. Cette pratique du judaïsme est perpétuée dans la Nouvelle Bible Segond et dans la Traduction œcuménique de la Bible. En effet, les traducteurs ont utilisé le mot « SEIGNEUR », toujours écrit en majuscules, pour le substituer au nom propre de Dieu à chaque fois qu’il est mentionné dans le texte original hébreu.

Après avoir mentionné l’apparition de Dieu à Abraham, le texte biblique indique ce qu’Abraham a réellement vu :  Il leva les yeux et vit trois hommes debout devant lui.Genèse 18.2, Traduction la Nouvelle Bible Segond.

Quand Abraham a vu ces trois hommes, il ne s’est adressé qu’à l’un deux : Seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas, je te prie, sans t’arrêter chez moi, ton serviteur.Genèse 18.3, Traduction la Nouvelle Bible Segond. Cela signifie qu’Abraham a discerné immédiatement que parmi les trois hommes qui étaient devant lui, l’un d’eux était plus important que les deux autres. Puis, Abraham proposa à ces trois hommes de se rafraichir les pieds et de prendre du repos pendant qu’il irait chercher quelque chose à manger Genèse 18.4, 5

Genèse 18.4, 5
4 Laissez-moi apporter un peu d’eau, je vous prie, pour que vous vous laviez les pieds, puis reposez-vous sous l’arbre ! 5 Je vais chercher quelque chose à manger pour que vous vous restauriez ; après quoi vous passerez votre chemin, car c’est pour cela que vous êtes passés chez moi, votre serviteur. Traduction La Nouvelle Bible Segond.
Suite à la proposition d’Abraham, le texte ajoute : Ils répondirent : D'accord, fais comme tu as dit.Genèse 18.5, Traduction la Nouvelle Bible Segond.

Le récit se poursuit par une question posée par les trois visiteurs : Alors ils lui dirent : Où est Sara, ta femme ?Genèse 18.9, Traduction la Nouvelle Bible Segond. Mais ensuite, l’un d’entre eux seulement prend la parole : Il dit : Je reviendrai chez toi l'année prochaine ; Sara, ta femme, aura un fils.Genèse 18.10, Traduction la Nouvelle Bible Segond.

Nous constatons que l’auteur de ce texte a introduit une alternance entre le singulier et le pluriel au sujet des personnes s’étant présentées à Abraham : l’apparition de Dieu à Abraham (un singulier, Genèse 18.1

Genèse 18.1
Le SEIGNEUR lui apparut aux térébinthes de Mamré, alors qu’il était assis à l’entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour. (La Nouvelle Bible Segond)
) – ce qu’Abraham a vu « les trois hommes » (un pluriel, Genèse 18.2
Genèse 18.2
Il leva les yeux et vit trois hommes debout devant lui. (La Nouvelle Bible Segond)
) – Abraham s’adressant à un des hommes qu’il appelle « Seigneur » (un singulier, Genèse 18.2, 3
Genèse 18.2, 3
Quand il les vit, il courut à leur rencontre, depuis l’entrée de sa tente, se prosterna jusqu’à terre et dit : Seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas, je te prie, sans t’arrêter chez moi, ton serviteur ! (La Nouvelle Bible Segond)
) – échange d’Abraham avec les trois hommes qu’il a invité à manger, puis « ils mangèrent » et question des trois visiteurs (dans ce passage, plusieurs pluriels, Abraham a utilisé le pronom personnel « vous » pour s’adresser à ces visiteurs qui sont désignés par le pronom personnel « ils », Genèse 18.4, 5 et 8, 9
Genèse 18.4, 5 et 8, 9
  4 Laissez-moi apporter un peu d’eau, je vous prie, pour que vous vous laviez les pieds, puis reposez–vous sous l’arbre ! 5 Je vais chercher quelque chose à manger pour que vous vous restauriez ; après quoi vous passerez votre chemin, car c’est pour cela que vous êtes passés chez moi, votre serviteur. Ils répondirent : D’accord, fais comme tu as dit. 8 Il prit du lait fermenté, du lait frais, et le veau qu’on avait préparé, et il les mit devant eux. Il resta debout à leurs côtés, sous l’arbre, tandis qu’ils mangeaient. 9 Alors ils lui dirent : Où est Sara, ta femme ? Il répondit : Elle est là, dans la tente. (La Nouvelle Bible Segond)
) – puis l’un d’eux (désigné par le pronom personnel « il », un singulier, Genèse 18.10
Genèse 18.10
Il dit : Je reviendrai chez toi l’année prochaine ; Sara, ta femme, aura un fils. Sara écoutait à l’entrée de la tente qui était derrière lui. (La Nouvelle Bible Segond)
) annonce qu’il reviendra et que Sara enfantera. Il semble bien que l’auteur ait utilisé cette alternance singulier/pluriel pour nous faire découvrir que l’une des trois personnes venues rendre visite à Abraham était Dieu lui-même. L’emploi du singulier pour révéler l’apparition de Dieu (Genèse 18.1), puis l’emploi du singulier pour montrer qu’Abraham considérait que l’un des trois était plus important que les deux autres (Genèse 18.3), puis l’emploi du singulier pour l’annonce de la naissance du fils de Sara (Genèse 18.10), ce que Dieu avait promis à Abraham précédemment (Genèse 17.15, 16
Genèse 17.15, 16
Dieu dit encore à Abraham : Quant à Saraï, ta femme, tu ne l’appelleras plus du nom de Saraï : son nom sera Sara. Je la bénirai : d’elle aussi je te donnerai un fils ; je la bénirai, et elle deviendra des nations ; les rois de plusieurs peuples sortiront d’elle.(La Nouvelle Bible Segond)
), confirment que le singulier désigne Dieu lui-même dans ce texte.

À plusieurs reprises, la suite du texte confirme que c’est bien Dieu en personne qui s’adressait à Abraham. En réaction à l’annonce que Sara aurait un fils, celle-ci a ri (Genèse 18.12

Genèse 18.12
Sara rit en elle-même : Maintenant que je suis usée, se dit-elle, aurais-je encore du plaisir ? D’ailleurs mon maître aussi est vieux.(La Nouvelle Bible Segond)
. Cette fois, l’auteur de ce texte n’a pas employé un pronom personnel, mais il a écrit : Le SEIGNEUR dit à Abraham : Pourquoi donc Sara a-t-elle ri ?Genèse 18.13, Traduction la Nouvelle Bible Segond. Comme cela vient d’être expliqué « SEIGNEUR » est le mot de substitution pour remplacer le nom de Dieu, YHWH. Ce texte confirme que, sous les térébinthes de Mamré, Dieu lui-même était bien en discussion avec Abraham au sujet de la naissance du fils de Sara et que le pronom personnel « il » le désignait (Genèse 18.10). Dans la réponse qu’elle fit, Sara a prétendu qu’elle n’avait pas ri (Genèse 18.15
Genèse 18.15
Sara mentit : Je n’ai pas ri, dit-elle ; car elle avait peur. (La Nouvelle Bible Segond)
), sur quoi le texte ajoute : Mais il dit : Si, tu as ri !Genèse 18.15, Traduction la Nouvelle Bible Segond. Une nouvelle fois, sans ambiguïté possible, le pronom personnel « il » est employé pour désigner Dieu. Nous pouvons conclure que le pronom personnel « ils » désigne les trois hommes vus par Abraham dont l’un était Dieu lui-même apparu à Abraham sous forme humaine, désigné parfois par le pronom personnel « il ».

La suite du texte mentionne une autre fois « les hommes » (Genèse 18.16

Genèse 18.16
Les hommes se levèrent pour partir et se tournèrent du côté de Sodome. Abraham marchait avec eux pour les reconduire. (La Nouvelle Bible Segond)
), Dieu n’est plus différencié des deux autres. Mais immédiatement après, alors que les hommes marchaient vers Sodome et qu’Abraham les accompagnait, Dieu se manifesta à nouveau (Genèse 18.17
Genèse 18.17
Or le SEIGNEUR avait dit : Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire. (La Nouvelle Bible Segond)
). Le texte original mentionne toujours le nom propre de Dieu, il en est de même dans Genèse 18.20, 21
Genèse 18.20, 21
Le SEIGNEUR dit : Les cris contre Sodome et Gomorrhe sont si forts, leur péché si grave, que je vais descendre pour voir s’ils ont agi tout à fait selon les cris qui sont venus jusqu’à moi ; que cela soit ou non, je le saurai. (La Nouvelle Bible Segond)
.

Nous apprenons ensuite que les hommes partirent pour Sodome, il faut comprendre que seulement deux d’entre eux partirent pour Sodome (Genèse 18.22a

Genèse 18.22a
Les hommes repartirent de là pour Sodome. (La Nouvelle Bible Segond)
) car le SEIGNEUR resta avec Abraham (Genèse 18.22b
Genèse 18.22b
Mais Abraham se tenait encore devant le SEIGNEUR. (La Nouvelle Bible Segond)
). Le nom propre de Dieu est toujours employé dans ce verset soulignant ainsi que Dieu lui-même est resté avec Abraham.

Abraham plaida auprès de Dieu pour la vie des justes vivants dans le pays et implora le pardon de Dieu pour la ville (Genèse 18.23-25

Genèse 18.23-25
23 Abraham s’approcha et dit : Vas-tu vraiment supprimer le juste avec le méchant ? 24 Peut-être y a-t-il cinquante justes au milieu de la ville : vas-tu vraiment supprimer ? Ne pardonneras-tu pas à ce lieu à cause des cinquante justes qui s’y trouvent ? 25 Jamais tu ne ferais une chose pareille : mettre à mort le juste avec le méchant, de sorte qu’il en serait du juste comme du méchant, jamais ! Le juge de toute la terre n’agirait-il pas selon l’équité ? (La Nouvelle Bible Segond)
). Le SEIGNEUR, toujours le nom propre de Dieu dans le texte original, a répondu favorablement à la requête de pardon présentée par Abraham (Genèse 18.26
Genèse 18.26
Le SEIGNEUR dit : Si je trouve, à Sodome, cinquante justes au milieu de la ville, à cause d’eux je pardonnerai à ce lieu tout entier. (La Nouvelle Bible Segond)
).

Abraham a renouvelé cette requête qui ressemble à une forme de marchandage pour demander à Dieu de pardonner même s’il y avait moins de 50 justes à Sodome. Puis, par étapes successives, il a diminué le nombre de justes, à chaque fois Dieu lui a répondu et c’est le pronom personnel « il » qui est employé pour le désigner (Genèse 18.27-32

Genèse 18.27-32
27 Abraham reprit : J’ose te parler, Seigneur, alors que je ne suis que poussière et cendre… 28 peut-être, des cinquante justes, en manquera-t-il cinq : pour cinq, anéantiras-tu toute la ville ? Il répondit : Je ne l’anéantirai pas, si j’en trouve là quarante-cinq. 29 Abraham continua cependant de lui parler ; il dit : Peut-être s’en trouvera-t-il là quarante. Il répondit : À cause de ces quarante-là, je ne ferai rien. 30 Abraham dit : Je t’en prie, Seigneur, ne te fâche pas si je parle encore. Peut-être s’en trouvera-t-il là trente. Il répondit : Je ne ferai rien si j’en trouve là trente. 31 Abraham dit : J’ose encore te parler, Seigneur… peut-être s’en trouvera-t-il là vingt. Il répondit : À cause de ces vingt-là, je n’anéantirai pas. 32 Abraham dit : Je t’en prie, Seigneur, ne te fâche pas si je parle encore une fois : peut-être s’en trouvera-t-il dix. Il répondit : À cause de ces dix-là, je n’anéantirai pas. (La Nouvelle Bible Segond)
).

Après avoir atteint le nombre de 10 justes, Abraham cessa ses demandes, estimant sans doute qu’il serait indécent de continuer son « marchandage » avec Dieu, pour moins de 10 justes. Cette première partie du récit se termine avec cette déclaration : Lorsqu’il eut achevé de parler à Abraham, le SEIGNEUR s’en alla ; et Abraham retourna chez lui.Genèse 18.33, Traduction la Nouvelle Bible Segond.

La suite du texte apporte un autre élément s’accordant avec le fait que Dieu en personne, sous forme humaine, était apparu à Abraham. En effet, immédiatement après avoir signalé le départ de Dieu, il est écrit : Les deux messagers arrivèrent à Sodome sur le soir.Genèse 19.1, Traduction la Nouvelle Bible Segond. Pendant tout le récit de l’apparition de Dieu à Abraham, trois hommes étaient en présence d’Abraham avec le projet d’aller à Sodome. Finalement, le texte mentionne que seulement deux messagers arrivèrent à Sodome. Cette déclaration nous permet de connaître l’identité exacte des trois hommes qu’Abraham a reçus chez lui. Comme nous venons de le mentionner, l’un d’eux était Dieu lui-même. Pour les deux autres, l’auteur fait connaître leur véritable identité en écrivant qu’il s’agissait de deux messagers, c’est-à-dire des êtres célestes envoyés par Dieu sur la terre pour accomplir une mission spécifique. Ces messagers ont été envoyés par Dieu pour prévenir Loth de l’anéantissement de Sodome et des villes avoisinantes, pour le sauver de cette destruction comme le relate la suite du récit (Genèse 19.1-3, 12, 13, 15-17

Genèse 19.1-3, 12, 13, 15-17
1 Les deux messagers arrivèrent à Sodome sur le soir. Or Loth était assis à la porte de Sodome. Quand Loth les vit, il se leva pour aller à leur rencontre et se prosterna face contre terre. 2 Puis il dit : Mes seigneurs, je vous prie, faites un détour par chez moi, votre serviteur, pour y passer la nuit ; lavez-vous les pieds ; vous vous lèverez de bon matin et vous poursuivrez votre route. Non, répondirent-ils, nous passerons la nuit dehors, sur la place. 3 Mais il insista tellement qu’ils firent un détour pour se rendre chez lui. Il donna un banquet pour eux. Il fit cuire des pains sans levain, et ils mangèrent. ce qu’il vous plaira. Seulement, ne faites rien à ces hommes, puisqu’ils sont venus à l’ombre de mon toit. 12 Les hommes dirent à Loth : Qui as-tu encore ici ? Gendre, fils et filles, tout ce qui t’appartient dans la ville, fais–leur quitter ce lieu. 13 Car nous allons anéantir ce lieu. En effet, devant le SEIGNEUR, les cris contre eux sont si forts que le SEIGNEUR nous a envoyés pour anéantir la ville. 15 Quand l’aurore se leva, les messagers pressèrent Loth en disant : Lève-toi, prends ta femme et tes deux filles qui se trouvent ici, pour ne pas être emporté par la faute de la ville. 16 Mais il s’attardait ; alors les hommes le saisirent par la main, lui, sa femme et ses deux filles, car le SEIGNEUR voulait l’épargner ; ils le firent sortir et le laissèrent en dehors de la ville. 17 En les faisant sortir à l’extérieur, il dit : Sauve-toi, il y va de ta vie ; ne regarde pas derrière toi et ne t’arrête pas dans tout le District ; sauve-toi vers la montagne, de peur que tu ne sois emporté ! (La Nouvelle Bible Segond)
).

Le texte biblique apporte la confirmation que les deux messagers étaient bien les hommes mentionnés au début du récit car l’auteur les désigne alternativement sous les noms de « messagers » et « d’hommes » (Genèse 19.15, 16

Genèse 19.15, 16
15 Quand l’aurore se leva, les messagers pressèrent Loth en disant : Lève-toi, prends ta femme et tes deux filles qui se trouvent ici, pour ne pas être emporté par la faute de la ville. 16 Mais il s’attardait ; alors les hommes le saisirent par la main, lui, sa femme et ses deux filles, car le SEIGNEUR voulait l’épargner ; ils le firent sortir et le laissèrent en dehors de la ville. (La Nouvelle Bible Segond)
).

Une précision est donnée dans le texte à propos du lieu duquel Dieu a exécuté la sentence sur les villes perverties :  Alors le SEIGNEUR fit pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe du souffre et du feu venant du SEIGNEUR, du ciel.Genèse 19.24, Traduction la Nouvelle Bible Segond. La fin de ce verset est étrange. Pourquoi l’auteur a-t-il ajouté cette finale « venant du SEIGNEUR, du ciel » ? La formule originale en hébreu a embarrassé nombre de traducteurs qui ont proposé des traductions bien différentes les unes des autres. Le début de la phrase était suffisant pour révéler que Dieu était à l’origine de la destruction de Sodome et de Gomorrhe, le but de cette finale n’était donc pas d’apporter cette information. Le contexte permet de comprendre le sens qu’il faut donner à cette finale qui pourrait apparaître au premier abord comme une redondance. Dans toute la première partie du récit, Dieu est présenté comme un homme acceptant l’invitation d’Abraham et s’entretenant avec lui sur la terre, plus précisément près des térébinthes de Mamré, puis sur le chemin menant à Sodome. Ensuite, l’auteur a rapporté que Dieu s’en était allé et que deux messagers arrivèrent à Sodome. Le texte original hébreu peut être compris comme une précision donnée par l’auteur pour informer le lecteur que lorsque Dieu a quitté Abraham, il n’a pas voulu rejoindre les deux messagers partis à Sodome mais qu’il a préféré retourner dans sa résidence habituelle, le ciel, c’est de là qu’il a exercé le jugement contre Sodome et Gomorrhe. La Bible du Rabbinat propose une traduction qui s’approche de cette compréhension :  L’Éternel fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu ; l’Éternel lui-même, du haut des cieux.Genèse 19.24, la Bible du Rabbinat.

Pour quelle raison, Dieu a-t-il décidé de retourner directement dans sa demeure, dans le ciel, sans aller à Sodome ? Ce n’était pas son intention première si on se fie à ce qu’il avait dit à Abraham : Le SEIGNEUR dit : Les cris de Sodome sont si forts, leur péché si grave, que je vais descendre pour voir s’ils ont agi tout à fait selon les cris qui sont venus jusqu’à moi ; que cela soit ou non, je le saurai.Genèse 18.20, 21, Traduction la Nouvelle Bible Segond. Pourquoi Dieu a-t-il finalement renoncé à aller à Sodome ? Qu’est-ce qui a provoqué ce changement dans sa décision alors qu’il semblait si déterminé à y aller ? Les données du texte biblique peuvent peut-être apporter des réponses à ces questions. Entre les deux attitudes de Dieu, le texte nous révèle le « marchandage » osé par Abraham pour dissuader Dieu d’anéantir Sodome en lui demandant de pardonner à toute la ville à cause des justes qui s’y trouveraient (Genèse 18.23-32). L’échange entre Abraham et Dieu prit fin après qu’Abraham eut intercédé pour dix justes, puis Dieu partit (Genèse 18.33). Il n’y avait même pas dix justes à Sodome et Dieu le savait, si cela avait été le cas il n’aurait pas anéanti ce lieu. Il n’avait pas besoin de se rendre à Sodome pour en faire le constat. Dieu voulait certainement permettre à Abraham de prendre conscience à quel point la situation de la ville de Sodome était dramatique et il n’y avait aucune possibilité de pardonner car l’ensemble de ses habitants étaient pervertis. Sans doute poussé par son immense désir de pardonner, sa décision première était d’aller vérifier à Sodome la situation. C’était peut-être une manière de montrer que Dieu espérait encore pouvoir sauver les habitants de Sodome. Le « marchandage » d’Abraham a eu pour effet de convaincre Dieu que l’anéantissement était la seule issue possible, c’est pourquoi il retourna directement dans sa demeure. La suite du récit témoigne que ce n’est pas sans difficulté que Loth et ses filles seulement furent sauvés (Genèse 19.15-26) parce que Dieu voulait l’épargner par égard pour Abraham (Genèse 19.27-29).

Dans son dessin où Abraham se prosterne devant Dieu, Nicolaes Maes suit d’une manière remarquable le texte biblique dans sa représentation des trois hommes qui ont fait une halte chez Abraham. L’homme qui est Dieu lui-même, est en avant, de taille imposante avec une ample barbe royale et des vêtements qui lui donnent une stature souveraine, il était difficile de faire mieux pour donner un caractère divin à ce personnage. Abraham se prosterne devant lui. Les deux autres hommes, de taille plus petite, sont derrière l’homme/Dieu, ils sont plus jeunes, n’ont pas de barbe, portent des vêtements sobres et ils ont des ailes. Ces deux personnages sont les deux autres hommes désignés dans le texte (Genèse 19.15, 16

Genèse 19.15, 16
15 Quand l’aurore se leva, les messagers pressèrent Loth en disant : Lève-toi, prends ta femme et tes deux filles qui se trouvent ici, pour ne pas être emporté par la faute de la ville. 16 Mais il s’attardait ; alors les hommes le saisirent par la main, lui, sa femme et ses deux filles, car le SEIGNEUR voulait l’épargner ; ils le firent sortir et le laissèrent en dehors de la ville. (La Nouvelle Bible Segond)
) par le mot « messagers ». Dans les Bibles de tradition chrétienne, le mot hébreu « messager » a souvent été traduit par le vocable « ange » que l’on représente souvent avec des ailes ce qui a été une autre source d’inspiration pour Nicolaes Maes.